L’Union Européenne (UE) s’apprête à appliquer, à partir de 12 août 2026, un nouveau règlement sur les emballages et leurs déchets à l’intérieur et à l’importation. Une contrainte supplémentaire qui s’abat sur les exportateurs marocains qui se démêlent encore avec les tracas procéduraux imposés, début 2026, par la nouvelle Taxe Carbone aux frontières de l’UE.
Depuis le 1er janvier 2026, l’UE a mis en place son Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), une Taxe Carbone aux frontières de l’UE qui concerne l’acier, aluminium et ciment, et les biens manufacturés à forte teneur en acier et en aluminium. Les coûts de conformité exigée par le MACF (audit carbone, certification, adaptation technologique) s’annoncent très conséquents pour nos exportateurs. En réaction, la Fédération nationale de l’agroalimentaire (FENAGRI) a décidé d’agir, en organisant la 1ère édition du Forum national de la décarbonation des industries alimentaires, le 29 juin dernier. Un forum qui s’est déroulé en présence des principaux acteurs publics, privés, financiers, techniques et institutionnels engagés dans la transformation durable des industries alimentaires.
Et rebelote, une nouvelle exigence va s’appliquer, cette fois, sur les emballages utilisés par les exportateurs. Il s’agit du «Règlement européen de l’emballage et des déchets liés à l’emballage» ou «Packaging and Packaging Waste Regulation» (PPWR), entré en vigueur le 11 février 2025 et s’applique à partir du 12 août 2026. Cette nouvelle réglementation, sous la référence «UE-2025/40», établit des exigences en matière de durabilité et d’étiquetage pour les emballages tout au long de leur cycle de vie. Elle interdit certaines substances chimiques telles les «polluants éternels» et vise surtout à éviter les emballages inutiles, à promouvoir la réutilisation afin de passer d’une économie linéaire à une économie circulaire et, in fine, à la neutralité climatique.
Les nouvelles normes PPWR imposent des contraintes strictes, notamment l’élimination des PFAS, perturbateur endocrinien utilisé dans la fabrication du plastique, et du «Bisphénol A» polluant éternel utilisé comme antiadhésive. Elles exigent que tous les emballages doivent afficher un taux de recyclabilité d’au moins 70% d’ici 2030. Elles exigent aussi l’intégration des taux minimaux de plastique recyclé post-consommation pour la plupart des emballages en plastique. Ces derniers doivent être conçus pour le recyclage des matériaux et aptes à être collectés, triés et recyclés à l’échelle lorsqu’ils deviennent des déchets, cette dernière exigence va entrer en vigueur en 2035.
Ces normes imposent des obligations coûteuses, d’une part aux producteurs qui deviennent responsables de l’ensemble du cycle de vie de leurs emballages qui doit couvrir les coûts nécessaires à la collecte, au tri et au recyclage. Les importateurs et distributeurs doivent veiller à ce qu’une évaluation de la conformité ait été effectuée, et conserver aussi la documentation technique.
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Ces obligations imposées aux opérateurs devront générer des procédures lourdes et des coûts supplémentaires, ce qui va impacter lourdement la compétitivité des exportations marocaines. Le secteur agricole marocain sera le premier à être impacté par cette législation, surtout la filière des fruits et légumes frais. Rien que pour les légumes frais, les exportations ont franchi la barre du million de tonnes dont l’essentiel est destiné au marché européen. Ces exportations de fruits et légumes vers l’Europe sont souvent conditionnées dans des barquettes en plastique.
Pour rester compétitifs et garder ce niveau, les producteurs et exportateurs marocains doivent désormais utiliser des barquettes thermoformées recyclables et des contenants adaptés au transport frigorifique et aux exigences des supermarchés européens. De même, à terme ces barquettes doivent être fabriquées en partie à partir du plastique recyclé et ce plastique recyclé devra provenir de systèmes de collecte et de recyclage dont les normes environnementales sont jugées équivalentes à celles de l’UE. Or, le secteur de la gestion des déchets au Maroc reste encore embryonnaire, il n’existe pas à ce jour de filière de recyclage locale capable de fournir en masse du plastique recyclé certifié conforme par les acheteurs européens.
Le risque de rupture de la chaîne d’approvisionnement en emballages conformes est très probable. Par conséquent, les exportateurs marocains sont obligés d’importer leurs emballages et les matières premières d’emballage d’Europe. Cela impactera la compétitivité de la production locale car il alourdit fortement les coûts logistiques et dégrade la marge commerciale des exportateurs.
Ainsi, la transition écologique selon le règlement européen PPWR se heurte à de lourds obstacles structurels au Maroc. Nos entreprises exportatrices doivent faire un audit complet des solutions de conditionnement en concertation avec les fabricants d’emballages locaux. La transition vers des alternatives durables va occasionner des surcoûts et des défis logistiques pour la filière marocaine. D’où la nécessité d’une réaction rapide de l’État, des fédérations professionnelles et des écosystèmes financiers qui doivent simplifier l’accès aux aides pour les entreprises exportatrices.
Calendriers clés de mise en œuvre de la PPWR
A partir de 12 août 2026 :
– Limitations concernant la teneur en PFAS des matériaux en contact alimentaire.
– L’espace vide dans les colis est limité à 50%.
– Tout emballage mis sur le marché devra être accompagné d’une déclaration (DoC) attestant sa conformité à la PPWR.
– L’exigence d’un archivage de l’ensemble de la documentation technique concernant les matériaux de l’emballage.
– Chaque unité d’emballage devra porter un identifiant traçable : document d’accompagnement, étiquetage ou marquage QR code.
– Les opérateurs doivent mettre en place des systèmes de collecte, de reconditionnement et de redistribution de leurs emballages réutilisables.
Objectifs 2030 :
– Tous les emballages devront être conformes aux critères de conception pour le recyclage, qui seront définis dans la législation secondaire.
– Des exigences minimales en matière de contenu PCR s’appliquent aux emballages en plastique.
– Les objectifs de première réutilisation s’appliquent pour 40% de volume d’emballage.
– La minimisation des emballages devient obligatoire, limitant l’espace vide dans la conception des emballages.
Objectif 2040 :
– Augmentation des exigences en matière de contenu PCR.
– Réductions supplémentaires des déchets d’emballage et objectifs de réutilisation élargis.