Sondiale obtient un premier appui américain pour développer au Maroc une unité de polysilicium susceptible d’alimenter les chaînes industrielles américaine et européenne. Décryptage.
Le Maroc se positionne dans le marché des composants solaires. Dans un article relayé par un média américain, on apprend que la Société Financière Internationale de Développement (DFC) de Washington a octroyé 4,75 millions de dollars à l’entreprise marocaine Sondiale SA pour financer les études préliminaires d’une usine de polysilicium de 870 millions de dollars prévue à Tan-Tan, dans le sud du Maroc. En effet, dans un contexte de guerre commerciale avec la Chine, les États-Unis, en appuyant ce projet, ambitionnent de réduire la dépendance à la Chine, qui contrôle quasiment la majeure partie de ce marché.
L’appui financier de Washington permettra à Sondiale de lancer les travaux de planification et de préparation de la future usine, qui doit être capable de livrer annuellement, à partir de fin 2029, 30.000 tonnes de polysilicium, correspondant à environ 1 % de la production mondiale actuelle. Il faut d’ailleurs rappeler que c’est en novembre dernier que le projet avait été officialisé.
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Le ministre de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des Politiques Publiques, M. Karim Zidane, avait signé, à Tan-Tan, une convention d’investissement avec la société GPM Holding SA pour la création de la première unité de production de polysilicium vert au Maroc, au sein de la zone industrielle d’El Ouatia. Mobilisant un investissement global de 8 milliards de dirhams, ce projet ouvre la voie à la production d’un minerai stratégique, comme recommandé par le CESE.
Un secteur complexe
Contacté par Challenge, l’expert en énergie Driss Bennouna nous explique que c’est un défi assez complexe. « Ce secteur est assez dominé par les acteurs chinois. À mon avis, je ne vois pas ce que, pour le moment, le Maroc peut gagner dans ce partenariat. » Et d’ajouter : « Ce projet demande une très grande quantité d’électricité. On parle de 60 %. » Les dernières prévisions confirment un marché peu dynamique pour les producteurs de polysilicium installés hors de Chine. En juillet 2025, l’agence américaine a souligné une demande faible et des volumes de transactions limités, citant deux grands acheteurs mondiaux qui ont fait état de taux de production de plaquettes dans leurs installations d’Asie du Sud-Est compris entre 20 % et 30 % seulement. Pour précision, dans la chaîne de valeur, les plaquettes représentent l’étape intermédiaire entre le polysilicium et la production de cellules photovoltaïques. Dans un autre rapport publié par OPIS, un fournisseur de données de marché, le marché mondial du polysilicium « reste limité, sans changement notable des fondamentaux ».
Cependant, même si les voyants, pour l’heure, semblent au rouge, l’avenir peut être radieux. En tout cas, c’est ce que confirme une étude du cabinet d’études de marché Future Market Insights. « Le marché mondial du polysilicium présente pourtant des perspectives favorables à moyen et long termes. Il devrait enregistrer un taux de croissance annuel composé de 9,9 % sur la décennie, passant de 17,4 milliards USD en 2025 à 44,7 milliards USD d’ici 2035. Pesant environ 14 % du marché en 2025, la demande européenne reste façonnée par des normes de durabilité et des exigences de production bas carbone », confirme l’étude.
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En attendant, Sondiale, qui est une filiale de GreenPower Morocco, doit mobiliser environ 800 millions de dollars en fonds propres et en contrats de prêt auprès de banques et d’investisseurs locaux et étrangers. Le gouvernement marocain s’est déjà engagé à investir 100 millions de dollars pour soutenir Sondiale.
EnR : les pays qui fournissent les champions africains en technologies…
Des projets de grande envergure voient le jour au Maroc, en Égypte, en Afrique du Sud ou encore au Kenya, portés par l’ambition d’assurer la sécurité énergétique, d’attirer les investisseurs et de répondre à la pression climatique. Mais derrière les chiffres et les parcs solaires ou éoliens qui s’étendent dans le désert ou sur les côtes, une réalité demeure : la dépendance technologique. Selon un rapport publié en 2024 par GreenCape, une organisation sud-africaine à but non lucratif qui agit comme catalyseur du développement de l’économie verte en Afrique, ces équipements représentent de loin les principales catégories de composants importés pour les grands projets d’énergies renouvelables en Afrique, qu’ils soient raccordés au réseau ou conçus pour des systèmes autonomes.
En effet, si les champions africains des énergies renouvelables – qu’ils soient publics ou privés – montent en puissance, leurs équipements proviennent très majoritairement de trois pays qui se partagent aujourd’hui l’essentiel du marché : la Chine, l’Espagne et le Danemark. « Pour le marché des renouvelables en Afrique, et compte tenu de la dominance chinoise en matière de photovoltaïque et de stockage de l’énergie, ainsi qu’européenne pour l’éolien, les pays africains restent en marge de ces technologies renouvelables qui constituent pourtant un espoir en matière d’électrification de l’Afrique.
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Ces industries renouvelables ne peuvent prendre naissance en Afrique sans un effort important en matière de recherche et développement, permettant de donner naissance à une industrie renouvelable africaine capable de rivaliser avec les autres industries renouvelables dans le monde », nous confie l’expert en énergie Saïd Guemra. En tant que premier fournisseur mondial de panneaux solaires et d’équipements liés au photovoltaïque, la Chine est l’un des partenaires clés de la transition énergétique africaine.
Pékin a su imposer ses industriels grâce à une combinaison de prix compétitifs, de financements adossés aux banques chinoises et d’une diplomatie proactive à travers l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie. En 2023, entre 85 % et 90 % des modules photovoltaïques installés en Afrique provenaient de Chine, selon le rapport Renewable Power Generation Costs in 2024 de l’IRENA. Les fabricants LONGi, JA Solar, Trina Solar et Jinko Solar dominent le marché, portés par des capacités industrielles massives et des prix très compétitifs.