A contre-courant de ses homologues européens, le gouvernement de gauche espagnol s’apprête à adopter un plan de régularisation massif de sans-papiers qui pourrait bénéficier à 500.000 personnes, une mesure qui doit permettre de soutenir la croissance économique du pays.
« Aujourd’hui est un jour historique pour notre pays. Nous renforçons un modèle migratoire fondé sur les droits humains, sur l’intégration, sur le vivre-ensemble, et compatible avec la croissance économique ainsi qu’avec la cohésion sociale », s’est réjouie la porte-parole du gouvernement et ministre des Migrations Elma Saiz à l’issue du conseil des ministres.
La mesure, adoptée mardi par le gouvernement, concernera « environ un demi-million de personnes » qui se trouvent en Espagne et pourront ainsi « travailler dans n’importe quel secteur, partout dans le pays ».
Seront éligibles les personnes arrivées avant le 31 décembre 2025 et présentes depuis au moins cinq mois sur le territoire espagnol. « A partir du mois d’avril, toutes les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin », a expliqué la ministre. « Il s’agit d’une mesure longuement élaborée, discutée et nécessaire pour répondre à une réalité qui existe dans nos rues », a-t-elle souligné.
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Pour faciliter sa mise en place, le gouvernement de Pedro Sánchez a adopté un « décret royal », qui lui permet de se passer d’un vote au Parlement, où il ne dispose pas de majorité. « Nous sommes un pays qui défend fermement un modèle migratoire légal, sûr, ordonné, mais aussi ouvert et humain, contre ceux qui préconisent la fermeture des frontières », avait justifié début janvier le Premier ministre, assurant alors que l’immigration représentait « 80 % de la croissance » économique de l’Espagne au cours des six dernières années.
L’annonce de mardi survient d’ailleurs le même jour que la publication des chiffres du chômage pour le 4e trimestre 2025, qui montrent un taux sous les 10% pour la première fois depuis 2008, un succès notamment tiré par le nombre de nouveaux emplois occupés par des étrangers (52.500 contre 23.700).
L’Espagne est l’une des trois principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, avec l’Italie et la Grèce. Près de 37.000 migrants irréguliers sont entrés en 2025 en Espagne, un chiffre en forte baisse par rapport à 2024 (-42,6%, 64.000 arrivées), selon le ministère de l’Intérieur.
D’après les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique, plus de sept millions d’étrangers vivent en Espagne sur une population totale de 49,4 millions de personnes. En novembre 2024 déjà, le gouvernement avait adopté une réforme qui devait permettre la régularisation de 300.000 personnes par an au cours des trois années suivantes, afin de se conformer aux lois européennes et d’atténuer le vieillissement de la population.
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La nouvelle mesure annoncée mardi devrait concerner en premier lieu les migrants latino-américains, qui représentent 91% des 840.000 personnes actuellement en situation irrégulière en Espagne, selon les chiffres du think tank Funcas.
Politique « insensée »
L’annonce de ces régularisations massives est intervenue après une réunion entre le gouvernement et le parti d’extrême gauche Podemos, ancien allié devenu très critique depuis plusieurs mois. « Podemos est là pour garantir des droits, et les papiers, ce sont des droits », a fait valoir lundi la députée européenne Irene Montero.
Sans surprise, la mesure s’est en revanche attirée les foudres de l’opposition de droite et d’extrême droite. « Dans l’Espagne socialiste, l’illégalité est récompensée. La politique migratoire de Sánchez est aussi insensée que sa (politique) ferroviaire », a critiqué sur X Alberto Núñez Feijóo, le leader du Parti populaire (PP, droite), principale force d’opposition, affirmant que le plan cherchait à « détourner l’attention » de la tragédie ferroviaire qui a fait 45 morts dans le sud du pays le 18 janvier.
Le chef de file du parti d’extrême droite Vox, troisième force politique du pays, Santiago Abascal, a quant à lui fustigé sur X le « tyran Sánchez ». Il « déteste le peuple espagnol. Il veut le remplacer. C’est pourquoi il entend promouvoir l’effet d’appel d’air par décret, pour accélérer l’invasion ».
Cette réforme fait suite à une initiative populaire signée par plus de 600.000 personnes et soutenue par quelque 900 associations, qui exigeait la régularisation exceptionnelle de tous les immigrés en situation irrégulière en Espagne.
Challenge (Avec AFP)