Guerre au Moyen-Orient, flambée des produits pétroliers, catastrophes naturelles, autant de raisons pour que le gouvernement marocain se résigne à casser la tirelire pour juguler les effets néfastes d’une énième crise mondiale. Cette fois, l’Exécutif va débloquer 20 milliards de crédits supplémentaires au profit du Budget général. Une telle somme ne devrait-elle pas affecter l’équilibre des finances publiques ?
Devant la Commission des finances et du développement économique à la Chambre des représentants, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a défendu le projet du décret N°2.26.395, adopté lors du dernier Conseil de gouvernement. Ainsi, cette rallonge sera répartie comme suit :
– 8 MMDH destinés à la Caisse de compensation, dans l’objectif de soutenir le pouvoir d’achat à travers la stabilisation des prix du gaz butane et du transport des personnes et des marchandises.
– 6 MMDH pour certaines dépenses exceptionnelles, en lien avec les évolutions de la conjoncture internationale
– 4 MMDH pour renflouer certains établissements et entreprises publics (EEP)
– 2 MMDH pour les dépenses occasionnées par les inondations.
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En prenant cette mesure exceptionnelle, quoique nécessaire, le gouvernement n’est-il pas en train de saborder les objectifs de déficit budgétaire et d’endettement ? A en croire Fouzi Lekjaa, autant rassurant que réaliste comme d’habitude, la réponse est non. Donc, d’où vient l’argent pour couvrir une aussi lourde charge ?
Le ministre a démontré aux représentants de la Nation la viabilité et la solidité des finances publiques, puisque la dynamique enregistrée au niveau du recouvrement des recettes fiscales jusqu’à fin avril 2026 va permettre de financer ces crédits supplémentaires.
En effet, celles-ci ont augmenté de 10,9 MMDH (+8,9%) au cours des quatre premiers mois de l’année, avec un taux de réalisation de 36,4% des prévisions de la Loi de Finances (LF). Une amélioration attribuée essentiellement à l’augmentation significative (+24%) de l’Impôt sur les sociétés (IS) et de la TVA (+3,9%).
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De surcroît, le ministre a confirmé le maintien des équilibres financiers conformément aux prévisions initiales de la Loi de Finances, c’est-à-dire un déficit budgétaire à 3% du PIB au terme de l’année 2026, contre 3,5% pour l’exercice précédent. Aussi, l’endettement poursuivra sa tendance baissière, en se situant aux alentours de 66% du PIB en fin d’année.
Sous le gouvernement Aziz Akhannouch (2021-2025), les recettes ordinaires du Budget général ont progressé à un rythme annuel moyen de 13,5%, tandis que les recettes fiscales ont enregistré une hausse annuelle moyenne de 12,4%, a renchéri Fouzi Lekjaa, qui n’a pas manqué de se réjouir (légitimement) de la dynamique qu’ont connue les recettes durant ce mandat.
Pour conclure, le ministre a considéré que ces indicateurs reflètent l’amélioration continue du rythme de recouvrement, l’efficacité des réformes fiscales et des mesures adoptées, ainsi que l’élargissement et la diversification de l’assiette fiscale, de manière à soutenir la durabilité des ressources.