Partenaire stratégique du Royaume du Maroc, la Chine préfère adopter une «neutralité positive» face aux conflits, surtout armés, dans le monde et notamment face à la guerre israélo-étatsunienne menée contre l’Iran. «Non frontale», cette position critique est claire vis-à-vis d’un conflit qui a embrasé toute la région du Proche et du Moyen Orient, avec de graves conséquences directes et indirectes sur la région et sur l’économie mondiale. La dernière conférence de presse du ministre des Affaires étrangères de la Chine permet de comprendre la profondeur de cette position qui participe à la gestation en cours d’une nouvelle vision stratégique dans la réforme de la gouvernance mondiale, fondée sur la priorité au multilatéralisme et sur l’amélioration du système onusien, en tant qu’acquis de tous les Etats dans le monde.
Lors de la conférence de presse donnée le 8 mars sur la politique étrangère et les relations extérieures de la Chine, et avant de donner la parole aux journalistes pour poser leurs questions, le ministre des Affaires étrangères de la Chine, Wang Yi, a tenu à exprimer, en quelques phrases, les points clés de la vision stratégique de la Chine, en tant qu’acteur dynamique dans les relations internationales : «Nous avons travaillé fermement à défendre la souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement du pays, à préserver l’état de droit international, l’équité et la justice, à rejeter l’unilatéralisme, l’hégémonisme et l’intimidation sous toutes leurs formes, à observer et remplir nos obligations internationales et à nous tenir du bon côté de l’Histoire. La Chine est un grand acteur de la paix, de la stabilité et de la justice au monde. Nous sommes pleinement confiants dans l’avenir de l’humanité et nous entendons œuvrer avec tous les pays porteurs des mêmes idéaux pour poursuivre l’objectif noble de construire une communauté d’avenir partagé pour l’humanité et écrire de nouvelles pages contemporaines de la paix, du développement et de la coopération gagnant-gagnant».
Sur la question qui lui a été directement posée sur la guerre israélo-étatsunienne contre l’Iran, guerre qui a embrasé le Proche et Moyen Orient, première région pétrolière au monde, le ministre des Affaires étrangères de la Chine, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une «question qui préoccupe toutes les parties, et un sujet central de l’actualité internationale», a déclaré que la Chine adopte sur ce conflit armé une «attitude objective et impartiale», tout en résumant cette position en un point : «œuvrer au cessez-le-feu et à la cessation des hostilités». Un point partagé avec le Royaume du Maroc et par la grande majorité des Etats au niveau international. Car, il s’agit «d’une guerre qui n’aurait pas dû avoir lieu et une guerre qui ne profite à aucune partie». En effet, «l’histoire du Moyen Orient nous enseigne encore et toujours, que la force n’est pas une solution et les hostilités ne pourront que nourrir la haine et générer de nouvelles crises» (Wang Yi).
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Sans remonter très loin dans le temps, il suffit de rappeler ce qu’ont subi récemment plusieurs Etats de cette région dont l’Irak et la Syrie, Etats quasi-totalement détruits, l’Afghanistan où la violence s’est durablement installé et la Palestine où Israël n’a pas cessé d’intensifier ses pratiques coloniales et génocidaires. Jour après jour, la situation, dans toute la région, n’a pas cessé de se dégrader. Dans sa réponse à la question posée par Phoenix TV, Wang Yi a évoqué cinq principes fondamentaux pour régler les questions afférentes à l’Iran et au Moyen Orient. Le 1er principe est le respect de la souveraineté nationale, en tant que pierre angulaire de l’actuel ordre international. «Nous estimons que la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran et des autres pays du Golf, doivent être respectées, et ne doivent souffrir aucune violation». Le 2ème principe consiste à «combattre l’abus de la force». C’est ce que pratique systématiquement Israël dans la région. La force annihile la raison. Elle est même un signe de faiblesse et un déficit structurel de maturité en droit international. La raison devrait prévaloir dans les relations internationales, voire dans toutes les relations humaines. C’est ce qui distingue les humains d’autres espèces régies uniquement par l’instinct. «Le recours arbitraire à la force n’est pas la preuve de la puissance».
Le 3ème principe consiste à appliquer la non-ingérence dans les affaires intérieures d’autrui. «Les peuples du Moyen Orient sont maitres de la région et les affaires du Moyen Orient doivent être décidées par les pays de la région, en toute indépendance». Le 4ème principe vise à inciter les Etats à résoudre les dossiers brûlants par voie politique (diplomatique), en veillant à la «primauté de l’harmonie». Il s’agit d’instaurer et de mettre en œuvre «un dialogue d’égal à égal, et d’œuvrer ensemble à la sécurité commune». Le 5ème principe interpelle en particulier les «grands pays» qui devraient jouer un rôle constructif et donner le meilleur exemple en défendant la justice et en poursuivant la «bonne voie» pour «apporter plus d’énergies positives à la paix et au développement au Moyen Orient». Au-delà de cette déclaration de principes, le ministre des Affaires étrangères de la Chine ajoute que son pays, «ami sincère et partenaire stratégique des pays du Moyen Orient», souhaite travailler avec eux pour la mise en œuvre de l’Initiative pour la sécurité mondiale, afin de rétablir l’ordre au Moyen Orient, au profit des peuples de cette région et de la paix dans le monde.
Par ailleurs, dans sa réponse à Channel News Asia, Wang Yi a résumé le contexte international actuel comme suit : «Le monde d’aujourd’hui est confronté à la multiplication des défis planétaires. Le déficit de la gouvernance se creuse davantage et le multilatéralisme subit de graves chocs». D’où la réponse de la Chine, formulée notamment à travers«l’Initiative pour la gouvernance mondiale» qui devrait être le résultat d’une coopération multilatérale dynamique et respectueuse de tous les acteurs étatiques qui y participent. Dès son lancement, cette initiative a reçu un écho favorable et le soutien de 150 Etats, soit plus des trois quarts des membres de l’assemblée générale de l’ONU. Ce projet multilatéral a aussi reçu l’appui du Secrétaire général de l’ONU qui a reconnu sa conformité aux valeurs onusiennes.
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En vue de passer à une déclinaison concrète de cette aspiration partagée par de nombreux Etats, la Chine a pris l’initiative de la création du «Groupe des amis de la gouvernance mondiale», au siège de l’ONU à New York et à Genève. De nombreux pays ont intégré ce processus. C’est surtout le cas des Etats du Sud global. D’après Wang Yi, cette initiative a une «force fédératrice», car elle répond aux aspirations partagées au sein de la communauté internationale et aux attentes de tous les peuples. Plus précisément, il est question de maintenir et de renforcer l’ONU dans son rôle principal. L’objectif principal à poursuivre est la construction d’un système de gouvernance mondiale plus juste et plus équitable. Dans le système onusien, les pays du Sud global sont appelés à jouer un rôle très actif. A cet égard, la Chine«appelle davantage de pays à rejoindre et à soutenir l’Initiative pour la gouvernance mondiale, pour revitaliser l’ONU, la préserver et la renforcer».
A la question posée par CNN, sur les relations Chine-Etats Unis d’Amérique, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a préféré mettre l’accent sur les aspects positifs et le potentiel de coopération entre les deux pays, malgré l’antagonisme qui les oppose, tout en rappelant la nécessité du respect de la «ligne rouge de la coexistence pacifique». Une réponse traduisant la préférence de rapports apaisés dans une approche non frontale. La priorité de la Chine est de continuer à œuvrer pour le renforcement qualitatif d’un front international où le Sud global gagne en indépendance et joue de plus en plus un rôle moteur dans le changement du mode de gouvernance mondiale. Déjà, souligne Wang Yi, le Sud global représente plus de 40% de l’économie mondiale contre 24% il y a 40 ans.
Le Sud global est donc appelé à devenir un acteur clé dans le devenir mondial en contribuant notamment à l’avènement d’un monde multipolaire. Pour cela, le Sud global ne devrait pas tomber dans le piège de la provocation ni dans la logique de «l’hégémonisme et la politique du plus fort». En effet, «le multilatéralisme est d’une importance vitale pour les pays du Sud global». C’est un choix stratégique. Celui-ci «doit encourager la communauté internationale à porter le véritable multilatéralisme et à défendre le système international centré sur l’ONU et l’ordre international fondé sur le droit international». Et la Chine, a déclaré Wang Yi, fait partie du Sud global, où elle plonge ses racines, tout en étant un acteur dynamique dans la construction d’un ordre international fondé sur la justice et la paix. «L’harmonie dans la diversité est la nature même de la société humaine et l’échiquier international doit être marqué par la multipolarité».
En effet, «concernant l’évolution de l’échiquier international, la Chine propose de construire un monde multipolaire égal et ordonné. «Égal» signifie que tous les pays, grands ou petits, puissants ou faibles, sont membres égaux de la communauté internationale et que chacun peut avoir sa place et jouer son rôle dans un monde multipolaire. «Ordonné» signifie que «tous les pays doivent observer les règles internationales universellement reconnues, à savoir les buts et principes de la Charte des Nations Unies et les normes fondamentales régissant les relations internationales».
