Le journalisme sportif marocain perd l’un de ses maîtres. Najib Salmi, de son vrai nom Saïd Hajjaj, s’est éteint dimanche à Rabat à l’âge de 78 ans, après un long combat contre la maladie. Figure tutélaire de la presse nationale, il aura consacré plus de quatre décennies à raconter, analyser et transmettre le sport marocain, avec une rigueur et une élégance qui ont fait école. De L’Opinion à Challenge, son parcours force le respect et mérite l’hommage.
Né en 1948 à Sidi Kacem, Saïd Hajjaj entre très tôt dans le monde de la presse. En 1968, il rejoint le quotidien L’Opinion, organe du parti de l’Istiqlal, où il va bâtir l’essentiel de sa carrière et forger sa légende. Sous le pseudonyme de Najib Salmi, il prend en main les pages sportives du journal, qu’il dirigera pendant plus de quarante ans, imposant un style, une exigence et une vision qui feront référence.
À une époque où le journalisme sportif se confond souvent avec le commentaire passionnel, Najib Salmi choisit une autre voie : celle de l’analyse, du recul et de l’écriture soignée. Maîtrisant parfaitement la langue française, il transforme le compte rendu sportif en un exercice intellectuel à part entière, accessible mais jamais simpliste, engagé mais toujours équilibré.
« Les points sur les i », une chronique devenue culte
Sa chronique quotidienne « Les points sur les i » reste sans doute l’un des legs les plus marquants de sa carrière. Attendue par des générations de lecteurs, elle décortiquait l’actualité sportive nationale avec finesse, franchise et pédagogie. Le football, sport-roi, y occupait une place centrale, mais jamais exclusive.
Najib Salmi y dénonçait les dysfonctionnements sans complaisance, tout en saluant les progrès et les réussites. Cette devise – critiquer pour faire avancer, encourager sans flatter – résume parfaitement sa conception du métier. Ses analyses des matches, des choix techniques ou de la gouvernance sportive témoignaient d’une connaissance profonde de l’histoire du sport marocain et international.
Témoin privilégié des grandes heures du sport marocain
Au fil des décennies, Najib Salmi a couvert la quasi-totalité des grands événements sportifs qui ont marqué le Maroc et le monde. Coupes d’Afrique des nations, Coupes du monde de football, Jeux olympiques, championnats du monde d’athlétisme… il était de toutes les grandes échéances, au Maroc comme à l’étranger.
Il a accompagné la sélection nationale dans ses déplacements africains et mondiaux, observant de près ses échecs comme ses exploits. À l’échelle internationale, il a également fait partie du staff de la FIFA sous la présidence de Joseph Blatter, une reconnaissance rare pour un journaliste marocain de sa génération. Il fut aussi un soutien constant aux différentes candidatures du Maroc pour l’organisation de la Coupe du monde (1994, 1998, 2006 et 2010), même si ces tentatives se sont soldées par des échecs.
Un bâtisseur de la presse sportive nationale
Au-delà de sa plume, Najib Salmi fut un véritable institutionnel du journalisme sportif. Membre fondateur de l’Association marocaine de la presse sportive (AMPS) au début des années 1970, il en deviendra président de 1993 à 2009. Sous sa présidence, l’AMPS gagne en structuration, en visibilité et en crédibilité, défendant la profession et ses valeurs à une période charnière de son évolution.
Professionnel respecté, il a largement contribué à la reconnaissance du journalisme sportif comme une spécialité à part entière, exigeant formation, éthique et responsabilité. Pour beaucoup, Najib Salmi n’était pas seulement un confrère, mais une école.
Le maître discret et le passeur de générations
Humble et serviable, Najib Salmi fuyait les projecteurs. À la rédaction de L’Opinion, il était ce repère rassurant pour les jeunes journalistes fraîchement arrivés à Rabat. Il guidait sans imposer, corrigeait sans humilier, encourageait sans calcul. Nombreux sont ceux qui lui doivent un conseil décisif, un coup de pouce discret ou une confiance accordée au bon moment.
Cette capacité à transmettre, sans jamais chercher à dominer, fait partie intégrante de son héritage. Il croyait au travail, à la patience et à la progression par l’effort, loin du bruit et des postures.
Le passage à Challenge, une nouvelle page d’exigence
Après L’Opinion, Najib Salmi poursuit son parcours dans les pages sportives du magazine Challenge, aux côtés de Kamal Lahlou. Là encore, il apporte son regard affûté, son style reconnaissable entre tous et sa crédibilité. Son passage à Challenge s’inscrit dans la continuité d’une carrière guidée par la même exigence : informer juste, analyser vrai et écrire bien.
Pour Challenge, accueillir une plume comme Najib Salmi fut un honneur, mais aussi un enrichissement éditorial. Il y a laissé l’empreinte d’un journaliste chevronné, fidèle à ses principes et ouvert aux évolutions du métier.
Le décès de Najib Salmi, survenu dimanche 25 juin 2026 à Rabat, laisse un vide immense dans le paysage médiatique et sportif marocain. Il sera inhumé ce lundi après la prière d’Ad-Dohr au cimetière Chouhada.
En cette triste et douloureuse circonstance, le président du Groupe Les Éditions de La Gazette, ainsi que les rédactions de Challenge, VH, MFM Radio et Lalla Fatima, adressent leurs plus sincères condoléances à son épouse Eveline, à ses enfants Majid et Lamia, ainsi qu’à la grande famille du journalisme et du sport.
Avec lui disparaît une mémoire vivante, mais son œuvre demeure : des milliers d’articles, de chroniques, d’analyses et surtout un exemple. Celui d’un journalisme sportif rigoureux, élégant et profondément humain.
Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons.