Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc a fait du développement du secteur privé l’un des piliers stratégiques de son modèle de développement. « Plusieurs réformes structurantes traduisent cette orientation : la nouvelle Charte de l’Investissement, les dispositifs inédits de soutien aux TPME, une feuille de route de transformation du climat des affaires, ainsi que le recours accru aux PPP, moteur essentiel pour accélérer les projets structurants », a révélé Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, lors de la session d’ouverture de l’Africa Investment Forum
Depuis son entrée en vigueur en 2024, la nouvelle Charte de l’investissement s’est imposée comme un instrument clé pour relancer l’attractivité économique du Maroc. Conçue pour stimuler les investissements nationaux et étrangers, » elle vise à renforcer l’équité territoriale, favoriser la création d’emplois et diversifier les secteurs porteurs ». En une année, les premiers indicateurs sont encourageants : hausse du nombre de projets validés, augmentation des capitaux engagés et consolidation de la position du Maroc comme hub régional. Cette réforme ambitionne de créer un environnement plus compétitif et incitatif pour les entreprises, en simplifiant les procédures administratives et en offrant des avantages fiscaux attractifs. Dans un contexte de concurrence accrue avec d’autres économies émergentes, elle constitue un atout stratégique pour accélérer la transformation du tissu productif national. Rappelons que le challenge en ligne de mire est celui d’atteindre 550 MMDH d’investissements privés et 500.000 emplois à l’horizon 2026.
Lors de la nouvelle édition de l’Africa Investment Forum (AIF), cette question fut au centre des discussions. Dans son prélude introductif placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah a fait le point du climat d’investissement du Maroc. Dans un son discours officiel reçu par Challenge elle déclare : « Selon les analyses internationales, le monde devra mobiliser 4 000 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour atteindre les Objectifs de développement durable. Pour l’Afrique seule, le besoin est estimé à environ 1 300 milliards de dollars chaque année. Face à ce besoin colossal, les financements publics, indispensables mais limités, ne suffisent plus. Il devient impératif d’élargir la base des investisseurs, d’attirer des capitaux privés et d’innover dans les mécanismes de mobilisation financière. Le secteur privé doit occuper une place centrale : sa capacité à investir, innover, industrialiser, créer de la valeur et réduire les risques systémiques est indispensable pour accompagner les grandes transitions africaines — énergétique, numérique, industrielle, agricole et logistique ».
Lire aussi I Africa Investment Forum prend ses quartiers à Rabat
Et de poursuivre : « Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu l’Assiste, le Maroc a fait du développement du secteur privé l’un des piliers stratégiques de son modèle de développement. Plusieurs réformes structurantes traduisent cette orientation :
● La nouvelle Charte de l’Investissement, qui vise à maximiser l’impact de l’investissement privé en favorisant l’emploi, l’équité territoriale, les secteurs porteurs et le développement durable.
● Des dispositifs inédits de soutien aux TPME, incluant des incitations ciblées, un accompagnement technique renforcé et une simplification du parcours investisseur.
● Une feuille de route de transformation du climat des affaires, qui a permis des avancées majeures en matière de digitalisation, de simplification et de création d’entreprise.
● Le recours accru aux PPP, moteur essentiel pour accélérer les projets structurants.
● L’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, véritable catalyseur des financements privés, grâce à des fonds sectoriels, des mécanismes dédiés aux start-ups, des produits innovants et des prises de participation stratégiques. Le Maroc s’est fixé un objectif clair : porter la part de l’investissement privé à deux tiers du total national d’ici 2035, contre un tiers aujourd’hui. Cette ambition résume une conviction profonde : l’investissement privé est la clé de l’emploi, de l’innovation et de la compétitivité. »
Rappelons que depuis la mise en place de la Charte, sept commissions nationales d’investissement ont approuvé 191 projets, dont 167 portés par des entreprises privées nationales et étrangères. Ces initiatives représentent un investissement total de 326 milliards de dirhams et généreront environ 150.000 emplois directs et indirects
Toutefois, derrière ces avancées chiffrées, des défis persistants et viennent tempérer cet élan. L’accès au financement demeure une problématique centrale, notamment pour les TPME, qui représentent l’essentiel du tissu économique. Par ailleurs, la complexité des démarches administratives d’investissement reste des obstacles majeurs pour les entrepreneurs.
Le pari sera-t-il relevé ?
