L’ONDH, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), a réuni autour d’une table ronde, le 17 février 2026, un parterre d’experts issus du Haut-Commissariat au Plan, du Conseil économique, social et environnemental, de l’Institut Royal des études stratégiques et des universités. Placée sous le thème ‘’Changements démographiques : réalités socio-économiques et politiques de développement humain’’, la rencontre s’est donnée pour ambition d’analyser les effets de la transition démographique et d’identifier les réponses publiques adaptées.
Dans le mot d’ouverture, Othman Gayer, Président de l’ONDH a rappelé l’importance stratégique que constitue, pour les décideurs, l’arsenal statistique sur les transformations démographiques : « Les résultats du Recensement Général de la Population et de l’Habitat 2024 (RGPH) offrent une lecture renouvelée des transformations profondes que connaît notre pays. Ces données ne sont pas de simples statistiques, ils constituent une boussole stratégique pour orienter les politiques publiques et anticiper les besoins futurs de notre société».
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Mariette Sander, la Représentante de l’UNFPA a dévoilé l’enjeu du moment pour le Maroc : « Les résultats du dernier recensement sont clairs, le Maroc vit un tournant démographique majeur… Aujourd’hui, le nombre moyen d’enfants par femme est plus bas que le niveau nécessaire pour remplacer la population, la croissance démographique ralentit fortement et la structure par âge change rapidement. Il y a encore beaucoup de jeunes, mais le vieillissement s’accélère. Ces changements ne sont ni positifs ni négatifs en soi, mais ils demandent une adaptation claire et cohérente des politiques publiques ». Elle a précisé aussi, que le Maroc dispose encore d’une fenêtre d’opportunité démographique, mais elle est courte entre aujourd’hui et l’horizon 2040.
Et pour capter ce dividende, elle a recensé trois priorités essentielles : la première, c’est investir dans la jeunesse, dans la qualité de l’éducation, des compétences et des employabilités ; la seconde c’est libérer le potentiel économique des femmes, une condition indispensable pour une croissance inclusive. Et troisièmement, c’est investir dans la santé tout au long du cycle de vie pour « assurer une longévité active et un vieillissement digne ».
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Lors de son exposé très riche en infographie, Fouzia Daoudi, Experte en démographie et statistique au Haut-Commissariat au Plan, a résumé les changements démographiques au Maroc à partir des résultats du RGPH 2024. Les résultats de ce recensement indiquent que « Le Maroc se situe aujourd’hui à un stade avancé dans sa transition démographique. En l’espace de quelques décennies, notre pays a connu des transformations rapides qui le rapprochent désormais des profils démographiques des pays avancés à faible fécondité. Deux indicateurs illustrent cette rupture historique : d’une part, l’espérance de vie qui est passée de 47 ans en 1960 à 76,4 ans en 2024. D’autre part, il y a l’indice synthétique de fécondité qui est tombé de 7,2 enfants par femme en 1960 à 1,97 enfant par femme en 2024, soit un niveau inférieur au seuil de remplacement des générations qui est 2,1 enfants par femme ».

D’après l’Experte, la véritable portée de la transition démographique, ce n’est pas seulement la baisse du rythme de croissance, mais elle est surtout dans les mutations structurelles profondes qu’elle induit. On observe d’abord un recul durable des moins de 15 ans qui passe de 26,5% en 2024 à 19,2% à l’horizon 2040. Cette évolution se traduit mécaniquement par une diminution des effectifs scolaires car les 6-11 ans passeraient de 4,2 millions aujourd’hui, à 3 millions à l’horizon indiqué et les 12-14 ans de 2,1 millions à 1,5 million. Donc, cette tendance ne doit pas être perçue comme des baisses quantitatives, mais comme une opportunité stratégique. En effet, la diminution du nombre d’élèves va permettre l’amélioration de la qualité de l’enseignement en réduisant la pression sur les infrastructures scolaires et en augmentant les taux de scolarisation et de réussite.
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Toutefois, il ne faut pas oublier que d’autres mutations structurelles sont lourdes de conséquences. Le Maroc va connaître au cours de cette période une accélération des vieillissements démographiques. En effet, entre 2024 et 2040, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus passerait de 5,1 millions (13,9% de la population), à près de 7,9 millions environ (19,5 %), soit un rythme de croissance annuel moyen d’environ 3%, nettement supérieur à celui de la population totale qui est de 0,86%.
Cela permet de dire que nous vivons aujourd’hui ce que l’on appelle ‘’la fenêtre démographique’’, une phase particulière de la transition où la proportion de la population en âge d’activité est plus élevée que celle des dépendants (enfants et personnes âgées). L’évolution de la structure par âge va conduire encore à une augmentation significative de la population active potentielle qui passerait de 22 millions en 2024, à près de 25 millions en 2040. Cela signifie que le poids des personnes en capacité de travailler demeure supérieur à celui des dépendants, enfants de moins de 15 ans et personnes âgées de 60 ans et plus.

Ce ‘’dividende démographique’’ constitue une opportunité stratégique qui peut soutenir une croissance durable plus rapide et améliorer le niveau de vie. Mais cette dynamique favorable devrait progressivement s’atténuer à l’horizon 2038 avec l’accélération du vieillissement. Cela impose aux pouvoirs publics de transformer cette opportunité démographique en croissance durable en misant sur quatre leviers majeurs. D’abord, la création d’emplois productifs capables d’absorber l’augmentation de la population en âge d’activité. Ensuite, l’inclusion économique des femmes dont la participation au marché du travail reste en deçà de son potentiel. Il y a aussi l’investissement massif dans le capital humain par l’éducation, la formation et la santé, afin d’augmenter la productivité. Et enfin, les opportunités démographiques qui risquent de ne pas se traduire en gains économiques durables sans « une gouvernance efficace et un environnement économique stable ».
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En conclusion, les résultats du RGPH 2024 montrent que « Les mutations démographiques ne doivent pas rester de simples constats, mais devenir un levier d’actions publiques. Elles doivent aider un pilotage stratégique fondé sur la valorisation des dividendes démographiques, la réduction des disparités territoriales, le renforcement du capital humain, l’adaptation de la protection sociale, l’amélioration de l’accès aux services essentiels et la mobilisation des technologies pour l’inclusion comme la télémédecine et les services numériques ».