Depuis 1994, la COP constitue la plus grande et la plus importante conférence internationale dédiée au climat. Les 197 États membres (ou « parties ») de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) y sont représentés, couvrant ainsi la quasi-totalité des pays du monde. Pour cette nouvelle messe climatique, Challenge vous présente les points clés à retenir.
“Il est dans l’intérêt de chaque pays d’agir contre la crise climatique”, explique d’entrée l’expert en énergie Said Guemra. Aujourd’hui le constat au demeurant amer est que les dommages climatiques et les phénomènes météorologiques extrêmes s’accélèrent et s’intensifient dans le monde entier, et aucun pays n’est épargné. Les inondations record en Espagne, les violentes tempêtes en Floride et en Caroline du Nord et les incendies de forêt en Amérique du Sud dévastent des vies et des moyens de subsistance. Au Maroc depuis quelques années, les affres du stress hydrique pèsent sur le monde agricole.
C’est donc dans ce contexte de crise exacerbée que la nouvelle édition de la COP intervient. Pour 2024-25, les priorités de la COP 29 incluent l’établissement d’un nouvel objectif de financement pour l’action climatique et le soutien aux pays pour renforcer leurs efforts climatiques.
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Cette année, la finance climatique représente un thème central. Les pays devraient convenir d’un nouvel objectif collectif quantifié (NCQG) en matière de financement, qui succédera à l’objectif de financement de la lutte contre le changement climatique par les pays développés de 100 milliards de dollars par an, fixé en 2009 à Copenhague.
Les précédentes COP, quel bilan ?
Lors de la COP21 à Paris en 2015, les États ont convenu de tenter de limiter le réchauffement climatique mondial au cours de ce siècle à 1,5 °C au-dessus des niveaux de l’ère préindustrielle afin de parer aux pires effets du changement climatique. Nous sommes déjà à environ 1,4 °C et le climat à l’échelle mondiale est parti pour augmenter jusqu’à 2,8 °C d’ici 2100, selon le GIEC, comité consultatif en science du climat, avec des conséquences catastrophiques pour des milliards de personnes et les écosystèmes.
Les concentrations de gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone et le méthane, qui réchauffent l’atmosphère et proviennent principalement de la production et de la combustion de carburants fossiles, atteignent déjà des niveaux record et continuent d’augmenter. Notons qu’à la dernière cop à Dubaï, l’enjeu était de pousser les pays dont les économies résident sur les hydrocarbures à s’inscrire dans une décarbonation tout azimut de leur économie.
Comment financer la transition écologique ?
De nombreux pays ne disposent pas de ressources suffisantes pour réparer les dommages causés par le réchauffement climatique ou s’adapter à ses effets et protéger les droits des populations. Les États disposant de revenus plus élevés ont l’obligation, en vertu du droit relatif aux droits humains et de l’Accord de Paris de 2015, de leur apporter leur soutien. En 2009, les États à revenu élevé, qui sont historiquement les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, ont promis 100 milliards de dollars américains par an d’ici à 2020 pour aider les pays « en développement » à réduire leurs émissions et à s’adapter au changement climatique.
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Jusqu’à présent, ils n’ont pas honoré cet engagement financier ; pourtant, pour protéger les droits, il est essentiel d’honorer toutes les promesses déjà faites et d’augmenter le financement des programmes d’adaptation et de protection sociale. Pendant des années, les pays à revenu élevé ont refusé de payer pour les pertes et dommages causés par le changement climatique dans les pays « en développement », mais l’an dernier, la COP a décidé la création d’un Fonds pour les pertes et dommages. Les modalités de fonctionnement et de gestion de ce fonds feront l’objet de négociations lors de la COP de cette année.
Les États à revenu élevé, de par leur rôle de créanciers et de régulateurs, et de par leur influence sur la Banque mondiale s’agissant d’accorder un allègement de la dette ou des prêts assortis de conditions moins dures, peuvent contribuer à accélérer une transition juste vers les énergies renouvelables à l’échelle mondiale.
Une COP sans les États-Unis
Mais tout le monde n’est pas à Belém pour cette COP 30. Un absent fait parler de lui : Donald Trump, le président climatosceptique à la tête des États-Unis. « Le président américain ne croit pas au changement climatique. Il a livré un discours ultra-violent en septembre 2025 à la tribune de l’ONU, selon laquelle la science climatique, c’est de l’intox. C’est, selon lui, la plus grande escroquerie de l’histoire, toutes les prévisions publiées par les Nations Unies sont fausses et elles ont été réalisées par des imbéciles. Si l’on écoute Donald Trump, pour qu’un pays tienne la route, il lui faut des frontières fortes, et des énergies fossiles », rappelle Vincent Souriau, envoyé spécial de RFI à Washington.
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Dans « Destinée manifeste », le célèbre livre qui trace la vision des pères fondateurs, ce principe y énoncé guide depuis les choix économiques et stratégiques des États-Unis. Cette doctrine repose sur une idée simple : la puissance économique ne se mesure pas à la seule domination financière ou technologique, mais avant tout à la maîtrise des ressources matérielles qui font tourner le monde. Dans cette logique, les matières premières – pétrole, gaz, métaux rares, production industrielle – ne sont pas de simples variables économiques, mais des piliers secteurs stratégiques dans lesquels il faut exceller. Contrairement à l’Europe, qui a progressivement abandonné ses industries lourdes et son autonomie énergétique au profit d’une financiarisation et d’une économie de services, les États-Unis ont toujours maintenu un ancrage profond dans la production matérielle.
Ce choix explique pourquoi, malgré des décennies de discours sur la transition énergétique et l’investissement durable, l’administration américaine continue de privilégier les énergies fossiles comme socle de son modèle économique. L’extraction pétrolière, le gaz et le contrôle des chaînes d’approvisionnement industrielles sont perçus comme des enjeux de souveraineté, et non comme des secteurs en déclin à remplacer par des alternatives vertes. Pas que les pays du golf aussi multiplient les investissements dans les énergies fossiles sans oublier les pays d’Afrique qui eux ne peuvent se privé de la croissance des hydrocarbures.
Une COP impactée par la nouvelle position des USA…
Le revirement a des conséquences profondes sur cette nouvelle COP. L’Europe, qui avait structuré sa stratégie énergétique autour d’une transition accélérée, se voit seul aujourd’hui dans ce chantier. Mais le changement le plus significatif pourrait concerner l’Afrique. Pendant des années, les institutions financières et les gouvernements occidentaux ont exercé des pressions sur les pays africains pour qu’ils abandonnent progressivement l’exploitation de leurs ressources fossiles. Mais maintenant que les majors pétrolières reviennent en force et que la demande en hydrocarbures reste forte, l’Afrique doit se réapproprier la gestion de ses ressources.
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Plutôt que de rester un simple fournisseur de pétrole brut, le continent doit adopter une doctrine de souveraineté énergétique et industrielle, en imposant des conditions plus strictes aux multinationales et en investissant dans la transformation locale des matières premières. Le retour du capitalisme américain à la doctrine de la matière est un signal fort : « l’énergie reste un outil de pouvoir avant d’être un enjeu environnemental. L’Afrique a une opportunité unique de tirer les leçons de ce basculement et d’éviter de se retrouver, une fois encore, prisonnière d’une économie extractive dictée par des intérêts étrangers », nous confie l’économiste Samuel Mathey.