C’est bien connu, au cours du Ramadan, les Marocains ont toujours ouvert leur cœur et leur porte-monnaie. Et cela est plutôt le signe d’une économie plutôt en forme . Dès la tombée de la nuit, on met les petits plats dans les grands, on invite, on achète des produits de meilleures qualités et le pic des ventes concerne les dattes, le lait fermenté, les jus de fruits et sodas.
Des grandes enseignes en profitent d’ailleurs, pour monter des opérations promotionnelles . Les Marocains dépensent ainsi plus durant ( et à la veille) ldu mois de jeûne et cela n’est un secret pour personne. Il suffit d’observer les changements dans les habitudes de consommation des ménages marocains. La facture de certains produits comme le lait ou les œufs explose, tandis que les achats de viandes et de poisson sont tirés vers le haut en raison d’une certaine tendance à ne pas se priver au courant d’un mois où les envies sont fortes.
Et cette tendance apparaît d’ailleurs dans les données chiffrées du Haut-Commissariat au Plan (HCP), dont la dernière mouture assure que la dépense moyenne par ménage a augmenté de 18,2% par rapport aux autres mois de l’année.
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On apprend ainsi, que non seulement l’achat des produits alimentaires augmente significativement pendant le mois de Ramadan avec des préférences pour le lait et les produits laitiers, ( la moyenne est de 35,8 litres par ménage pendant le Ramadan, pour 23,7 litres seulement en moyenne mensuelle les autres mois, les œufs (respectivement 52,2 unités contre 39,4 unités), les viandes (respectivement 15,1 kg contre 11,3 kg), les poissons (respectivement 6,8 kg contre 5,2 kg), les fruits (respectivement 54,3 kg contre 22,9 kg) et les légumes frais (respectivement 55,1 kg contre 48,3 kg) etc…
En termes de découpage des achats, les denrées qui connaissent un pic durant le mois de Ramadan sont les «Poissons» (57,7%), les «Fruits» (43,3%), les «Œufs» (35,7%), les «Produits laitiers» (34,8%), les «Sucres et produits sucrés» (30,3%) et les «Viandes» (26%). Dans le lot et en raison de l’attachement des Marocains à rompre le jeûne en famille, les dépenses consacrées aux «Repas, aliments et boissons pris à l’extérieur» diminuent de 30,6%.
Surprise, même les dépenses non-alimentaires sont boostées durant le mois sacré, et dans une proportion de 18,5%, une hausse essentiellement due à l’accroissement des dépenses relatives aux «Transport» (61,9%), aux «soins médicaux» (28%), aux «loisirs et enseignement» (25,7%), à la «Communication» (25%) et à l’«Habitation et énergie» (12,7%), alors qu’il faut attendre la veille de la fête de l’aïd pour voir les dépenses «d’habillement» s’envoler.
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Des gains de productivité qui ont été enregistrés dans plusieurs secteurs, profitant des investissements conséquents d’une forme de stabilité qui ne doit rien à l’incertitude générale géopolitique et aux coups de boutoir d’une situation climatique peu clémente. Si les entreprises sont toujours un peu plus réticentes à investir et à embaucher, car elles ne sont pas certaines des conséquences potentielles de ces bouleversements , on ne peut occulter ce mieux pour la balance commerciale marocaine que constitue le business de la Omra durant le Ramadan.
En vertu d’une tradition ancrée dans l’esprit des Marocains, qui confère à ce voyage spirituelle la même«valeur qu’un Hajj en compagnie du Prophète», les Marocains n’hésitent pas à débourser des sommes conséquentes pour avoir droit à ce privilège. Résultat en 2026, les prix ont explosé, dépassant souvent les 25 000 DHS les 10 derniers jours. Un secteur qui profite aussi bien aux agences de voyage, qu’aux compagnies aériennes, et autres hôtels et commerces locaux. Car ce business de la Foi n’inclut pas seulement le voyage vers la Mecque , mais il a donné naissance à toute une industrie qui permet aux Marocains de retour des lieux sacrés, de faire leurs emplettes d’objets spirituels ; encens, chapelets, tapis de prière dans des marchés traditionnels à Derb Omar à Casablanca, ou ailleurs dans d’autres villes.
Des Entreprises ont prospéré à l’ombre de cet ersatz d’articles qui permettent aux pèlerins de retour d’éviter leurs prix trop élevés en Arabie Saoudite et de ne pas payer le prix fort en termes de suppléments de bagages à leur retour des lieux saints. Il y a aussi une intense tendance qui dynamise l’activité des traiteurs fortement sollicités pour les cérémonies d’accueil qui font partie de la tradition du retour des pèlerins.
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Ils seraient ainsi, un peu plus de 20 000 Marocains à se préparer à l’approche du mois de Ramadan, à se rendre vers les Lieux saints… Dans ce lot, la Omra de luxe se paye une part non négligeable encouragée par la dernière Circulaire Générale des Opérations de Change pour 2026, qui a revu à la hausse le seuil de la dotation pour voyages personnels. Le montant de base est passé de 400 000 à 500 000 dirhams, avec possibilité d’obtenir une majoration équivalente à 30% de l’impôt sur le revenu payé. En raison notamment de ce coup de pouce financier, les billets en «Business Class» et les factures d’hôtels de luxe ont explosé, selon des opérateurs du secteur.
Cerise sur le gâteau, la fin du Ramadan est aussi propice à l’augmentation des dons d’argent aux nécessiteux au nom de la Zakât al-fitr. Ces sommes d’argent minimes à titre personnel constituent un vrai pactole qui permet aux familles pauvres de faire face aux besoins de la fête de l’Aid avec des pics de consommation remarquables. Il s’agit d’un don obligatoire pour chaque musulman que l’on verse à partir du 27e jour et avant la grande prière de l’Aïd de Ramadan, versé directement aux pauvres et aux indigents ( personnes dont on ne soupçonne pas la pauvreté et qui ne demandent pas l’aumône ). Selon une étude récente de Western Union, 30% des musulmans d’origine maghrébine en France envoient de l’argent dans leur pays d’origine pendant cette période. Et si tout cela permet au pays de respirer un peu en dépit des contraintes budgétaires et de l’explosion des dépenses publiques , c’est tant mieux.
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Si le marché, et l’économie ne suffisent pas à définir un idéal, face au «Memento mori», comment concilier ainsi business et besoins spirituels pour l’année qui commence ? Une partie de la réponse se trouve dans cette retraite spirituelle due au Ramadan, que ce soit dans son petit cocon personnel ou là-bas dans les lieux saints, une retraite qui nous incite à réfléchir à notre recherche de bonheur et pourquoi pas, à l’organisation de nos affaires économiques.
Certes, notre environnement économique et géopolitique nous rappelle notre condition d’être humain fragile, vulnérable et mortel. Ce qui n’empêche pas certains de profiter de l’occasion pour faire de bonnes affaires. Pour le Ramadan aussi, l’équation est limpide : en clair il y a ceux qui créent de la richesse (sous forme de produits ou services) – entrepreneurs, salariés, artisans, commerçants – et ceux qui payent pour la consommer.