Alors que le monde est actuellement focalisé sur le conflit armé au Proche et Moyen Orient et sur ses retombées économiques internationales, un rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) vient de tirer à nouveau la sonnette d’alarme sur la gravité extrême et les effets souvent irréversibles du réchauffement climatique. L’indifférence et le scepticisme, face à cette réalité mondiale, font des humains, en particulier celles et ceux ayant un pouvoir décisionnel, leurs propres fossoyeurs.
Pendant la Journée mondiale des glaciers (21 mars), la Journée mondiale de l’eau (22 mars) et la Journée météorologique mondiale (23 mars), rares sont les médias ayant évoqué le nouveau rapport de l’OMM, malgré la gravité des menaces signalées pour toute la planète Terre. En fait, depuis plusieurs années, la question du climat semble être passée au second plan. La cécité humaine, face aux menaces climatiques communes à l’humanité, s’est accélérée avec l’émergence dans le monde de régimes politiques autoritaires et climato-sceptiques, dont D. Trump est actuellement le grand symbole. Pourtant, le dernier rapport de l’OMM sur l’état du climat mondial présente des indicateurs significatifs du changement climatique d’origine anthropique qui font froid au dos.
Ce rapport est basé sur des travaux scientifiques et multidisciplinaires, impliquant les services météorologiques et hydrologiques nationaux, les centres climatologiques de l’OMM, ainsi que des partenaires de l’ONU (GIEC) et des dizaines d’experts indépendants. Les principaux indicateurs contenus dans le rapport ont atteint de nouveaux sommets, en 2024, où l’on peut observer des conséquences durables, voire irréversibles. Les impacts économiques et sociaux sont aussi très graves. En 2024, la température moyenne mondiale a, pour la première fois, dépassé le niveau préindustriel (1850-1900) de 1,5°C. Les dix dernières années ont été les plus chaudes au cours des 175 dernières années.
Lire aussi | Comment les Etats-Unis et la Chine ralentissent les renouvelables
En 800 000 ans, la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone n’a jamais été aussi élevée. En matière de contenu thermique des océans, un record a été établi au cours des huit dernières années. Au cours des 18 dernières années, les 18 étendues de glace de mer arctique observées ont été les plus faibles et trois étendues de glace antarctique les plus faibles ont été enregistrées au cours des trois dernières années. En effet, la plus importante perte de masse glaciaire triennale jamais enregistrée, s’est produite au cours des trois dernières années (2022-2024). De ce fait, le niveau d’élévation du niveau de la mer a doublé depuis le début des mesures satellitaires (1993).
Toutes les méthodes utilisées (Berkeley Earth, ERAS, GISTEMP, HadCRUTS, JRA-3Q et NOAAGlobal TempV6) convergent vers une estimation du réchauffement climatique mondial à long terme avec un dépassement de 1,34°C à 1,41°C. Des travaux d’approfondissement sont actuellement menés par l’OMM et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Les hausses de température élevées, observées, sont dues principalement à la croissance continue des émissions de gaz à effet de serre (EGES). D’autres facteurs sont cités tels que les modifications du cycle solaire, une éruption volcanique et une diminution des aérosols ayant un effet de refroidissement.
Lire aussi | 2025, l’année du doute climatique ?
Dans une perspective plus large, les observations indiquent une continuité du réchauffement des océans et de la hausse du niveau de la mer. Le cryosphère (zones gelées de la surface de la Terre) connait une accélération de la fonte. D’où l’appétit croissant d’un D. Trump qui cherche à s’emparer du Groenland. En effet, les glaciers continuent de reculer et la glace de la mer antarctique a atteint un niveau faible jamais enregistré auparavant. Les conditions météorologiques génèrent des conséquences de plus en plus dévastatrices dans le monde : cyclones tropicaux, inondations, sécheresse, incendies des forêts, désertification, déforestation (…). Ce qui a provoqué le plus grand nombre de déplacement des populations au cours des 16 dernières années. Crises alimentaires et pertes économiques massives sont appelées à se multiplier.
Appels urgents des responsables internationaux
«Notre planète émet davantage de signaux de détresse, mais le rapport (de l’OMM) montre qu’il est encore possible de limiter l’augmentation de la température mondiale à long terme à 1,5 °C. Pour y parvenir, les dirigeants doivent renforcer les mesures en tirant parti des avantages que présentent les énergies renouvelables propres et bon marché pour leurs populations et leurs économies, dans le contexte des nouveaux plans nationaux sur le climat attendus cette année», a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres.
