Ce titre suscite des interrogations, j’en ai bien conscience, et il pourrait être perçu comme pessimiste, voire exagéré. Cependant, je le verrais plutôt comme un regard lucide. Il est à la fois évocateur et sert de rappel à notre mémoire collective sur les conséquences que la science a infligées à l’humanité. En réalité, il s’agissait de découvertes scientifiques qui ont révélé à l’humanité qu’elle n’était pas aussi unique qu’elle le pensait autrefois. Ce que Freud a désigné comme une «blessure narcissique» pour l’humanité.
D’après Sigmund Freud, «les blessures narcissiques sont comme des atteintes à l’estime de soi, lorsque le Moi subit humiliation et dévalorisation». Le fondateur de la psychanalyse a identifié trois humiliations historiques majeures : Nicolas Copernic (la Terre n’est pas au centre), Charles Darwin (l’homme est issu de l’animal) et la psychanalyse (le Moi n’est pas le maître chez lui). Si Freud était encore parmi nous, il interpréterait sans doute l’IA comme l’incarnation d’une quatrième «blessure narcissique» pour l’humanité.
Je préfèrerais postuler pour des périodes de «découverte herméneutique», un terme qui se rapporte à la science et à l’art de l’interprétation par décryptage, ayant évolué en une véritable philosophie de la compréhension et du sens ! Dans notre monde moderne et complexe, l’herméneutique demeure la réponse à notre besoin essentiel de sens, en liant symboles, textes et expériences à notre propre réalité.
Examinons leurs impacts, effets et contributions
En déplaçant la Terre de sa position centrale dans l’univers, Copernic, dans son ouvrage «Des révolutions des sphères célestes» (1543) a fait en sorte que l’homme ne soit plus au cœur de la création. Ce bouleversement fut colossal ; en effet, l’Église a réagi par la condamnation, et les certitudes se sont effondrées. Néanmoins, cette première période a engendré l’astronomie moderne, puis la physique, et enfin l’ensemble des sciences expérimentales. Cela nous a permis d’évoluer, d’accepter que notre place dans l’univers n’était pas celle que nous croyions, et de bâtir une science capable d’explorer cet univers infiniment plus vaste.
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Darwin, dans son ouvrage majeur intitulé «L’Origine des espèces» (1859), a intégré l’homme au sein du règne animal. Nous ne sommes plus perçus comme une création distincte, façonnée à l’image de Dieu. Nous sommes le produit d’une évolution aveugle. Cela a constitué un choc existentiel. Cette deuxième période n’a pas été une régression vers l’état animal, mais une distinction par rapport aux autres espèces, grâce à notre double nature biologique et culturelle. Il nous a incités à emprunter le long chemin de la compréhension de la vie et, aujourd’hui, vers sa préservation. Cette période de découvertes a donné naissance à la biologie moderne, à l’écologie et à une compréhension de la vie beaucoup plus profonde.
Freud, dans son ouvrage «Leçons introductives à la psychanalyse» (1917), quant à lui, a révélé que nous ne sommes pas maîtres de nos pensées. L’inconscient guide nos actions à notre insu. Il ne nous a pas dépouillés de notre sens critique et de notre libre arbitre (ce que l’IA, ceci dit en passant, est en train de faire !). Ce fut un bouleversement majeur, il est vrai. Notre identité a été remise en question. Il a ouvert la voie à la compréhension de ce qui nous dirigeait à notre insu, et cette révolution a permis l’émergence de la psychologie, de la psychothérapie et d’une nouvelle capacité à comprendre et à modifier nos comportements.
Intelligence, réalité et la vérité
L’humain est un être doté d’intelligence, capable de penser, de créer et de raisonner. Ces facultés ont permis à l’humanité de laisser sa marque sur le monde et, au fil des siècles, de transformer son environnement tout en s’y adaptant continuellement, atteignant ainsi un certain contrôle sur la nature.
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L’intelligence ne se crée pas, elle ne se reproduit pas, elle n’existe que chez des êtres de nature spirituelle. Malheureusement, nous avons dénaturé ce fondement à la fois naturel et universel. Depuis plus de 80 ans, notre société est plongée dans un vide existentiel. Aujourd’hui, nous continuons à nous concentrer sur nos besoins matériels plutôt que spirituels, vivant ainsi dans le déni de la réalité et sous l’influence d’un biais de normalité.
D’un point de vue scientifique post-matérialiste, la véritable intelligence ne proviendrait pas de la biologie que nous tentons de reproduire avec des réseaux de neurones, mais d’une intelligence, universelle et divine. Le hasard ne peut pas concevoir quelque chose d’aussi extraordinaire que l’intelligence sans un but précis. En réalité, l’intelligence est orientée vers un objectif… la vérité !
Sauf que, «la science n’a aucun lien privilégié avec la vérité», la réalité est observable à l’aide d’instruments, qui sont limités, et donc nous percevons une réalité restreinte. Il est donc probable que la vérité se situe dans une dimension totalement différente, celle de l’absolu ou de l’ultime, et qu’elle ne nous soit pas accessible durant cette vie.