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Dans la politique étrangère de la Chine, l’Afrique occupe une place majeure dans la construction d’une gouvernance mondiale plus équitable. Et dans cet axe, le Royaume du Maroc est perçu comme un partenaire stratégique. Dans sa réponse à News Agency of Nigeria, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a aussi rappelé le lancement de l’Année sino-africaine des échanges humains et culturels. C’est là une dimension qui va bien au-delà des calculs conjoncturels et qui vise une transformation profonde, qualitative et irréversible des relations internationales, en tant que relations humaines, sur la base d’un projet de paix, de justice et de fraternité entre les peuples.
Ce qui devrait permettre de donner un nouveau sens à la mondialisation, actuellement régie principalement par une logique de puissance et de rapports de force. «L’avenir de l’humanité est radieux, mais il ne viendra pas de lui-même. Construire une communauté d’avenir partagé pour l’humanité est une vision prometteuse. C’est aussi un processus historique qui exige des efforts persévérants et collectifs de génération en génération. La Chine œuvrera avec toutes les parties, avec une volonté ferme et des actions concrètes, pour transformer cette vision en réalité» (Wang Yi).
Le Royaume du Maroc, disposant d’une position géographique exceptionnelle, ainsi que d’un passé colonial commun avec la plupart des Etats du Sud global, et aspirant à un développement humain et durable, ne peut que partager la vision et les valeurs auxquelles est fermement attachée la République Populaire de Chine.
La guerre israélo-étatsunienne contre l’Iran et le droit international
L’Etat sioniste d’Israël a l’habitude d’évoquer la notion de «guerre préventive» pour justifier ses attaques/agressions militaires. Ce n’est pas le cas des Etats Unis d’Amérique (EUA) qui se sont joints, cette fois-ci à Israël. Cette opération est non seulement illégale, dans la mesure où il n’y aucune approbation préalable du Conseil de Sécurité de l’ONU, mais elle contribue encore plus à la fragilisation des règles du droit international. Pour Trump, violer le droit international, «cela n’a aucune importance» (phrase recueillie et citée par The Globe and Mail). Cette opération est illégale même sur le plan du droit interne dans les EUA. En effet, le déclenchement des bombardements israélo-étatsuniens n’a été précédé d’aucun vote du Congrès. «Sans les contraintes constitutionnelles habituelles qui limitent le pouvoir présidentiel ni la soumission à l’autorité du droit international, D. Trump a mobilisé une formidable armada militaire et déchainé une puissance de feu dévastatrice sur l’Iran» (The Globe and Mail). Dans The Gardian, Donald Rothwell, professeur de droit international à l’Université internationale australienne, rappelle que c’est précisément pour encadrer la guerre que l’architecture juridique, conçue en opposition à la 2ème guerre mondiale, a été multilatéralement établie. Dans son article 2, paragraphe 4, la Charte de l’ONU prohibe en effet pour les Etats membres de «recourir à la menace ou à l’emploi de la force». Or l’un des principaux objectifs de Trump, ouvertement déclaré, c’est d’affaiblir, voire détruire le multilatéralisme et de consacrer le bilatéralisme, voire l’unilatéralisme, qui obéissent surtout à une logique de rapports de force et de puissance. Quant à la «menace» ou «chantage», c’est une pratique devenue courante chez D. Trump.
Israël et les EUA, peuvent-ils évoquer la «légitime défense» ? Là aussi, pour D. Rothwell, «ni Israël ni les EUA n’étaient confrontés à un danger imminent de frappe nucléaire iranienne». Ainsi, il est clair que la «force prime le droit», déplore-t-il. La «normalisation/banalisation» de la notion de «guerre préventive» est en elle-même un dangereux précédent constituant une régression par rapport aux règles de droit international accumulés au cours des dernières décennies.
Détroit d’Ormuz : une arme ultime de l’Iran pour se défendre
A travers ce détroit, large de 58 kilomètres, 20% du pétrole mondial transite, soit la totalité de la production du Koweit, du Qatar, du Bahreïn, des Emirats Arabes Unis, de l’Irak et de l’Arabie Saoudite, mais aussi de l’Iran. Environ 150 navires pétroliers se trouvent à l’arrêt dans le détroit. Après l’agression militaire israélo-étatsunienne contre l’Iran, le trafic a reculé de 80%. Dès le 2 mars, la cotation des prix de pétrole a connu une hausse de 10%. Dix jours plus tard, elle a franchi la barre de 120 dollars le baril (Brent). Et le pire est à prévoir, surtout après épuisement des stocks….