Il en va, parfois des grandes décisions comme de simples ajustements administratifs : un mouvement fait subitement irruption, il s’invite par effraction dans le débat et accentue la donne : c’est bien ce que l’on peut dire de la crise de la sardine. Pour faire face à la flambée des prix de ce poisson très prisé durant le ramadan, l’exécutif a suspendu les exportations de sardines congelées à partir du 1er février 2026 pour une durée de 12 mois, afin de pallier la chute des débarquements (46% entre 2022 et 2024), de stabiliser les prix sur le marché intérieur et de sécuriser l’approvisionnement, notamment au courant du mois sacré. Un scénario concernant d’autres produits de base est-il à craindre ?
En tout cas, il semble que ce qui vaut pour la sardine vaut aussi pour les fruits et légumes sauf que cette fois-ci, le gouvernement n’a pas attendu que la crise éclate pour prendre les devants. En effet, la réforme des marchés de gros à laquelle s’attellent plusieurs départements pilotés par le ministère de l’Intérieur et celui de l’Agriculture a pour objectif justement de mettre fin à l’hégémonie des intermédiaires et des spéculateurs sur un secteur vital pour les citoyens.
Nul besoin d’être devin pour comprendre que la part de responsabilité des spéculateurs dans la folle envolée des prix, est grande et l’un des opérateurs qui traitent avec eux, estime même que « la proportion est probablement de 70%, voire bien plus à mettre au crédit des spéculateurs «qui, généralement vendent leurs marchandises avant l’échéance du contrat et même la livraison à des entreprises qui se couvrent».
Ajoutant que les petits commerçants au détail sont obligés de répercuter ces hausses inexpliquées sur leurs prix et sont souvent ceux qui vont le plus souffrir de l’augmentation des prix . Il faut savoir que la commercialisation des fruits et légumes représente l’étape décisive de la chaîne. Les marchés de gros sont structurés par des intermédiaires financiers (courtiers) facilitant les transactions, et des spéculateurs cherchant à profiter de la volatilité des prix. Ces acteurs assurent certes l’approvisionnement, mais la spéculation excessive est souvent pointée du doigt pour accentuer l’instabilité des prix, notamment sur les marchés agricoles à la cueillette.
Les intermédiaires, seuls maîtres à bord négocient comme ils veulent les prix, traitent avec les producteurs, petits et grands alors que les spéculateurs, eux, anticipent les mouvements de prix pour réaliser un profit considérable, aux dépens du consommateur final et sont accusés de créer une spéculation excessive. On estime que les opérations financières sur les matières premières agricoles représentent parfois plus de dix fois le montant des récoltes, – même si personne ne peut avancer des chiffres exacts.
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Ce qui complique les choses, c’est que près de 80 % des transactions spéculatives sur les matières premières en fruits et légumes ont lieu sur les marchés de gré à gré. Dénoncée par les agriculteurs eux-mêmes, les commerçants et surtout les consommateurs, la hausse des prix à des niveaux jugés inédits a poussé les autorités à prendre le taureau par les cornes pour concocter un texte qui s’attaque aux piliers essentiels : remplacer une législation obsolète par une nouvelle législation encadrant les marchés de gros, un mode de gestion modernisé et un processus de vente strictement contrôlé à toutes ses étapes.
Pour contrer l’inflation et lutter contre les effets pervers de la spéculation, cette prise en charge énergique vise à limiter la spéculation des intermédiaires dans les circuits de commercialisation. Il s’agit ainsi, de réduire l’influence des intermédiaires accusés d’alimenter la spéculation et de faire exploser les marges de la ferme à l’étal. Pour que la réforme soit efficace, chaque région va être pourvue d’un marché de gros moderne, soumis à des règles de transparence et de traçabilité, qui limitent drastiquement l’intervention de spéculateurs.
Sachant que le pays compte environ 30 marchés de gros structurés et 8 marchés parallèles informels. Ils brassent un chiffre d’affaires annuel de plus de 7 milliards de dirhams, dont 400 millions vont dans la poche des collectivités territoriales.
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En coordination avec le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Industrie et du Commerce, l’Intérieur prévoit la mise en place de 12 marchés de gros, nouvelle génération, dotés d’infrastructures adaptées, de services logistiques et de méthodes de gestion modernes. Capitale oblige, c’est Rabat qui aura l’insigne honneur d’ouvrir le bal avec son marché de gros nouvelle génération qui est quasiment opérationnel.
Une fois la réforme lancée, on verra bien s’il reste encore des zones d’ombre dans ce dossier épineux, mais toujours est-il que les citoyens suivent avec attention l’offensive des autorités sur un secteur qui touche de près la consommation de tous et voir si cela servira à décourager définitivement les spéculateurs, quels que soient les rapports de force.