Si comme le pensait bien et à juste titre Lyautey «au Maroc, gouverner, c’est pleuvoir», l’horizon d’une sécheresse endémique s’éloigne de plus en plus que les barrages affichent un taux de remplissage satisfaisant. Et le taux de remplissage des barrages est bien le sujet de l’heure, en témoigne la fébrilité avec laquelle les citoyens s’abreuvent des communiqués officiels sur les conséquences des pluies abondantes sur les réserves en eau du Royaume. A tel point, que le ministère de l’Équipement s’est senti obligé de lancer, il y a quelques jours de cela, une étude de mise à niveau de l’application Maghreb des barrages ( Mordam) utilisée pour le suivi quotidien des retenues des barrages au Maroc. Avec l’objectif avoué de « fiabiliser les données, de renforcer l’anticipation et de soutenir une gouvernance hydraulique plus réactive».
Pilotée par la Direction de la recherche et de la planification de l’eau (DRPE), cette initiative vise à moderniser la collecte, la consolidation et l’analyse des données hydrologiques sur l’ensemble du territoire national. L’étude préparant cette mise à niveau sera confiée à un cabinet spécialisé et s’inscrit dans une démarche globale de transformation digitale de la gestion de l’eau au Maroc.
Peu de pays dans le monde, peuvent se prévaloir d’une politique des barrages aussi pertinente que celle que le royaume a engagée sous le règne de feu Hassan II, menée sous la conduite de Mohammed VI. Levier fondamental dans le renforcement de la résilience hydrique du Maroc, cette politique a été marquée autour de quatre marqueurs clés : la prévoyance, l’anticipation, la solidarité, et la justice territoriale.
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Plus encore que par le passé, la sécheresse endémique qui a frappé le pays depuis les années 2000 a remis à l’ordre du jour la problématique de l’eau , et le Souverain a systématiquement évoqué les mesures prises ( ou à prendre) pour faire face à ces défis. Dans son discours du Trône de juillet 2024, le Chef de l’Etat a fait une radioscopie sans complaisance d’une situation hydrique déplorable, qui est également imputable au retard accusé dans la réalisation de certains projets programmés dans le cadre de la politique de l’eau. Le Souverain a rappelé qu’il avait donné ses « directives aux autorités compétentes pour prendre les mesures urgentes et novatrices nécessaires, afin de prévenir la pénurie d’eau. De plus, « Nous n’avons eu de cesse de souligner la nécessité d’une mise en œuvre optimale des différentes composantes du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation 2020-2027 , lequel a contribué, par la grâce de Dieu, à atténuer la gravité de la situation hydrique».
Ce qui a permis quand même de garantir l’eau potable à tous les citoyens et couvrir 80% au moins des besoins d’irrigation sur tout le territoire national. Et dans ce sens, le Souverain a appelé «à parachever le programme de construction des barrages, en donnant la priorité aux projets programmés dans les régions connaissant d’importantes précipitations ».
En réalité, il s’agit là tout simplement de la continuation d’une vision stratégique portée par Sa Majesté Mohammed VI dès le début de son règne. Une vision volontariste et ambitieuse, qui a réussi, entre autres à accélérer la réalisation des grands projets de transfert d’eau entre les bassins hydrauliques, avec la connexion entre le bassin de Oued Laou-Larache et Loukkos et celui de Oued Oum Er-Rbia, en passant par les bassins Oued Sebou et Bouregreg. Ces projets permettront l’exploitation d’un milliard de mètres cubes d’eau qui se perdaient dans la mer et garantiront une répartition spatiale équilibrée des ressources hydriques nationales.
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Avec le langage des chiffres, en ce début de l’année 2026, le pays compte aujourd’hui plus de 150 grands barrages en service, qui ont une capacité de stockage de plus de 20 milliards de mètres cubes, sans oublier les 140 à 150 petits barrages et lacs collinaires. Depuis l’accession au Trône du Roi Mohammed VI en 1999, le royaume poursuit une politique active avec de nombreux nouveaux barrages en construction, pour atteindre 25 MMm³ de capacité d’ici 2027-2028, ce qui place d’ores et déjà le Maroc parmi les premiers pays africains en termes de potentiel hydraulique.
Cet arsenal de barrages et cette capacité de stockage qui renforcent la résilience du Maroc face au changement climatique, a vu son budget qui était initialement fixé à 115 milliards de dirhams, porté à 150 milliards de dirhams. Il ne faut pas se tromper sur l’intérêt porté par le Souverain à la question de l’eau, il y a certes urgence à stabiliser l’accès aux ressources hydriques, mais les ambitions royales se projettent également sur le futur des générations montantes, les positionnant comme acteurs du changement plutôt que simples bénéficiaires de cette politique de l’eau plutôt ambitieuse . Dans cette optique, « les barrages ne sont pas de simples installations ordinaires, mais représentent des promesses d’eau, de vie et d’opportunités pour l’ensemble du territoire national ».
Chaque barrage construit ou en projet de construction, est la promesse d’un développement durable au service de toutes les régions dans une approche humanitaire et solidaire visant à garantir un accès durable et équitable à l’eau potable pour toute la population, en particulier pendant les crises hydriques. Les ressources en eau constituant un véritable atout stratégique pour la création de richesses, la cohésion sociale et le développement durable intégré pour toutes les populations.
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Si les barrages sont réellement un rempart efficace contre la sécheresse, il n’en reste pas moins que la question d’une restauration urgente pour beaucoup d’ouvrages se pose avec acuité, puisque certains barrages datent des années 60. Les difficultés de ces ouvrages extrêmement sophistiqués commencent par un envasement inexorable, des équipements hydrauliques obsolètes et des ouvrages vieillissants, essentiels pour la distribution d’eau et qui constituent aussi une obligation écologique bénéficiant à des poissons d’eau douce comme l’anguille ou la truite.
D’autre part, la surveillance systématique des barrages qui porte sur le repérage des zones éventuelles de fuite et de suintement, des déformations et des fissures.
En tout cas, l’époque a changé et l’enjeu lié à l’eau devient de plus en plus urgent. Si le stress hydrique et ses différentes tensions méritent des réponses fermes, dont la politique des barrages, il est plus que jamais nécessaire de mettre tous les acteurs autour de la même table : l’exécutif, les représentants des filières agricoles, les opérateurs privés, mais aussi les citoyens.