L’or n’a jamais autant brillé. Ses cours ont flambé, atteignant des niveaux historiques dépassant les 4.000 euros l’once. Un record sème le doute en même temps qu’il revitalise le marché du métal précieux. De nombreux investisseurs s’interrogent, en effet, sur les raisons de cette appréciation et sur la stratégie à adopter. Cette hausse, soutenue par une conjoncture économique et géopolitique particulière, appelle une analyse détaillée et une réponse stratégique personnalisée.
La fuite vers la sécurité est amplifiée par le comportement des banques centrales elles-mêmes. Des nations comme la Chine, l’Inde et la Russie, entre autres, augmentent régulièrement leurs réserves d’or depuis des années. Cette manoeuvre stratégique est une forme de dédollarisation, un effort délibéré pour se diversifier loin du dollar américain et fortifier leurs bilans nationaux avec un actif qui ne comporte aucun risque de contrepartie. Lorsque les institutions chargées de sauvegarder la richesse d’une nation accumulent activement de l’or, cela envoie un signal puissant aux investisseurs particuliers et institutionnels, validant le statut de refuge du métal.
Le prix record de l’or n’est donc pas une bulle spéculative alimentée par l’engouement, mais une réponse collective et rationnelle à une perception accrue du risque systémique. C’est la manière dont le marché achète une police d’assurance. Si une action technologique peut promettre une croissance exponentielle et une cryptomonnaie un potentiel disruptif, elles sont souvent les premières à être vendues lors d’une crise. L’or, en revanche, est l’actif vers lequel les investisseurs affluent pendant la crise.
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L’histoire de l’or en 2025, est un rappel puissant que certains fondamentaux de la finance sont immuables. La technologie peut redéfinir la manière dont nous transactionnons, mais elle ne peut pas réécrire les instincts humains de peur et de désir de sécurité. Les actifs numériques du 21e siècle offrent des possibilités excitantes, mais ils n’ont pas détrôné le métal ancien qui a traversé des millénaires d’empires, de crises et de transformations économiques.
D’après l’Economiste Bob Triest de la Northeastern University, « le principal lien avec l’économie, est que la flambée du prix de l’or reflète l’augmentation de l’incertitude économique. » Cette incertitude est le moteur de la rallye actuelle. Si l’on regarde le paysage mondial en 2025, les sources de cette inquiétude sont multiples. Les tensions et conflits géopolitiques persistants perturbent les chaînes d’approvisionnement et menacent la stabilité mondiale, poussant les investisseurs à se précipiter vers des actifs déconnectés des aléas politiques d’une seule nation. L’inflation volatile, bien qu’en possible refroidissement après des sommets, a laissé une anxiété profonde concernant l’érosion du pouvoir d’achat, rappelant à tous que la monnaie papier est une promesse, tandis que l’or est une réserve de valeur physique.
Plusieurs facteurs macroéconomiques expliquent la vigueur actuelle du marché de l’or. Premièrement, les craintes d’un ralentissement économique et l’incertitude généralisée poussent les capitaux vers cette valeur refuge traditionnelle, perçue comme un havre de paix face à la volatilité des marchés actions. Deuxièmement, le changement de cap anticipé des banques centrales, qui devraient entamer un cycle de baisse des taux d’intérêt, rend le métal jaune plus attractif en réduisant le rendement perdu à ne pas détenir des actifs rémunérés.
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Troisièmement, une inflation qui reste tenace, bien qu’en recul, conforte le rôle de l’or comme couverture de long terme contre l’érosion du pouvoir d’achat des monnaies. Le marché est également soutenu par une demande institutionnelle massive, les banques centrales de pays comme la Chine ou l’Inde diversifiant activement leurs réserves en s’éloignant du dollar américain. Enfin, les tensions géopolitiques et les périodes de faiblesse du dollar amplifient ce mouvement haussier en stimulant la demande internationale.
Face à cette dynamique, la question de l’opportunité d’investir ne trouve pas de réponse unique et dépend impérativement des objectifs financiers personnels, de l’horizon de placement et de la tolérance au risque de chacun. Pour l’investisseur orienté vers le long terme, dont l’objectif est la préservation du patrimoine sur cinq à dix ans ou plus, la méthode de l’achat par versements périodiques est recommandée.
Cette stratégie, dite de « Dollar-Cost Averaging », qui consiste à acquérir de petites quantités à intervalles réguliers, permet de lisser le prix d’achat moyen et de neutraliser le risque de mal timinger le marché. Les fluctuations à court terme deviennent alors secondaires. “Le marché de l’or est actuellemet calme, les cours ont triplé de 300 DH en décembre dernier à 900 DH aujourd’hui. La crise économique et le faible pouvoir d’achat expliquent cette prudence”, raisonne Majid Lahrichi, Vice-président de la Fédération marocaine des bijoutiers.
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Pour le trader ou l’investisseur à court terme, la prudence s’impose. Les prix actuels, situés à des niveaux records, augmentent la probabilité d’un repli technique. Il est donc conseillé d’éviter les gros achats impulsifs et d’attendre qu’une correction se produise pour entrer sur le marché. Ceux qui détiennent déjà de l’or et réalisent des plus-values substantielles peuvent envisager de sécuriser une partie de leurs gains en vendant une fraction de leur position. Pour les achats destinés à la consommation, comme pour un mariage, il convient de n’acquérir que la quantité nécessaire sans considérer cette dépense comme un investissement.
En définitive, face à la complexité des marchés, il est essentiel de rejeter les conseils catégoriques. Aucune anticipation ne peut prédire avec précision l’évolution future des cours. La sagesse réside dans la diversification, en intégrant l’or dans un portefeuille équilibré composé d’actions, d’obligations et d’autres actifs. La conclusion générale, compte tenu des niveaux de prix élevés, est de ne pas se précipiter. La stratégie la plus raisonnable pour un épargnant à long terme reste l’investissement progressif, tandis qu’un trader aura tout intérêt à patienter en attendant une opportunité d’achat à un cours plus ajusté.