L’oignon à plus de 13 DH. Plus cher que le dessert. Et ce n’est pas à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz. Comment expliquer cette hausse si ce n’est par une généralisation et une tolérance des pratiques de spéculation qui touchent même les produits alimentaires à usage populaire ?
«L’eau à gogo». Cette année, le ciel a été très généreux, et même un peu trop. Et pourtant la sécheresse des cœurs des spéculateurs ne semble guère avoir été impactée par la pluie tombée en abondance. La preuve par l’oignon. La plupart des médias publics, financés par l’argent du contribuable, au lieu de creuser la question, se contentent de surfer. Comme d’habitude, dans presque tous les domaines.
En fait, il n’est pas exagéré de considérer, dans le contexte actuel, l’oignon comme «roi de la spéculation», comme symbole d’un «âge d’or» des pratiques spéculatives, consacrées et banalisées par le «gouvernement des bonnes affaires». En effet, dans les médias publics, aucun petit fellah, premier producteur de ce légume, n’a été invité pour s’exprimer et révéler le prix de vente de l’oignon au départ, sur le terrain, là où il est produit. Il suffit de faire un petit tour dans l’une des principales régions connues dans la culture de l’oignon qu’est El Hajeb, à quelques kilomètres de la capitale ismaélienne. Ce prix dépasse rarement 1 DH le kg!
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Alors, comment se fait-il que le prix se multiplie par 10, voire par 15, avant d’arriver à la bouche du consommateur final ? Entre le champ et le marché de gros, l’oignon passe entre les mains de plusieurs spéculateurs. L’oignon vert ou frais, non asséché, une fois acheté par les intermédiaires, est séquestré/stocké dans de grands espaces, généralement des hangars adaptés à la conservation au sec, pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant d’être libéré/revendu, au moment où les prix grimpent pour atteindre le pic de l’année, correspondant à une période de rareté et de grande consommation, telle que les fêtes religieuses (Aïd El Kébir) ou pendant l’été. Il ne s’agit donc pas d’une formule magique. Et cet oignon ne tombe pas du ciel, comme il n’est pas stocké sous terre, à moins qu’il s’agisse d’une «matmora».
De même, ce n’est pas le symbole du pêché commis par Adam et Eve qui ont préféré la pomme. Au contraire, dans le jargon populaire, cela peut être une insulte :«Tu ne vaux même pas un oignon !». Mais, plus personne n’ose dire cette phrase, compte tenu de «l’ascension sociale vertigineuse» de ce légume, pourtant si modeste, se limitant, dans sa gestation, à rester sous terre et à n’apparaitre qu’à travers ses petites feuilles grasses. Il est transporté en grandes quantités dans des véhicules, souvent sur de longues distances, pour être stocké, de préférence dans des locaux situés dans des régions à climat sec, loin des regards inquisiteurs. Mais, pendant son «voyage», il est parfaitement visible sur les routes et autoroutes. Gendarmes et police l’observent et le connaissent. Très souvent, les intermédiaires ne sont pas des agriculteurs. Ce sont des personnes exerçant des activités commerciales en gros de manière informelle.
Elles possèdent ou louent des moyens de transport. Leur contrôle n’est guère difficile. Plusieurs collectivités territoriales, surtout les grandes villes, ont investi dans les marchés publics locaux pour l’installation des caméras de surveillance. Ces caméras peuvent être braquées sur les «flux informels», plutôt que sur les «petits chapardeurs». Les intermédiaires peuvent être appréhendés et sanctionnés conformément à la loi et à la réglementation en vigueur. Et le prix de l’oignon pourrait baisser automatiquement.
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C’est aussi le cas pour de nombreux autres produits, en particulier les produits pétroliers où la spéculation est quasi-institutionnalisée. La grande spéculation, une des principales manifestations de l’économie de rente, a en fait besoin de cette multiplicité d’activités parasitaires d’intermédiation pour mieux se cacher. C’est une grande forêt où les grands prédateurs se cachent derrière les petits prédateurs…..Et les «crises» ne sont que des facteurs d’aggravation et des moments de justification d’un «mal structurel».