« La tâche est épineuse et aucun gouvernement ne peut en l’espace d’un quinquennat transformer un pays. L’objectif quantifiable d’égaler investissement public n’est pas un objectif du gouvernement mais elle émane de la feuille de route royale pour inverser les ratios entre investissement public et investissement privé. Aujourd’hui c’est 2/3 pour le public et 1/3 pour le privé, sa Majesté le Roi a dans plusieurs discours appelé à sortir d’une croissance tirée par la demande intérieure et d’une création d’emplois dépendant de la demande publique qu’on finance par les déficits budgétaires et par de la dette essentiellement intérieure et financée par nos banques. », soutient l’économiste Abdelghani Youmni.
Lire aussi I Sebastien Rollet nommé Secrétaire général de la BMCI
Et d’ajouter: »le changement de paradigme doit amener nos investisseurs à se jeter dans l’arène de l’industrie et à ne plus considérer l’entrepreneuriat comme un accélérateur de la rente mais la considérer comme propulseur du développement industriel, culturel et managérial. C’est ce qui nous différencie aujourd’hui des Turcs, des Malaisiens, des Vietnamiens et des Coréens du Sud ».
De son côté, le CEO du groupe Guépard Abdelmalek Alaoui, lance un appel aux élites. »les investisseurs nationaux ont parfois le sentiment qu’ils ne sont pas suffisamment écoutés. L’économiste Lawrence Summers a résumé l’enjeu dans une formule lumineuse : « Les États doivent organiser leurs systèmes de manière à ce que les nationaux investissent dans leur pays. », a-t-il conclu.
Une doctrine d’investissement
Depuis les années 2000, le Maroc a connu une transformation économique fulgurante et singulière sur le continent grâce à d’importants investissements dans ses infrastructures, notamment autoroutières, ferroviaires, aéroportuaires et portuaires. Le pays a également mis en place des stratégies sectorielles dans des domaines comme l’industrie (automobile, aéronautique), le tourisme, l’agriculture, l’offshoring et les énergies renouvelables. De plus, son ouverture commerciale, renforcée par plus de 50 accords de libre-échange, a permis au PIB du royaume de plus que doubler entre 2000 et 2019, dépassant ainsi les 1 000 milliards de dirhams (plus de 100 milliards d’euros). Cependant, le rythme de croissance a progressivement ralenti, passant d’une moyenne annuelle de 4,8 % entre 2000 et 2009 à 3,5 % entre 2010 et 2019.
Ce ralentissement « est paradoxal, compte tenu de l’effort d’investissement du pays, qui représente 32,2 % de son PIB, un des taux les plus élevés au monde aux côtés de la Chine et de l’Inde », selon la Banque mondiale. Ce fléchissement a eu un impact direct sur le marché de l’emploi : « chaque point de croissance générait moins de 21 000 emplois entre 2010 et 2019, contre plus de 30 000 entre 2000 et 2009 », selon un rapport de la banque centrale.
Lire aussi I Le groupe Al Omrane devient «Sponsor Officiel» de la FRMF
Face à cette situation, la nécessité de repenser le « modèle de développement » a été une lucarne incontournable. En cela, une commission spéciale, présidée par Chakib Benmoussa, avait esquissé les grandes lignes d’un nouveau modèle de développement. Parmi ses recommandations, l’accent a été mis sur une meilleure répartition des investissements vers des secteurs productifs et une implication accrue du secteur privé, avec pour objectif de porter la part de l’investissement privé de 35 % à 65 %. Le souverain avait ainsi fixé un nouvel objectif au gouvernement en octobre 2022 : mobiliser 550 milliards de dirhams (50 milliards d’euros) d’investissements et créer 500 000 emplois entre 2022 et 2026. Il faut d’ailleurs rappeler que c’est dans ce sens que le gouvernement d’Aziz Akhannouch a adopté une nouvelle charte des investissements, visant à positionner le Maroc comme un hub continental et international attractif.
Contacté par Challenge pour comprendre cette question, l’économiste Mehdi Lahlou nous explique que : »on peut déduire que les différentes actions de la charte de l’investissement ont eu un effet d’entraînement qui a relancé les IDE ». Et de préciser qu' »il y a également la conjoncture des projets notamment la LGV, la coupe du monde 2030, la coupe d’Afrique, qui peuvent d’une certaine mesure avoir eu un impact sur le décollage des IDE ». De son côté l’économiste Mehdi Fakkir a invité à mener la réflexion sur les impacts qualitatifs des IDE notamment sa conséquence directe sur le chômage.