À l’approche de la Coupe du Monde 2030, le débat ne se limite plus à la capacité hôtelière du Royaume. Pour Dr Najib Erraiss, Managing Director de MFA Hospitality, le véritable défi consiste à construire un modèle d’accueil capable de conjuguer qualité de service, compétitivité, gouvernance et héritage durable. Dans cet entretien, il explique pourquoi le succès du Mondial dépendra davantage de l’expérience globale offerte aux visiteurs que du seul nombre de chambres disponibles.
Challenge : Pourquoi affirmez-vous que le véritable défi de la Coupe du Monde 2030 ne réside pas dans le nombre de chambres disponibles, mais dans la qualité globale du modèle d’accueil marocain ?
Dr Najib Erraiss : Le véritable enjeu ne se limite pas à une logique quantitative. Une Coupe du Monde ne se gagne pas uniquement avec des chambres supplémentaires, mais avec une expérience visiteur cohérente, fluide et qualitative. La réussite dépendra de la capacité du Maroc à articuler l’hébergement, la mobilité, la connectivité, la sécurité, la digitalisation et la qualité de service dans une approche globale de la destination.
Un pays peut disposer d’une capacité hôtelière importante et, malgré cela, générer une expérience décevante si les prix deviennent excessifs, si les déplacements sont compliqués ou encore si la coordination entre les différents acteurs demeure insuffisante.
Challenge : Quelles leçons le Maroc doit-il retenir des précédentes Coupes du Monde et des grands événements sportifs internationaux en matière de performance hôtelière et touristique ?
N.E : Les précédentes Coupes du Monde montrent qu’une forte visibilité mondiale ne garantit pas automatiquement une rentabilité exceptionnelle. Plusieurs pays hôtes ont connu des anticipations tarifaires excessives qui ont parfois freiné la demande et altéré la perception des visiteurs.
Le Maroc doit retenir trois enseignements majeurs : éviter les excès spéculatifs, protéger durablement son image de destination et privilégier une stratégie de long terme plutôt que la recherche d’un gain immédiat. Les destinations qui réussissent sont celles qui transforment un événement mondial en un véritable accélérateur de leur attractivité touristique, bien au-delà de la période de compétition.
Challenge : Comment le Maroc peut-il concilier rentabilité touristique et perception d’équité tarifaire auprès des visiteurs internationaux ?
N.E : Le prix constitue également un message. Il traduit la manière dont une destination considère ses visiteurs. Le Maroc doit viser une rentabilité maîtrisée, équilibrée et crédible. Une hausse tarifaire excessive pourrait créer un sentiment d’opportunisme et porter durablement atteinte à l’image du pays. La bonne approche consiste à mettre en place une politique tarifaire transparente, lisible et cohérente avec la qualité de l’expérience proposée.
Challenge : Quel rôle les locations de courte durée, les résidences touristiques, les riads et les maisons d’hôtes devront-ils jouer dans le dispositif national d’accueil ?
N.E : Ces formes d’hébergement joueront un rôle complémentaire essentiel. Une Coupe du Monde d’une telle ampleur exige une diversification intelligente de l’offre d’accueil. Les hôtels constitueront naturellement le socle principal, mais les locations de courte durée, les résidences touristiques, les riads et les maisons d’hôtes permettront d’absorber les pics de fréquentation tout en répondant aux attentes de clientèles aux profils variés.
Le véritable enjeu sera d’organiser cet écosystème dans un cadre réglementaire clair, garantissant des standards élevés de qualité et un niveau élevé de professionnalisation.
Challenge : Après avoir accueilli 17,4 millions de touristes internationaux en 2024 puis près de 20 millions de visiteurs en 2025, avec des recettes touristiques record, le Maroc dispose-t-il aujourd’hui des fondamentaux nécessaires pour réussir la Coupe du Monde 2030 et en faire un accélérateur durable de croissance économique ?
N.E : Oui, clairement. Les performances enregistrées par le Maroc démontrent que le Royaume est déjà engagé dans une dynamique touristique solide et durable. Après avoir accueilli 17,4 millions de touristes internationaux en 2024 puis près de 20 millions de visiteurs en 2025, avec des recettes touristiques record, le Maroc confirme son positionnement parmi les destinations les plus attractives du continent africain et du bassin méditerranéen.
Cette dynamique doit désormais évoluer vers une logique de maturité, fondée sur la montée en gamme de l’offre, la structuration des standards de qualité, la digitalisation des services, la formation des talents et l’amélioration continue de l’expérience client.
Challenge : Comment les ambitions du Royaume en matière de tourisme s’articulent-elles avec les exigences et les opportunités liées à l’organisation du Mondial 2030 ?
N.E : La feuille de route touristique du Maroc est parfaitement alignée avec les enjeux de la Coupe du Monde 2030. Les investissements engagés dans les aéroports, le réseau ferroviaire, les infrastructures urbaines et l’hôtellerie traduisent une vision stratégique de long terme destinée à renforcer la compétitivité du Royaume.
Le Mondial doit être considéré non comme une parenthèse, mais comme un accélérateur structurel de transformation touristique, économique et territoriale. Le véritable objectif consiste à construire un héritage durable qui continuera à produire ses effets bien après la fin de l’événement.
Challenge : Quels sont les principaux risques stratégiques, opérationnels et commerciaux que le Maroc devra éviter afin de garantir le succès de cet événement historique ?
N.E : Le principal risque serait de privilégier la vitesse au détriment de la vision stratégique. Le Maroc devra notamment éviter les surcapacités mal planifiées, les excès tarifaires, la fragmentation des acteurs, le manque de coordination, les retards dans la réalisation des infrastructures ainsi qu’une dégradation des standards de qualité.
Au final, la réussite dépendra avant tout de la cohérence globale du modèle d’accueil et de la capacité du Royaume à préserver durablement l’image, la compétitivité et l’attractivité de la destination Maroc.
Son parcours
Dr Najib Erraiss est un expert de l’hôtellerie, de la franchise et du développement touristique, fort de plus de 36 ans d’expérience internationale en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe. Spécialiste du développement stratégique, des opérations hôtelières et de la transformation d’actifs, il a occupé des fonctions de direction au sein de groupes internationaux de référence tels que Radisson Hotel Group, Accor, Holiday Inn et Barceló.
Aujourd’hui Managing Director de MFA Hospitality, il accompagne le développement de franchises et de projets hôteliers en Afrique et au Moyen-Orient, en intervenant sur des opérations de pré-ouverture, de rebranding, de repositionnement et d’expansion. Son parcours est notamment marqué par sa participation à l’intégration de Farah Maghreb au sein du groupe Barceló, où il a piloté des projets de restructuration et d’amélioration de la performance, ainsi que par le lancement du Michlifen Ifrane Suites & Golf, devenu une référence de l’hôtellerie de luxe au Maroc.
Titulaire de plusieurs diplômes de haut niveau en management hôtelier et en finance, dont un Executive PhD et plusieurs Executive MBA, Dr Najib Erraiss est reconnu pour son expertise en stratégie, en développement hôtelier et en conduite de projets complexes, au service de la compétitivité et de la montée en gamme des destinations touristiques.
Son actu
À moins de cinq ans de la Coupe du Monde 2030, le Maroc accélère ses investissements dans les infrastructures touristiques et hôtelières. Mais le succès de cet événement planétaire ne se mesurera pas au seul nombre de chambres disponibles. La qualité de l’expérience client, la politique tarifaire, la coordination des acteurs, la diversification de l’offre et l’héritage post-Mondial sont autant de facteurs qui permettront au Royaume de transformer cette échéance en un véritable levier durable de compétitivité et de croissance touristique.