Arrivé en tête du scrutin devant le RNI et l’Istiqlal, le PAM se retrouve au cœur des consultations pour la formation de la prochaine majorité gouvernementale. Pour le politologue Abdelfattah Fatihi, la reconduction de l’alliance sortante constitue un scénario privilégié, avec un changement de leadership au profit du PAM. Mais la progression du PJD et la perspective d’une opposition offensive pourraient pousser à élargir la coalition. Les grands chantiers liés à la Coupe du monde et la mise en œuvre de l’initiative d’autonomie au Sahara pèseront également sur les choix à venir.
Challenge : Au lendemain du scrutin, quels seront les principaux critères qui détermineront la formation de la prochaine majorité gouvernementale ?
Abdelfattah Fatihi : Comme prévu, les résultats n’ont pas constitué une surprise par rapport aux premières estimations, avec l’arrivée en tête du Parti authenticité et modernité (PAM), suivi du Rassemblement national des indépendants (RNI), puis du Parti de l’Istiqlal. Le Parti de la justice et du développement (PJD) arrive, quant à lui, en quatrième position. Cette configuration laisse présager un scénario de reconduction de la majorité sortante pour un second mandat gouvernemental.
D’autant que les directions des trois partis arrivés en tête du scrutin ne cachent pas leur volonté de poursuivre leur alliance. Je ne pense pas que la question de la répartition des portefeuilles ministériels puisse constituer un obstacle majeur, d’autant que la composition du gouvernement pourrait ne pas reposer uniquement sur des personnalités politiques, mais également sur des compétences technocratiques, afin de garantir une meilleure gestion d’une étape qui constituera un véritable test pour le Royaume du Maroc quant à sa capacité à accompagner un processus profond de transformations.
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Parmi les principaux enjeux figurent notamment la qualité de l’organisation et de l’exploitation des projets liés à la Coupe du monde, ainsi que l’adaptation de ses stratégies pour la mise en œuvre de l’initiative d’autonomie dans les provinces du Sud, en cohérence avec les engagements internationaux des Nations unies qui encadrent le règlement définitif du conflit du Sahara.
Challenge : Le PAM est arrivé en tête suivi du RNI, de l’Istiqlal et du PJD. Quelle serait la capacité du PAM à former une coalition avec les autres partis ?
A.F : Dès lors que les résultats actuels sont considérés, par les trois partis arrivés en tête, comme l’aboutissement d’une gestion réussie, le scénario privilégié pour la formation d’une coalition gouvernementale serait la reconduction de l’alliance précédente, afin de capitaliser sur les acquis de l’expérience passée. La réactivation de l’ancienne majorité, avec toutefois un changement de leadership au profit du PAM, permettrait également de consolider les acquis de la solidarité gouvernementale précédente et de mobiliser davantage d’efforts et d’énergie pour améliorer l’appareil de gestion, tout en évitant les erreurs du passé.
Cela offrirait aussi de meilleures garanties lors de la nouvelle répartition des portefeuilles, sur la base de critères de compétence et de mérite, conformément aux exigences de la prochaine étape et aux défis auxquels le pays sera confronté, notamment la gestion des projets liés à la Coupe du monde et la mise en œuvre de l’initiative d’autonomie au Sahara.
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Par ailleurs, les programmes des deux partis arrivés en tête, le PAM et le RNI, présentent de nombreuses similitudes et convergences, ce qui devrait faciliter l’accord autour d’un nouveau programme gouvernemental.
Challenge : Quelles alliances entre les principales forces politiques vous paraissent institutionnellement et politiquement envisageables, et quelles pourraient être les lignes rouges ?
A.F : Si ce scénario présente des avantages qui en font l’hypothèse la plus probable, il devrait néanmoins être confronté à une opposition particulièrement active du PJD, qui a multiplié par quatre sa représentation au Parlement marocain, passant de 13 à 54 sièges.
Il faut donc s’attendre à une opposition particulièrement offensive face à la future coalition gouvernementale. Cette perspective pourrait pousser les composantes de l’ancienne majorité à accepter l’intégration d’autres partis afin de disposer d’une marge de manœuvre plus confortable dans la gestion des affaires publiques et, par conséquent, de contenir l’opposition du PJD, qui devrait être particulièrement virulente.
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Cela signifie que les consultations entre les trois partis arrivés en tête des élections seront soumises à la pression exercée par le PJD, qui devrait conduire une opposition forte, susceptible d’aller jusqu’à mobiliser l’opinion contre la coalition, compte tenu de l’ampleur des divergences avec le PAM et le RNI. Ces divergences portent notamment sur les références idéologiques et les pratiques politiques, parmi lesquelles leur acceptation de la normalisation avec Israël, ainsi que sur la définition des priorités dans la mise en œuvre des projets et des grands chantiers et leur capacité à répondre aux attentes des catégories populaires sur lesquelles s’appuie le PJD.
C’est ce qui nous conduit à privilégier un deuxième scénario, consistant à élargir le nombre de partis composant la prochaine coalition gouvernementale, en y intégrant d’autres formations telles que le Mouvement populaire (MP) ou l’Union socialiste des forces populaires (USFP), afin de garantir une majorité confortable.
Challenge : Le scrutin de 2026 peut-il modifier durablement les rapports de force entre les principales formations politiques, notamment dans la perspective de la formation du prochain gouvernement ?
A.F : Cette option se justifierait également par le fait que la prochaine étape nécessitera une mobilisation et une implication collectives pour assurer la réussite de la gestion des projets liés à la Coupe du monde et la mise en œuvre de l’initiative d’autonomie. La future coalition gouvernementale pourrait ainsi bénéficier d’une forme de consensus national permettant à l’ensemble des forces politiques de contribuer à la réalisation de ces grands projets nationaux.