À l’approche du début du déploiement de la facturation électronique au Maroc en 2026, les entreprises peinent encore à mesurer l’ampleur des transformations à venir. Organisation interne, processus métiers, qualité des données, outils numériques et compétences : tout sera impacté. Pour Karim Faidi, expert en performance économique, le vrai enjeu dépasse largement la conformité réglementaire et impose une préparation immédiate des organisations.
Challenge :Alors que le Maroc s’apprête à déployer la facturation électronique courant 2026, les entreprises mesurent-elles réellement l’ampleur des changements que cette réforme va imposer en interne ?
Karim Faidi : SLa majorité des entreprises marocaines ne mesurent pas encore pleinement l’ampleur des transformations que la facturation électronique va imposer à partir de 2026. Jusqu’à la confirmation officielle de la DGI, beaucoup d’acteurs pensaient encore à un report de la réforme. Aujourd’hui, nombre d’entreprises attendent le décret d’application avant d’agir, alors que l’expérience des pays précurseurs montre qu’il faut généralement entre 6 et 18 mois pour se préparer. Compte tenu du faible niveau de maturité de nombreux processus Procure-to-Pay (P2P) et Order-to-Cash (O2C) au Maroc, nous serons probablement plus proches des 18 mois que des 6.
Notre recommandation est donc claire : il faut lancer dès maintenant les projets de préparation. Les chantiers les plus lourds – nettoyage des référentiels, révision des processus, montée en compétence des équipes – ne dépendent pas des textes réglementaires et peuvent démarrer immédiatement.
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Challenge : Le passage à l’e-facturation et à l’e-reporting est présenté comme une transformation majeure pour les directions financières. Concrètement, quel investissement une TPE ou une PME doit-elle prévoir pour se mettre en conformité avec ce nouveau dispositif ?
K.F : La réforme portée par la DGI, basée sur un modèle d’échange centralisé et un format standardisé UBL, impactera toute l’entreprise et pas uniquement les directions financières. Les achats, l’administration des ventes, le juridique, l’audit, la conformité ou encore l’IT devront revoir leurs processus, leurs rôles et parfois même leurs contrats clients et fournisseurs.
Contrairement à certaines idées reçues, l’enjeu n’est pas uniquement technologique. Certes, les TPE pourront utiliser le portail de la DGI pour de faibles volumes de factures. Mais pour les PME et grandes entreprises, le sujet dépasse largement l’outil informatique. Il faudra repenser les processus P2P et O2C, fiabiliser les données clients, fournisseurs et TVA, automatiser les workflows et accompagner les équipes dans cette transformation.
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L’expérience internationale montre d’ailleurs que les ERP et éditeurs ne seront pas tous prêts immédiatement. Une approche pragmatique consiste souvent à déployer une solution intermédiaire permettant de gérer les échanges API avec la DGI, les statuts de factures et la signature électronique, sans attendre une refonte du SI complète.
Challenge : Au-delà de la contrainte réglementaire, la facturation électronique est également perçue comme un levier d’optimisation opérationnelle. Peut-on réellement s’attendre à des gains financiers significatifs ?
K.F : Les entreprises qui se contenteront de « digitaliser le PDF » sans transformer leurs processus internes passeront à côté de l’essentiel. Les vrais gains ne viennent pas de la réduction du papier, mais de l’exploitation de la donnée structurée. L’automatisation des traitements, la réduction des tâches manuelles et la fluidification des processus permettront de réduire les litiges, d’accélérer les validations et d’améliorer les délais de paiement.
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À moyen terme, les entreprises pourront également fiabiliser leurs reportings, mieux piloter leur trésorerie, réduire les erreurs de TVA et améliorer la traçabilité des flux. Mais surtout, la facture électronique au format UBL devient une donnée exploitable : rapprochement automatique, détection d’anomalies, pilotage en temps réel ou scoring fournisseurs. Les entreprises capables d’exploiter cette donnée prendront une avance compétitive bien au-delà de la simple conformité réglementaire.