Tribune et Débats

Pourquoi il est essentiel de renforcer la gouvernance des entreprises familiales au Maroc [Par Moez Miaoui]

Si elles jouent un rôle clé dans l’économie marocaine, les entreprises familiales sont confrontées à des défis particuliers qui peuvent les fragiliser. IFC et l’Institut de l’Entreprise Familiale du Maroc s’associent pour renforcer la gouvernance des entreprises familiales dans le pays.

Du tourisme à l’agriculture en passant par la banque ou l’industrie, les entreprises familiales opèrent dans les secteurs les plus stratégiques et jouent un rôle prédominant dans l’économie marocaine, créant des emplois et de la richesse et favorisant l’innovation dans le Royaume et ailleurs en Afrique. Si la solidarité familiale et le sens de l’engagement leur confèrent une certaine résilience, les entreprises familiales sont confrontées à des défis uniques qui peuvent les fragiliser. Aux problématiques habituelles auxquelles chaque entreprise fait face, se superpose en effet une part d’émotions et d’affects engendrés par les liens familiaux qui peuvent créer de la confusion et des conflits, affectant la marche de l’entreprise et pouvant conduire à son déclin.

C’est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit de passer le relais. Les entreprises familiales font en effet souvent les frais d’une transmission mal gérée. Aux Etats-Unis, par exemple, on estime que seules 10% des entreprises familiales restent sous contrôle familial à la troisième génération. D’où l’adage selon lequel la première génération construit, la deuxième développe et la troisième fait couler l’entreprise.

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Pour éviter un tel scénario, les entreprises familiales doivent faire de leur gouvernance une priorité absolue. Il est notamment important de mettre en place les structures permettant de formaliser et d’institutionnaliser les relations entre la famille, les actionnaires et l’entreprise. L’objectif d’une telle gouvernance est de développer et déployer des règles rigoureuses concernant, en particulier, l’emploi des membres de la famille afin notamment de mieux gérer les conflits familiaux – souvent liés à la rémunération, et de préparer les générations futures à succéder à leurs prédécesseurs.

Au Maroc, peu d’entreprises familiales disposent encore d’un cadre de gouvernance avancé. Ceci est dû au fait que nombre d’entre elles opèrent dans des secteurs dont la gouvernance est peu réglementée, contrairement aux secteurs financiers ou aux entreprises cotées. Et lorsque des dirigeants s’attaquent aux questions de gouvernance, ils ont tendance à se concentrer sur celle de l’entreprise. Plus complexe, la gouvernance familiale est souvent laissée de côté. Mais les choses évoluent. En juin dernier, plus d’une trentaine de grandes entreprises et groupes familiaux de premier plan ont réuni leurs forces pour créer l’Institut de l’Entreprise Familiale du Maroc (IEF Maroc), la première association dédiée à ce type d’entreprise dans le pays et en Afrique. Présidé par Kacem Bennani-Smires, PDG de Delassus Group, l’IEF Maroc témoigne d’une prise de conscience au sein des dirigeants d’entreprises familiales marocaines de la nécessité d’améliorer les pratiques de gouvernance.

C’est une dynamique que la Société Financière Internationale (IFC), la principale institution de développement axée sur le secteur privé dans les pays émergents, soutient pleinement. C’est aussi un domaine dans lequel nous avons bâti une solide expertise. Forts de notre expérience internationale en matière de bonne gouvernance, nous développons et déployons, depuis plus de 20 ans, des outils et des ressources pour permettre aux groupes familiaux de structurer leur gouvernance à tous les niveaux – entreprise, groupe et famille – en les conseillant sur les structures, les institutions et les principes à formaliser, et en les aidant à les développer, à les mettre en œuvre et à se les approprier. C’est pourquoi nous sommes heureux de nouer cette semaine un partenariat avec l’IEF Maroc afin de soutenir les efforts de cette nouvelle institution en faveur du développement et de la pérennité des entreprises familiales marocaines. Cet accompagnement s’attachera en premier lieu à sensibiliser et former les sociétés membres de l’organisation sur les questions de gouvernance, et en particulier de gouvernance familiale.

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En deuxième lieu, notre appui visera à participer à une étude sur la question afin de disposer d’une définition commune de l’entreprise familiale et de données factuelles sur leur contribution à l’économie marocaine, deux éléments qui font aujourd’hui défaut et limitent la portée des solutions. Bâtir une entreprise familiale est l’accomplissement d’une vie, une raison pour laquelle les fondateurs cherchent en permanence à concilier objectifs de croissance et héritage familial. À l’instar de certaines dynasties familiales étrangères, telles que Walmart, Auchan ou Hermès, symboles respectifs de la culture américaine et française, les entreprises familiales marocaines sont aussi intimement liées à l’identité du Royaume. C’est la raison pour laquelle les aider à prospérer et à assurer le passage de témoin d’une génération à l’autre est essentiel, non seulement pour stimuler l’économie marocaine et créer des emplois, mais aussi pour contribuer au rayonnement du Maroc, en Afrique et dans le monde.

* Moez Miaoui est le responsable des programmes de conseil d’IFC pour les activités ESG en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest et en Afrique francophone.

 
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