Le secrétaire général de la Confédération africaine de football (CAF) annonce brusquement son départ. Il est pointé du doigt dans la gestion laxiste des événements de la finale Maroc-Sénégal. Parfaite à tous les égards, l’affiche de rêve est partie en vrille à cause de la non-application des textes, pourtant clairs en cas de retrait du carré vert. Et à la surprise générale, la CAF décide de passer à une CAN à 28 nations. Une cacophonie managériale symptomatique d’une crise profonde. Analyse.
Le football africain en crise ouverte. La démission du secrétaire général Veron Mosengo-Omba, intervenue fin mars 2026, agit comme un révélateur. Pas qu’en l’espace d’une seule réunion du Comité exécutif (COMEX) au Caire, la CAF a produit simultanément une annonce d’expansion du format de la Coupe d’Afrique des Nations, une promesse de réformes réglementaires en réponse au scandale de la finale de janvier. Pris ensemble, ces éléments dessinent le portrait d’une organisation dépassée par les événements.
Une démission et des interrogations
Dans ce climat déjà tendu, la démission du secrétaire général de la CAF a amplifié les interrogations. En poste depuis 2021, Veron Mosengo-Omba était considéré comme l’un des principaux architectes de la modernisation administrative de l’organisation.Officiellement, il affirme quitter ses fonctions pour des raisons personnelles après plus de trente ans de carrière dans les institutions du football international. Mais ce départ intervient après plusieurs semaines de turbulences au sein de l’organisation.
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Certaines voix au sein même de la CAF reprochaient également au dirigeant d’avoir dépassé l’âge de retraite fixé par l’institution, alimentant un débat sur la gouvernance et le respect des règles internes. D’autres évoquent un climat de travail difficile au sein de l’administration, même si une enquête interne n’avait pas retenu d’irrégularités. La communication autour de ce départ a également contribué à la confusion. Alors que l’intéressé parle de retraite, le président de la CAF affirme qu’il pourrait être appelé à jouer un rôle dans le développement du football en RDC. «Il m’a dit qu’il a été sollicité par le président de la RDC pour aider au développement du football dans ce pays», explique Patrice Motsepe lors de la conférence de presse.
Selon des sources citées par Reuters, Mossengo-Omba devrait se présenter à la présidence de la fédération de football de la République démocratique du Congo lors des élections des prochains mois. Congolais d’origine, citoyen suisse, ancien employé de la FIFA, ami d’université de Gianni Infantino, son parcours en dit long. Si cette nomination aboutit, il deviendrait un candidat sérieux au poste de président de la CAF à o-la suite de Motsepe, explique Reuters.
Aux origines de la crise
Pour comprendre l’énormité du problème de la situation dans laquelle se trouve la CAF, il faut revenir au 18 janvier 2026. La finale parfaite a pris une autre tournure lorsque le Sénégal, contestant l’attribution d’un penalty potentiellement décisif, a quitté le terrain.
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Après plusieurs minutes d’interruption, le jeu avait repris et le Sénégal avait finalement marqué un but. Pourtant, « le règlement qui est clair dans les articles 82 et 84 », nous explique le consultant sportif Nassim El Kerf. « Si, pour n’importe quelle raison, une équipe se retire de la compétition ou ne se présente pas à un match, ou refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours. Il en est de même pour les équipes préalablement disqualifiées par décision de la CAF», lit-on dans «Règlements de la Coupe d’Afrique des Nations».
S’appuyant sur ces articles, la CAF a considéré que le départ du terrain constituait un forfait. L’instance a donc attribué une victoire administrative 3-0 au Maroc et retiré le trophée au Sénégal. Le 18 mars 2026, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) prend acte de la décision rendue par la Commission d’appel de la Confédération Africaine de Football (CAF), dans un communiqué. Puis publie un second communiqué le 19 mars dans lequel elle dit saluer une décision conforme au respect des règles et à la stabilité des compétitions internationales. «La FRMF continuera à faire valoir l’application stricte et équitable des règles encadrant les compétitions auxquelles elle participe, devant les instances continentales et internationales», dit-elle.
Une CAF réactive mais rarement proactive
Lors de la réunion du Comité exécutif (Comex) de la CAF, le 29 mars 2026 au Caire, Patrice Motsepe tente de répondre à cette crise par des annonces de réformes réglementaires notamment le fait que la CAN passera de 24 à 28 équipes. Au-delà des polémiques, la crise actuelle met en lumière un problème plus structurel : la capacité proactive de la CAF. Annoncer une réforme de cette ampleur, le même jour où son secrétaire général démissionne et où son organisation est sous le feu des critiques pour la gestion de la dernière finale, sans fournir le moindre détail opérationnel, ressemble davantage à une stratégie de diversion qu’à un acte de gouvernance planifié.
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Depuis plusieurs années, l’instance multiplie les réformes – modification du calendrier de la CAN, adaptation aux exigences des ligues européennes, création de nouvelles compétitions – mais ces décisions apparaissent souvent comme des réponses plutôt que comme le résultat d’une vision cohérente du développement du football africain. Une réforme est-elle nécessaire ? « La CAF se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. Le football africain connaît une visibilité internationale sans précédent. Les joueurs africains sont devenus des figures majeures des grands championnats européens, tandis que les clubs africains attirent de nouveaux investisseurs.
Mais, cette montée en puissance exige une gouvernance plus solide. Les fédérations nationales, les sponsors et les diffuseurs attendent désormais des institutions africaines qu’elles respectent les standards internationaux », nous confie une source.