Alliant échanges entre experts et implication directe des fellahs au processus de réflexion, l’Initiative Al Moutmir a transformé la 17ème édition de son «Open Innovation Lab» une tribune pour débattre des défis de la valorisation agricole au Maroc, avec la prédominance de deux thématiques: changement climatique et semis direct.
En tant que partenaires essentiels, voire porte-parole sur le terrain de cette initiative portée par l’UM6P et son Collège de l’Agriculture, les fellahs invités à prendre la parole ont corroboré les exposés scientifiques des spécialistes au sujet de l’acuité des dérèglements météorologiques, dans un pays où 80% est soit aride, soit semi-aride.
L’innovation s’invite au champ
Tout au long des dernières années, les agriculteurs ont connu de première main l’impact de la sécheresse et des aléas climatiques sur les récoltes, ce qui a amené plusieurs d’entre eux à adhérer à l’Initiative Al Moutmir, dont l’objectif est de démontrer, directement sur le terrain, l’impact positif de l’adoption de pratiques agricoles optimisées et adaptées aux spécificités locales. Les agriculteurs y découvrent les bénéfices d’un itinéraire technique raisonné et durable comparé à leurs pratiques habituelles.
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Lors de cette nouvelle édition, tenue vendredi 19 septembre au campus de l’UM6P à Benguérir, les équipes d’Al Moutmir ne dissimulent pas leur satisfecit quant aux résultats obtenus. Dans leurs témoignages, les fellahs partenaires ont étayé ce sentiment, d’autant qu’ils ont constaté de leurs propres yeux les effets sur les récoltes de l’introduction de méthodes sorties tout droit du laboratoire. En fait, l’Initiative Al Moutmir se veut un «trait d’union» entre l’écosystème de la recherche-innovation et l’agriculteur.

A ce propos, les Plateformes de Démonstration (PFDs), développées en partenariat avec la Fondation OCP, constituent un pilier majeur du dispositif. Véritables laboratoires à ciel ouvert, elles permettent de transférer la science et l’innovation directement sur le terrain, d’accompagner les agriculteurs dans l’adoption de bonnes pratiques et de mesurer concrètement l’impact des itinéraires techniques optimisés face aux défis climatiques.
Depuis son lancement, le programme des PFDs a permis de mettre en place des milliers de plateformes à travers le Royaume, couvrant l’ensemble des cultures stratégiques, dont les céréales et les légumineuses. Ce programme des plateformes de démonstration est mené en collaboration avec le ministère de l’Agriculture à travers ses représentations, notamment l’Office national du conseil agricole (ONCA) et les directions provinciales (DPA).
Des rendements en nette amélioration
Pour la campagne 2024/2025, 1.102 plateformes de démonstration ont concerné les céréales et légumineuses, réparties sur 24 provinces et plus de 120 communes. Ces plateformes s’étendent sur l’ensemble des bassins de production, reflétant la diversité agro-climatique du pays. Plus de 275 agriculteurs ont participé directement à ces plateformes, tandis que plus de 3.025 autres ont été touchés indirectement à travers les écoles aux champs, les sessions de formation théorique, ainsi que les outils numériques et réseaux sociaux via @tmar.
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D’ailleurs, l’Initiative Al Moutmir a fêté, à cette occasion, les agriculteurs champions ayant adopté les plateformes de démonstration et obtenu des résultats très probants, confirmant ainsi que l’innovation et la coopération entre acteurs scientifiques, techniques et professionnels constituent des leviers essentiels pour bâtir une agriculture plus résiliente et durable.
D’après un document distribué aux journalistes, les résultats montrent que, malgré la sévérité des conditions climatiques, les PFDs ont permis d’améliorer la productivité par rapport aux pratiques locales. Pour les céréales, elles ont permis une amélioration des rendements comprise entre +21 % et +23 % par rapport aux témoins. Les zones irriguées et Bour favorable supérieur ont enregistré les performances les plus élevées, alors que les zones défavorables sont restées limitées par le stress hydrique.

Concernant les légumineuses, les PFDs ont permis une amélioration des rendements comprise entre +26 % et +33 % par rapport aux témoins. Les résultats les plus prometteurs sont enregistrés dans les zones irriguées et de montagne, bénéficiant à la fois de pluies tardives et de meilleures conditions de gestion.
Semis direct, la solution miracle ?
Parmi ces plateformes, plus de 600 PFDs sont dédiées au semis direct, une pratique innovante et durable au cœur des efforts d’Al Moutmir pour accompagner la transition vers des systèmes de production plus résilients et respectueux des ressources naturelles portée par le programme national du semis direct.
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A juste titre, cette technique a concentré une bonne partie des débats de l’Open Innovation Lab. Outre la diversification des cultures et la préservation des sols (fertilisation) contre la salinisation, le semis direct s’impose comme une solution opérationnelle pour l’optimisation des rendements et l’amélioration des marges bénéficiaires par la réduction des dépenses, de l’avis commun des experts et des fellahs, qui restent les premiers concernés.
Les données d’Al Moutmir montrent qu’en moyenne, le semis direct a permis une amélioration d’environ 20 % par rapport au semis conventionnel, confirmant son rôle stratégique pour une agriculture durable et adaptée aux contraintes climatiques.
Le semis direct est un système de production basé sur l’élimination de tous les travaux de préparation des sols avant le semis. De ce fait, l’installation des cultures est réalisée en un seul passage pendant lequel l’engrais de fond et la semence sont déposés à la profondeur désirée à l’aide d’un semoir de semis direct.
Ainsi, la productivité de l’eau, du sol et des intrants est meilleure avec moins de consommation en intrants : carburant, machines agricoles, temps de travail, engrais et semences puisque chaque intrant est optimisé, par le dépôt au bon moment et au bon endroit selon les conditions pédoclimatiques.
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Au titre de la campagne agricole 2024/2025, le programme national de semis direct a visé une superficie de 260.000 ha, dans l’objectif d’atteindre 1 million d’ha à horizon 2030. Le ministère de l’Agriculture a prévu la distribution de 200 semoirs au profit des coopératives agricoles et le renforcement de la sensibilisation et l’accompagnement des agriculteurs pour adopter cette technique.
Il semble qu’il existe une volonté collective d’aller vers la généralisation de cette technique. Il y a quelques années seulement, le nombre des semoirs se compte sur le bout des doigts. L’autorité de tutelle a déployé des efforts non négligeables pour surmonter cet obstacle. Et elle compte, visiblement, fédérer l’ensemble des acteurs, dont l’Initiative Al Moutmir, pour atteindre l’objectif du million d’hectares de semis direct.