Selon des informations obtenues par l’agence d’information financière Bloomberg, McKinsey a supprimé environ 200 emplois dans le monde la semaine dernière. Même son de cloche dans le secteur de la finance internationale…l’IA semble être l’alternative. Zoom sur l’économie de la destruction-créatrice.
Doucement mais sûrement, l’intelligence artificielle bouleverse le milieu du conseil. Selon des informations obtenues par l’agence d’information financière Bloomberg, McKinsey a supprimé environ 200 emplois dans le monde la semaine dernière. Suivant ainsi le mouvement de ses concurrents, qui ont de plus en plus recours à l’IA pour exécuter les tâches de certains collaborateurs. Le chiffre peut paraître anecdotique, dans un groupe qui compte pas loin de 40.000 salariés, mais, selon une source interne, le cabinet traque actuellement toutes les tâches qui pourraient être automatisées par l’IA au sein de sa structure. Et il n’exclut pas de prochaines réductions d’effectifs.
“Avec l’IA générative, le conseil devient une commodité. Ce rôle de conseiller doit ainsi globalement se transformer pour continuer à apporter des services encore plus à valeur ajoutée”, expliquait Thierry Groues, associé KPMG en France, responsable Business Consulting dans une interview parue dans les Echos. Dans une interview accordée en septembre, Bob Sternfels, associé directeur mondial, a déclaré que McKinsey prévoyait d’augmenter le nombre d’employés orientés client tout en réduisant le nombre d’employés occupant des postes non orientés client. Il a souligné que les employés restants bénéficient des technologies actuelles et des progrès réalisés dans le domaine de l’IA. Pas que dans le secteur du conseil, dans le domaine bancaire, le tsunami IA semble aussi s’abattre.
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Bloomberg Intelligence prévoit que les banques du monde entier pourraient supprimer jusqu’à 200.000 emplois au cours des trois à cinq prochaines années, car l’IA prend de plus en plus en charge des tâches traditionnellement effectuées par des humains. Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, a toujours souligné les avantages potentiels de l’IA et reconnaît même son rôle dans la délocalisation des emplois. Les grandes banques du monde entier expérimentent l’IA depuis plusieurs années, motivées par son potentiel d’amélioration de la productivité et de réduction des coûts.
Citigroup a précédemment estimé que cette technologie pourrait générer 170 milliards de dollars supplémentaires (environ 146,9 milliards d’euros) pour le secteur bancaire d’ici 2028, un pourcentage important des fonctions étant susceptible d’être automatisé. Dans un article publié dans le journal français les Echos, ce chiffre témoigne de la dynamique en marche. Selon cette source : chez BNP Paribas Fortis, l’IA fait le boulot de 270 collaborateurs.
Joseph Schumpeter et sa théorie de la destruction créatrice !
« Ce sont les économies les plus ouvertes à la “destruction créatrice” qui se développent le plus vite », explique l’économiste Joseph Schumpeter dans son livre intitulé « Capitalisme, socialisme et démocratie », paru en 1942. Plusieurs décennies après la sortie de ce bestseller qui, au travers de la théorie de la destruction créatrice, a su démontrer le rôle catalyseur de l’innovation au sein des différentes matrices économiques. Causé en partie par les grandes mutations structurelles ou sociétales, le phénomène économique de la destruction créatrice demeure d’actualité dans l’émergence du numérique dans le grand marché économique. Même si elle peut avoir des externalités négatives, l’innovation selon la théorie de l’économiste est génératrice de valeur.
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Cette même année, la théorie économique de Schumpeter fut reprise dans les travaux de deux économistes victorieux au Prix Nobel d’économie, Philippe Aghion et Peter Howitt, récompensés pour leur théorie de la croissance durable à travers la destruction créatrice. C’est en minimisant ses effets négatifs que l’on peut permettre à une technologie comme l’IA de lancer un cercle vertueux, selon les travaux du chercheur français : « Chaque révolution, que ce soit le moteur à vapeur, l’électricité ou l’informatique, a généré des craintes pour les emplois, mais elle provoque aussi des gains de productivité, qui font que la demande pour les produits augmente, que les marchés s’élargissent, ce qui nécessite davantage de besoins de main-d’œuvre. » C’est ce que l’on pourrait appeler une « destruction créatrice 2.0 », une modernisation de la théorie de l’économiste autrichien Joseph Schumpeter.
Plus de 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires
Plus de 800 millions de personnes utilisent ChatGPT chaque semaine (…) « Grâce à vous tous, l’IA est passée d’un simple divertissement à un outil que les gens utilisent quotidiennement pour créer », s’est réjoui Sam Altman, lors de la conférence annuelle dédiée aux développeurs en octobre dernier. « Cette révolution est en effet fondamentalement différente des précédentes quant à son rythme d’adoption. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler qu’il a fallu deux mois pour que ChatGPT atteigne 100 millions d’utilisateurs, alors qu’il avait fallu sept ans pour atteindre le même seuil concernant l’adoption d’Internet ! Du côté des entreprises, 60 % d’entre elles utilisent déjà l’intelligence artificielle générative selon McKinsey (2024), alors qu’il avait fallu par exemple plus de trente ans post-invention pour que la majorité des entreprises soient électrifiées aux États-Unis », a écrit Jean-Baptiste Wautier (investisseur, administrateur indépendant et enseignant à Sciences Po Paris) dans une tribune publiée dans les Echos.
Aujourd’hui, à la lumière des événements, on peut revenir aux écrits du maître de la science-fiction qui fut l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme sur ce nouveau monde en émergence. Dans son livre “Le Cycle des Robots” sorti en 1950, l’un des bestsellers de la science-fiction, Isaac Asimov dessinait un monde où les robots, au travers de l’IA, bouleverseraient la société. Dans le livre, il fait état d’une société où les machines sont autonomes grâce à l’IA et sont présentes à tous les niveaux de la matrice sociale.
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Dans les trois lois de la robotique d’Asimov, on peut voir l’utilité économique de ces technologies : « Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi ». Selon l’auteur, cette loi répond aux objectifs économiques qui sont sous-jacents à ces technologies… Des décennies après la sortie de ce livre qui a inspiré beaucoup de scénaristes adeptes de science-fiction, aujourd’hui le récit d’Asimov semble peu à peu coller à notre réalité…
Depuis quelques années, on assiste à deux véritables bonds en termes d’IA. Même si les machines programmées sont encore dans les industries, à la différence de la société décrite dans le livre d’Asimov où les robots sont presque des compagnons de l’homme, certains signes démontrent que nous ne sommes pour autant pas si loin de cette ère. Rappelons qu’il y a quelques années de cela, un ancien collaborateur de Google avait fait fuiter dans la presse américaine qu’une IA du mastodonte américain avait atteint l’état de conscience, constaté au bout de plusieurs tests où cette IA présentait des sentiments de peur face à la « mort », puis qu’elle refusait de s’auto-détruire, prétextant un argumentaire semblable à celui d’un humain.