La Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) vient de révéler sa stratégie 2030 où elle recentre ses activités, en privilégiant certains domaines prioritaires pour l’Etat, avec l’adoption d’une approche résultats, en termes d’impacts socioéconomiques positifs sur la population.
Bien qu’ayant dépassé 63 ans, Dame CDG n’est pas partie à la retraite. Au contraire, principal bras financier de l’Etat, elle a gagné en maturité, en sagesse et en solidité dans son système de gouvernance. Son nouveau plan stratégique s’inscrit pleinement dans les priorités de l’Etat, en tant que stratège et régulateur. Certes, sa première mission traditionnelle demeure en vigueur, celle de conserver et de sécuriser les fonds réglementés, comme ceux de la CNSS, des dépôts de la Caisse d’épargne nationale, et les consignations des notaires. Elle gère aussi l’épargne générée par les caisses de retraite du secteur public, y compris celles des grandes entreprises publiques telles que l’ONCF et l’OCP. Toutes les ressources dont elle dispose, soit plus de 360 MMDH d’avoirs, sont mobilisées dans un cadre bien défini et sous les radars de Bank Al Maghreb, le ministère de l’Economie et des finances et l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’Etat qui définit les axes prioritaires d’intervention.
Le plan stratégique 2030 a un caractère quinquennal, ce qui offre une meilleure visibilité à l’action étatique. Consacrant une importance particulière aux régions du sud du Royaume, le plan prévoit aussi un recentrage des activités de la CDG dans des domaines où elle est appelée à jouer un rôle de locomotive. Ainsi, elle prévoit un retrait graduel dans les secteurs du tourisme-hôtellerie et de la gestion des actifs. Cette dernière devrait être confiée, de manière sélective, à des opérateurs spécialisés dans les marchés financiers. Ainsi, le rôle classique de placement de fonds est maintenu sans être exercé directement. Ce qui devrait être favorable à une nouvelle dynamique financière entre acteurs professionnels, avec en prime une réduction de risques.
Par contre, la CDG, dans son plan, envisage de privilégier les projets pouvant renforcer la souveraineté nationale dans différents domaines dont ceux afférents aux ressources hydriques, à l’énergie, la santé, la sécurité alimentaire et les grandes infrastructures. Avec une enveloppe globale de 100 MMDH, pour les cinq prochaines années (2026-2030), la CDG devrait injecter du « capital patient », c’est-à-dire des investissements dont le rendement est sur le long terme (plus de 20 ans). Il s’agit de domaines où, généralement, le secteur privé ne dispose pas suffisamment de ressources ou à faible rentabilité financière, mais indispensable à l’ensemble de la collectivité. C’est aussi le cas des grands projets d’extension urbaine et de développement territorial, qui nécessitent une mobilisation multisectorielle et une coordination efficiente de plusieurs acteurs publics et privés. Par ailleurs, la rentabilité de la CDG se veut aussi socialement responsable, en termes de contribution à la création d’emploi et d’inclusion numérique et financière. La dimension environnementale/écologique n’est pas absente. Pour certaines actions, il sera surtout question de baliser le terrain à des projets d’investissement de grande envergure dans des secteurs de pointe. L’exemple récent est celui d’un opérateur chinois dans les batteries qui a lancé un grand projet à Tanger, avec l’appui de la CDG qui y participe.
De même, le plan stratégique 2030 innove en termes de définition d’objectifs déclinés en résultats chiffrés : doublement des fonds propres de 9 à 18 MMDH, progression des investissements de 100% et des dépôts et investissements dans le développement territorial de 31%. Pour cela, la CDG a prévu, au cours des prochains mois, un processus de dépoussiérage de son cadre juridique, afin de renforcer la qualité de son mode de gouvernance. Ce qui doit lui permettre la mise en place de mécanismes d’autoévaluation et de reddition des comptes, tout en renforçant sa résilience face aux risques inhérents à l’évolution des contextes national et international, caractérisés par une incertitude croissante.
Cap 2030 : La CDG s’empare des grands chantiers du Maroc
A la veille d’investissements massifs et d’un basculement industriel et territorial, la CDG veut reprendre la main sur son récit, dissiper les clichés et affirmer son positionnement stratégique. Car, fondée en 1959, elle n’a jamais été une « caisse noire », mais un établissement public soumis à un contrôle strict -ministère des Finances, Bank Al-Maghrib, ANGSPE, commission de surveillance.
Avec un bilan consolidé de 363 milliards de DH, la CDG gère exclusivement des fonds privés et reste l’un des plus grands collecteurs d’épargne longue du pays. Ses investissements -des grands projets urbains aux infrastructures structurantes- ont accompagné toutes les transitions modernes du Maroc. Tanger Med en est un symbole en termes d’impact à la fois économique et territorial.
Aujourd’hui, l’institution opère un big shift avec la stratégie Cap 2030 : répondre simultanément à la souveraineté économique, la transformation industrielle et l’inclusion sociale. En ligne de mire : 47 milliards de DH de financements, 8 milliards pour le capital-investissement, et une montée en puissance dans l’eau, l’énergie, la tech, les infrastructures et l’innovation.
Ce changement d’échelle s’accompagne d’une réforme du cadre juridique, attendue en 2026, qui transformera la commission de surveillance en véritable conseil d’administration, alignant la gouvernance sur les standards internationaux.
Autre évolution majeure : 15 milliards de DH seront confiés à des gérants privés supplémentaires, marquant une ouverture assumée vers un marché désormais mature. Une manière de concentrer l’action de la CDG sur les projets stratégiques, notamment ceux liés au Mondial 2030, dont elle pilote la transformation des stades, ou encore sur l’industrie où elle joue le rôle de « dérisqueur » national, catalysant l’arrivée de filières comme l’automobile ou les batteries.
Du développement de pôles urbains comme à Dakhla aux hôpitaux en PPP, en passant par la coopération africaine, la CDG entend consolider sa place : non plus seulement gardienne de l’épargne, mais architecte du Maroc de 2030.
