Dans Africa Credit Rating Trends 2025, Standard & Poor’s souligne que le Maroc a regagné le statut d’investment grade (note BBB-/A-3) — une première en Afrique — après une trajectoire de réformes macroéconomiques et budgétaires jugées solides face aux chocs externes. On vous explique…
Alors que le Sénégal lutte contre une dette à 119% du PIB et que Madagascar sort à peine d’une CreditWatch négative, le Maroc clôt 2025 avec une perspective stable et des fondamentaux renforcés. Un cas d’école pour une Afrique en quête de résilience.Tandis que seuls 4 des 27 États africains notés atteignent le statut investment grade (BBB- ou supérieur), le Royaume retrouve ce rang perdu en 2021 grâce à une amélioration à «BBB-/A-3» en septembre 2025.
Une notation historique qui le place aux côtés du Botswana (‘BBB’), de Maurice et de Sainte-Hélène (‘BBB-’), surclassant nettement des poids lourds régionaux comme l’Afrique du Sud (‘BB’) ou le Nigeria (‘B-’). Selon l’analyse de S&P Global, le Maroc émerge comme l’un des rares pays africains à avoir retrouvé un statut d’investment grade, récompensant une trajectoire de réformes macroéconomiques et budgétaires jugées solides face aux chocs externes.
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Dans les détails, la progression de la note souveraine du Maroc à BBB-/A-3 avec perspective stable résulte d’une appréciation favorable de plusieurs paramètres macroéconomiques:
- Résilience face aux chocs externes : malgré les perturbations du commerce mondial, l’inflation fluctuante et des tensions géopolitiques, l’économie marocaine a maintenu une trajectoire de croissance dynamique, portée par des secteurs clés tels que l’industrie manufacturière, le tourisme ou encore les services.
- Croissance robuste et diversification : les perspectives de croissance du PIB réel sont estimées autour de 4 % en moyenne entre 2025 et 2028, une performance solide dans un environnement mondial incertain.
- Consolidation budgétaire : le déficit public, historiquement élevé au début de la décennie, est projeté pour revenir vers des niveaux plus soutenables (environ 3 % du PIB d’ici 2026), grâce à une série de réformes fiscales et de rationalisation des dépenses publiques.
- Dynamique des réformes structurelles : l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration de la gouvernance des finances publiques et l’intégration de mécanismes économiques modernisés traduisent une volonté systématique de renforcer la robustesse de l’économie.
Ce retour dans la catégorie « Investment Grade » est une première depuis la rétrogradation de 2021, conséquence des tensions économiques liées à la pandémie de COVID-19, et témoigne d’un effort soutenu de redressement et d’assainissement des finances publiques. Il représente non seulement une victoire technique, mais surtout une reconnaissance internationale du regain de crédibilité des politiques économiques marocaines. « Le retour du Maroc au statut investment grade chez Standard & Poor’s est un signal fort, mais surtout un signal rare dans le contexte africain actuel. Cela traduit moins une performance ponctuelle qu’une lecture de crédibilité dans la durée : capacité à absorber les chocs, à maintenir une discipline budgétaire relative et à préserver l’accès aux marchés internationaux sans spirale de défiance », nous confie l’économiste Adnane Benchekroune.
De son côté, Zakaria Fahim Partner BDO Maroc déclare : « c’est un signal fort, parce qu’il traduit une appréciation claire de la trajectoire macroéconomique et budgétaire du Royaume : malgré des chocs externes répétés, S&P estime que le cadre de politiques publiques et le rythme des réformes ont retrouvé un niveau de crédibilité compatible avec l’investment grade. Un point de précision, important pour bien cadrer le récit : ce n’est pas la “première fois historique” que le Maroc atteint BBB- chez S&P.
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Le Maroc a déjà eu ce niveau par le passé, avant de le perdre en 2021, puis de le regagner en 2025. En revanche, l’élément notable, tel qu’il est souvent formulé, tient au fait qu’au moment de l’annonce le Maroc se retrouve dans une position singulière sur le continent dans l’univers des eurobonds : il apparaît comme l’un des très rares, voire le seul, souverain africain classé “investment grade” chez S&P sur ce segment. Autrement dit : ce n’est pas un “premier titre”, c’est un retour au niveau le plus exigeant — et un marqueur de différenciation régionale. »
Un atout stratégique
La notation BBB- ouvre des opportunités concrètes pour le Maroc sur les marchés financiers internationaux. À ce niveau, plusieurs effets se conjuguent : Premièrement, etre classé « investment grade » signifie pour les investisseurs institutionnels une probabilité plus faible de défaut de paiement. Cette perception se traduit par des spreads (écarts de taux) plus faibles sur les émissions obligataires souveraines, réduisant le coût global de financement pour l’État et, par extension, pour les grandes entreprises nationales qui bénéficient d’un effet d’entraînement (halo).
Deuxièmement, cela envoie un signal puissant pour les investisseurs internationaux, qui l’utilisent comme un critère de sélection déterminant pour allouer des capitaux à long terme. Dans un contexte où les flux de capitaux vers les marchés émergents sont de plus en plus conditionnés à des critères de risque-rendement stricts, « ce statut repositionne le Maroc en haut du palmarès des destinations africaines attractives », nous confie une source.
