L’histoire de Wang Chuan Fu, fondateur du géant chinois BYD (Build Your Dreams), incarne le parcour d’un orphelin sorti d’une misère extrême pour bâtir son rêve : l’un des plus puissants conglomérats industriels du monde. C’est le récit d’une ascension forgée par la douleur, le travail et une vision hors du commun.
Né le 8 avril 1966 dans la province d’Anhui, l’une des plus pauvres de Chine, il grandit au cœur d’une famille paysanne de huit enfants, marquée par la famine et les séquelles de la Révolution culturelle. Son père, menuisier modeste, lui enseigne les valeurs du travail et de la droiture.
L’ascension éducative et la vocation scientifique
A 13 ans, le destin le prive de son père décédé des suites d’un cancer du foie, puis sa mère succombe soudainement alors qu’il passe ses examens. Ainsi devenu seul, Wang est recueilli par son frère aîné et sa belle-sœur, qui, malgré la misère, refusent qu’il abandonne ses études. Ils se privent de tout, vendent leurs bijoux et empruntent pour lui offrir chaque semaine un maigre soutien financier. Ce sacrifice fraternel allait changer le cours de l’histoire industrielle chinoise.
En 1983, Wang intègre l’Université centrale du Sud pour étudier la chimie métallurgique. Son frère et sa belle-sœur célèbrent l’événement en lui offrant leur cadeau de mariage : une montre. Diplômé en 1987, il décroche un poste de chercheur à l’Institut de recherche sur les métaux non ferreux de Pékin, puis devient directeur général d’une coentreprise de batteries à Shenzhen.
C’est là qu’il découvre, en lisant un article sur la fin annoncée des batteries nickel-cadmium au Japon, une opportunité immense. Ses idées étant rejetées, il démissionne en 1995 et fonde BYD avec un prêt de 2,5 millions de yuans fourni par son cousin. L’entreprise, d’abord artisanale, mise sur une approche radicale : produire manuellement plutôt qu’automatiser, profitant de la main-d’œuvre chinoise pour réduire les coûts. Cette stratégie d’intégration verticale — fabriquer en interne les composants et les machines — devient la marque de fabrique de BYD.
En trois ans, la société s’impose comme le premier fabricant chinois de batteries. Grâce à Stella Lee, sa directrice commerciale, BYD conquiert Motorola, puis dépasse en 2003 le géant japonais Sanyo pour devenir numéro un mondial.
Le pari automobile : une nouvelle révolution
A l’apogée de son succès, Wang surprend encore : il rachète Qinchuan Automobile en 2003 et se lance dans l’automobile électrique, sans même posséder de permis de conduire. Deux ans plus tard, BYD lance la berline F3, inspirée de la Toyota Corolla mais vendue à moitié prix — un triomphe commercial.
Connu pour son humilité, Wang vit simplement, mange avec ses ouvriers et voyage en classe économique. Membre du Parti communiste, il prône un leadership fondé sur l’égalité et l’exemple.
En 2008, BYD attire l’attention du légendaire Charlie Munger, associé de Warren Buffett. Convaincu par la vision de Wang, Berkshire Hathaway investit 230 millions de dollars pour 10 % du capital. En un an, Wang devient l’un des hommes les plus riches de Chine.
Du mépris à la consécration mondiale
Moqué en 2011 par Elon Musk, Wang répond par le travail. Il fait démonter sa propre Mercedes pour que ses ingénieurs apprennent des meilleurs. Cette exigence porte ses fruits : en 2015, BYD devient numéro un mondial des véhicules à énergie nouvelle (VÉN).
Aujourd’hui, BYD produit non seulement des voitures électriques, mais aussi des bus, camions, monorails et appareils électroniques. En 2023, elle dépasse Tesla en volume de ventes de véhicules 100 % électriques. Ironie du sort : Tesla et Toyota achètent désormais des batteries BYD.