«Une seule année de réchauffement supérieur à 1,5 °C ne signifie pas que les objectifs de température à long terme figurant dans l’Accord de Paris sont hors d’atteinte, mais elle constitue un signal d’alarme nous alertant de l’augmentation des risques pour nos vies, nos économies et la planète (…). Les données pour 2024 montrent que nos océans ont continué à se réchauffer et que le niveau de la mer a continué à monter. Les zones gelées de la surface de la Terre, connues sous le nom de cryosphère, fondent à un rythme alarmant: les glaciers continuent de reculer et la glace de mer antarctique a atteint son deuxième niveau le plus faible jamais enregistré. Parallèlement, les conditions météorologiques extrêmes continuent d’avoir des conséquences dévastatrices dans le monde entier (…). De ce fait, l’OMM et la communauté internationale redoublent d’efforts pour renforcer les systèmes d’alerte précoce et les services climatologiques, afin d’aider les décideurs et la société dans son ensemble à mieux résister aux conditions météorologiques et climatiques extrêmes. Nous progressons, mais nous devons aller plus loin et plus vite. Seule la moitié des pays du monde dispose de systèmes d’alerte précoce adéquats. Cette situation doit changer (…). Il est plus important que jamais d’investir dans les services météorologiques, hydrologiques et climatologiques pour relever les défis actuels et bâtir des collectivités plus sûres et plus résilientes», a insisté Andrea Celeste Saulo, Secrétaire générale de l’OMM.
Rapport OMM : principaux indicateurs
1. Concentration atmosphérique du dioxyde de carbone (CO2)
En 800 000 ans, les concentrations atmosphériques du CO2, de méthane et de protoxyde d’azote n’ont jamais été aussi élevées. En 2023, les concentrations de CO2 ont atteint 420 parties par million (ppm), soit 2,3 ppm de plus qu’en 2023, et 151% de l’époque préindustrielle (420 ppm = 3,276 billions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère).
2. Température moyenne à la surface du globe
En 2024, la température moyenne mondiale a, pour la première fois, dépassé la moyenne préindustrielle (1850-1900) de 1,5°C.
3. L’effet thermique de l’Océan
L’océan renferme environ 90% de l’énergie piégée par la Terre. En 2024, le contenu thermique de l’Océan a atteint son niveau le plus élevé en 65 ans. Le taux de réchauffement de l’Océan atteint au cours des deux dernières décennies (2005-2024) est, plus de deux fois, supérieur à celui de la période antérieure 1960-2005. Ce qui entraine notamment une dégradation des écosystèmes marins, une perte de la biodiversité et une réduction du puits de carbone océanique. La tendance est souvent irréversible.
4. Acidification de l’Océan
Cette acidification est observée notamment à travers la diminution constante du Ph moyen de la surface de l’Océan. C’est surtout le cas de l’Océan Indien, l’Océan Austral, l’est du Pacifique équatorial, le nord du Pacifique tropical et certaines régions de l’Atlantique. L’impact négatif de l’acidification est durable sur les zones d’habitat et sur la biodiversité. Pêche, production alimentaire et récifs coralliens en pâtissent.
NB. Le pH s’exprime selon une échelle logarithmique de 0 à 14 unités. Une eau « neutre » possède un pH de 7 unités. Un pH inférieur à 7 indique que l’eau est acide alors qu’un pH supérieur à cette valeur indique qu’il s’agit d’une eau alcaline.
5. Hausse du niveau moyen de la mer à l’échelle mondiale
La hausse du niveau moyen de la mer s’accélère. Entre 2015 et 2024, la hausse a atteint une moyenne mondiale de 4,7 mm par an, soit le double de ce qui a été observé entre 1993 et 2002 (2,1 mm/an). Les effets sont dommageables sur les infrastructures et les écosystèmes côtiers, avec des répercussions supplémentaires liées aux inondations et à l’infiltration des eaux salées dans les nappes phréatiques.
6. Diminution continue de la masse des glaciers
Sur les 10 bilans de masse annuels les plus négatifs enregistrés depuis 1950, 7 ont été établis au cours des 10 dernières années. C’est surtout le cas en Norvège, en Suède, au Svalbard et dans les Andes tropicales.
7. Baisse continue des étendues de glace de mer
Au cours des 18 dernières années, 18 étendues minimales de glace de mer arctique les plus faibles ont été observées. De même, en 2024, dans la mer antarctique, les étendues minimale et maximale annuelles ont été placées au 2ème rang des étendues les plus faibles observées depuis 1979. En mer arctique, en moyenne journalière, l’étendue minimale de la glace était de 4,28 millions de km. Dans l’Antarctique, pour la 3ème année, cette étendue minimale a été inférieure à 2 millions de km. Ce qui représente les trois minima les plus bas depuis 1993.
8. Accroissement continu des phénomènes extrêmes
En 2024, les phénomènes extrêmes survenus ont provoqué le plus grand nombre de déplacements annuels des populations depuis 2008, avec une destruction des infrastructures essentielles, des forêts, des terres agricoles et de la biodiversité. L’impact négatif s’est aussi traduit par une aggravation des crises alimentaires dans 18 pays. Cyclones et ouragans ont entrainé des pertes humaines et économiques.