Le Maroc dispose désormais, avec le modèle JTAM-Morocco porté par le HCP, d’un outil pour mesurer les effets des trajectoires de décarbonation sur l’emploi, la croissance, les importations énergétiques et la balance commerciale. Un outil qui permet d’évaluer concrètement les coûts, bénéfices et impacts sociaux de la transition climatique.
Jusqu’ici, le débat sur la transition bas carbone au Maroc ressemblait à une conversation entre experts, riche en intentions mais pauvre en chiffres. Une équation à plusieurs inconnues où l’on opposait souvent dogme écologique et pragmatisme budgétaire. Ce flou, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) vient le dissiper. Le Maroc dispose désormais, avec le modèle JTAM-Morocco, d’un outil taillé pour mesurer l’impalpable : l’impact économique réel des trajectoires de décarbonation.
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L’information, rapportée par Les Eco, met en évidence une mutation profonde dans la manière dont le Royaume entend piloter sa souveraineté énergétique. Jusqu’à présent, la question climatique était souvent traitée comme un coût, une convention internationale portée par les accords de Paris. Avec JTAM-Morocco, elle devient une variable d’ajustement macroéconomique. Un levier que l’on peut enfin quantifier, palper, et intégrer dans les stratégies de développement.
Un scalpel dans le millefeuille économique
Que permet concrètement ce modèle développé par le HCP ? Loin de se limiter à une photographie statique des émissions de gaz à effet de serre, JTAM-Morocco sonde les effets en cascade d’une décarbo-nation sur les fondamentaux de l’économie marocaine. Le texte est clair : l’outil évalue les impacts sur l’emploi, la croissance, les importations énergétiques et la balance commerciale. Selon les Eco, quatre piliers qui constituent la colonne vertébrale de toute politique économique digne de ce nom.
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L’emploi, d’abord. La transition écologique est souvent vendue comme une promesse de destruction créatrice. Mais combien d’emplois détruits dans les secteurs polluants ? Combien créés dans les énergies renouvelables ou l’efficacité énergétique ? JTAM-Morocco prétend répondre à cette équation sensible. La croissance, ensuite. La décarbonation est-elle un frein ou un accélérateur de PIB ? Le modèle doit trancher. Les importations énergétiques, surtout. Le Maroc, dépendant à plus de 90% pour son énergie, sait combien chaque dirham dépensé en gasoil ou en charbon pèse sur ses réserves de change. Réduire cette facture, c’est desserrer l’étau extérieur. Enfin, la balance commerciale, ce thermomètre cruel de la compétitivité nationale.
« Le Haut-Commissariat à la planification (HCP), en collaboration avec d’autres organismes gouvernementaux et partenaires sociaux, est désormais bien placé pour intégrer ces simulations au cœur des cycles de planification nationaux. L’analyse de scénarios peut éclairer directement les stratégies d’investissement, les politiques de transition énergétique et les réformes du marché du travail, rendant ainsi les plans futurs plus cohérents et résilients », lit-on sur le site officiel de Page, le programme des Nations Unies pour l’action en faveur d’une économie verte.
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« En comblant le fossé entre vision stratégique et prise de décision concrète, JTAM est en passe de devenir un outil efficace pour aligner l’action climatique sur la création d’emplois, la croissance économique et l’équité sociale, ancrant ainsi la transition du Maroc dans des données probantes, une appropriation et une durabilité à long terme », explique la même source .
L’aveu d’une maturité stratégique
Il y a dans cette annonce une forme de maturité. Celle d’un pays qui refuse de choisir entre croissance et climat, mais qui exige de connaître le prix exact de chaque scénario. Le HCP ne se contente pas de dire « il faut décarboner ». Il outille la décision publique pour répondre à une question plus redoutable : à quel coût et pour quel bénéfice social ? Car c’est là tout l’enjeu. Le texte fourni évoque « les coûts, bénéfices et impacts sociaux de la transition climatique ». Le mot est lâché : impacts sociaux… JTAM-Morocco permet justement d’anticiper ces fractures territoriales et sectorielles. De ne plus naviguer à vue.
L’enjeu des chiffres
Dans un contexte géopolitique troublé, où l’Europe impose son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et où les financements verts deviennent une arme diplomatique, disposer d’un modèle national d’évaluation n’est pas un luxe. C’est une condition de négociation. Le Maroc pourra désormais parler d’égal à égal avec ses partenaires, fort d’une métrique propre, adaptée à sa structure économique, et non plus importée clé en main depuis des think tanks étrangers.
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L’outil JTAM-Morocco n’est pas une baguette magique. Il ne rendra pas la décarbonation indolore. Mais il transforme un pari idéologique en équation résoluble. Et dans un pays qui a fait de la transition énergétique une vitrine diplomatique, ce n’est pas un détail : c’est la reconnaissance que l’écologie, pour être durable, doit être économiquement rationnelle. Le HCP vient de fournir la métrique.