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Par ailleurs, il faut que le secteur bancaire marocain, couvrant 60% des actifs systémiques nationaux, incarne la robustesse financière du Royaume, selon l’analyse de S&P Global. Notées globalement dans la catégorie «BB» (soit deux crans sous la notation souveraine), les institutions bancaires du Maroc surpassent significativement leurs homologues égyptiennes et nigérianes, cantonnées à la catégorie spéculative «B» en raison des vulnérabilités macroéconomiques locales. « En octobre, nous avons relevé la notation de la banque Attijariwafa, compte tenu de ses performances financières plus solides. », précise S&P Global.
Sur le volet stratégie de financement souverain, le Maroc est le seul État souverain à lever 2 milliards d’euros à un taux d’environ 4,3 % avec une durée moyenne de sept ans. Il s’agit du taux le plus bas pour cette obligation en euros à double tranche. Le Maroc poursuit le financement de ses projets d’infrastructure tout en réduisant son risque de change grâce à l’émission en euros, conformément à ses liens commerciaux étroits avec l’UE.
« Il faut toutefois éviter toute lecture euphorique. Une notation n’est ni une récompense politique ni une fin en soi. C’est un contrat implicite avec les marchés, conditionné à la poursuite des réformes, à la maîtrise de la dette et à la transformation de l’investissement en croissance inclusive. Le vrai test commence maintenant : convertir cette crédibilité financière en gains économiques tangibles — emploi, productivité, résilience climatique. Sans cela, l’investment grade reste un label, pas encore une garantie. », prévient l’économiste.
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« Qu’est-ce que cela change concrètement ? D’abord, c’est un levier de coût du capital : l’investment grade élargit mécaniquement l’univers d’investisseurs éligibles et peut contribuer à réduire la prime de risque, donc améliorer les conditions de financement du souverain — et, par effet de halo, celles d’une partie des émetteurs marocains. Ensuite, c’est un signal géopolitique et économique : dans un contexte de fragmentation mondiale, une telle notation devient un indicateur de stabilité institutionnelle, de gouvernance économique et de résilience », précise Fahim.
Comparaison notations souveraines 2025 (S&P focus)
| Critère / Pays | Maroc (BBB-, IG) | Afrique du Sud (BB) | Égypte (B) | Nigeria (B-) |
| Notation S&P | BBB- (upgrade vers IG) | BB (premier upgrade en 20 ans, BB- → BB) | B (upgrade B- → B) | B- (stable) |
| Outlook S&P | Stable | Stable | Positive | Stable/Positive |
| Forces (S&P) | Macro institutions solides, buffers externes forts, Eurobond réussi, tourisme/manufacturing résilients | Réformes, croissance stabilisée, Eskom amélioré | Réformes IMF 8 Md$, FX flexible, inflows Golfe | Réformes macro, raffinerie Dangote |
| Faiblesses | Dette ~65% PIB, climats | Croissance faible, dette service lourde, électricité | Besoins financement externes massifs, inflation | Dépendance pétrole, inflation 12.9%, insécurité |
Source : Rapport S&P Global « Africa Credit Rating Trends 2025
Le Maroc face aux défis : vulnérabilités à surveiller
Si cette amélioration est significative, elle n’efface pas les défis. Dans un contexte économique mondial incertain, Bank Al-Maghrib adopte une approche politique macro-prudentielle. Le taux directeur reste fixé à 2,25% depuis mi-2025, maintenu lors des dernières opérations de marché monétaire en février 2026.Meme si S&P Global prévoit pour 2026 une croissance de 4 %,,des défis persistes : L’analyse de S&P souligne plusieurs axes de vigilance:
- Vulnérabilité aux chocs climatiques et agricoles : l’économie marocaine, bien que diversifiée, reste sensible aux conditions climatiques, notamment dans le secteur agricole, qui représente une part importante de l’emploi et de la production.
- Nécessité de poursuivre la consolidation budgétaire : les projections de réduction du déficit et de stabilisation de la dette supposent une mise en œuvre rigoureuse des réformes fiscales et une maîtrise des dépenses publiques, une équation délicate en période de pressions sociales et de demandes accrues en services publics.
- Compétitivité et diversification économique : malgré les progrès réalisés, la transition vers une économie davantage basée sur la technologie, l’innovation et des segments à forte valeur ajoutée reste un chantier de long terme.
« Cette notation ne doit pas être traitée comme une médaille, mais comme un instrument. Le vrai enjeu, c’est la conversion : transformer ce gain de crédibilité en investissements productifs, en gains de compétitivité et en diffusion vers l’économie réelle, notamment les PME. Concrètement : canaliser l’avantage de financement vers des secteurs à fort effet d’entraînement (industrie, logistique, eau/énergie, digital), accélérer la modernisation de l’action publique (simplicité, prévisibilité, exécution), et faire en sorte que le “signal pays” profite aussi aux entreprises via de meilleurs mécanismes de garantie, de financement de chaîne d’approvisionnement et de digitalisation », prévient le patron de BDO Maroc.
Toutefois, il faut reconnaître que le Maroc dispose d’atouts uniques pour transformer ces défis en opportunités. Son statut investment grade lui ouvre l’accès à des financements compétitifs. Dans une interview sur Jeune Afrique, le patron de CDG a annoncé qu’il ambitionne cette année de mobilier près de 100 milliards de dirhams pour financer l’économie marocaine dans le cadre du plan CAP 2030.