Ce qui nous différencie véritablement, c’est la conscience !
Cette quatrième «turbulence herméneutique», pouvant être interprétée comme une «révolution IAenne», après la Darwinienne, nous oblige à repenser ce qui constitue notre essence : non pas une supériorité intellectuelle dont nous avons déjà cédé la majeure partie à l’IA, mais notre capacité unique à recréer des liens authentiques avec nous-mêmes, avec les autres, avec la nature, le monde et l’univers. C’est notre domaine exclusif, la souveraineté de l’esprit !
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En effet, chaque matin, nous accédons à un état de conscience retrouvé, ce qui nous permet de vivre des expériences à la fois subjectives et réflexives. Grâce à notre capacité sensorielle, affective et à notre cognition, nous sommes capables d’interpréter le monde que nous percevons, de nous situer dans celui-ci et de nous projeter vers l’avenir. D’un point de vue herméneutique, notre cerveau est une matière «l’organe du sens» et il est secondaire, tandis que la conscience est immatérielle, elle est première.
L’IA, dépourvue de valeurs fondamentales, naturelles et universelles
A part quelques directives en matière de conception, cette technologie n’est pas en mesure de faire la distinction entre le bien et le mal. Elle ne comprend pas le sens profond des situations et n’assume pas les conséquences. Il est donc essentiel de prendre toutes les mesures nécessaires pour «l’empêcher de dominer l’humain». Comme je l’ai souligné dans les articles précédents, il est crucial d’établir un code éthique commun concernant l’IA.
Actuellement, «le contrôle des plateformes, des infrastructures, des données et de la puissance de calcul échappe à la régulation des États, et cela devient la prérogative d’un cercle restreint de dirigeants de la TECH qui déterminent les conditions d’accès, les règles de visibilité et les critères d’adhésion», avec pour «figure de proue», un poids lourd de la politique et un fardeau pour la société, arborant sa casquette blanche MAGA, se considérant «omnipotent».
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Ensemble, ils s’efforcent d’atteindre, non pas une souveraineté technologique, mais la souveraineté de l’esprit. C’est un vieux fantasme sociétal, c’est vrai… alors que nous avons du mal à comprendre nos propres pensées !
L’argent n’est pas le problème…
Selon les Nations unies, l’industrie de l’IA, qui est évaluée à 161 milliards de dollars cette année, pourrait atteindre 4 800 milliards de dollars d’ici 2033, ce qui représente une multiplication par 25 en sept ans, tout en concentrant ses bénéfices entre un nombre restreint d’acteurs. Pourtant, en 2025, l’ONU avait déjà mis en garde contre un «vide dangereux» en matière de régulation.
La déshumanisation progressive est le problème
Cette quatrième turbulence herméneutique, ou révolution «IAenne», n’est pas aussi bénéfique que les trois précédentes. Le langage de l’IA crée une forme de déshumanisation discursive, un processus par lequel les contenus sont élaborés et utilisés pour restreindre notre capacité à exercer notre esprit critique et libre arbitre, nous transformant en «moutons de panurge du numérique». Bien qu’une technologie aussi avancée puisse favoriser une coexistence plus équitable, promouvoir le développement des peuples et servir la science, elle concentre plutôt le pouvoir, accentue les inégalités et abandonne ceux qui sont déjà marginalisés.
Une nouvelle forme d’esclavage
Elle engendre de «nouvelles formes d’esclavage», celle de l’extraction des ressources nécessaires à la fabrication des composants de l’IA. Dans certaines parties du monde, des adolescents et des enfants marqués, mutilés et épuisés, travaillent dans des conditions inhumaines dans le secteur minier, afin d’éviter que le rythme computationnel de «la machine» ne ralentisse, ce qui pourrait nuire aux profits.
En conclusion
Pour l’humanité, chacune des trois «périodes de découvertes herméneutiques» a constitué un défi de maturité, permettant l’émergence de nombreuses sciences, favorisant le progrès et offrant de nouvelles opportunités pour comprendre et modifier nos comportements. Une émergence que nous n’aurions jamais pu envisager avant de les affronter successivement.
L’arrivée de l’IA, qui était censée représenter un quatrième défi de l’ère moderne, ne l’est absolument pas, bien au contraire ! Dans les conditions actuelles, elle impose au marché de l’emploi, à l’économie et à la santé un effet de «turbulence herméneutique», représentant un danger existentiel pour notre sens de l’autocritique, notre libre arbitre, mais aussi pour notre dignité fondamentale, dans le cadre présent, la souveraineté de l’esprit !
Il est grand temps que cette technologie, «cette chose» que nous manipulons sans cesse avec nos deux pouces, soit pointé du doigt et mise en lumière. L’humanité, démiurge de l’ère moderne, devient «esclave» de sa propre création !