Les téléphones mobiles et Internet révolutionnent l’inclusion financière dans les pays en voie de développement. En permettant à un plus grand nombre d’utilisateurs d’accéder aux services financiers, ces nouveaux moyens de communication stimulent l’épargne, ce qui constitue de nouvelles opportunités pour hisser le niveau de la croissance économique. C’est donc une occasion inespérée pour dynamiser l’inclusion financière au Maroc afin d’intégrer les 42% d’adultes qui ne disposent pas encore d’un compte bancaire.
Le rapport ‘’Global Findex 2025’’, publié par la Banque mondiale fin juillet dernier, contient cette fois des données sur la possession d’un téléphone mobile personnel et sur l’utilisation d’internet, mettant en lumière une avancée majeure sur le front de l’inclusion financière. Selon cet indicateur de connectivité numérique, en 2024, 86% des adultes dans le monde possédaient un téléphone mobile et 68% d’entre eux un smartphone. Cette technologie associée à la téléphonie mobile a joué un rôle clé dans la diffusion des comptes bancaires et autres services financiers, de telle sorte que près de 80% des adultes dans le monde ont désormais accès à un compte bancaire, contre 50 % en 2011.
Désormais, dans l’ensemble des pays en développement, un nombre croissant de personnes règlent leurs achats avec le mobile ou une carte bancaire. En 2024, 42% des adultes des pays à revenu faible et intermédiaire ont effectué un paiement numérique en magasin ou en ligne, contre 35 % en 2021 et les trois quarts des adultes reçoivent des versements de l’État et la moitié des salariés perçoivent leurs paiements sur un compte. Cette montée en puissance de l’inclusion financière, amène dans son sillage une hausse de l’épargne.
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En 2024, 40% des adultes des économies en développement ont versé de l’argent sur un compte d’épargne, ce qui correspond à une hausse de 16 points de pourcentage depuis 2021. Cette progression est synonyme de nouvelles opportunités économiques pour ces pays, car l’augmentation de l’épargne des particuliers, par l’intermédiaire des banques ou d’autres institutions formelles, alimente les systèmes financiers nationaux. Cela est de nature à mettre à disposition davantage de fonds pour le financement de l’investissement et de l’innovation au profit de la croissance économique. « L’inclusion financière peut améliorer les conditions de vie et transformer une économie tout entière», affirme le Président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga.
Au Maroc, le secteur des télécommunications a réalisé des avancées indéniables en réussissant le désenclavement numérique des populations. En effet, le parc de la téléphonie mobile s’approche de 60 millions d’abonnés au Maroc, soit un taux de pénétration de 160%. De même, le volume du parc de l’Internet avoisine les 41 millions d’abonnés avec un taux de pénétration de 112%. Ainsi, au Maroc 90% des adultes possédaient un téléphone mobile en 2024 et 65% utilisaient l’internet.
Toutefois, en dépit de ce niveau inédit de connectivité, il y a encore 42% d’adultes marocains qui ne possèdent pas de compte bancaire. Ainsi, le nombre de marocains qui disposent d’un compte bancaire ne dépasse pas 19 millions en 2024, soit 58% seulement des adultes, un niveau qui reste nettement inférieur à la moyenne mondiale (80%).
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Cette situation est en décalage avec un système bancaire parmi les meilleurs en Afrique, un réseau de microfinance très dynamique, une introduction réussie de la finance islamique et une création multiple d’établissements de paiement… Or en Afrique subsaharienne, le mobile money connaît une croissance fulgurante, avec plus de 70% des transactions mondiales. L’Afrique domine ce secteur grâce à la pénétration rapide de la téléphonie mobile et l’adaptation aux besoins locaux. Cette révolution financière, qui compte 300 millions de comptes actifs, favorise l’inclusion financière et inspire d’autres régions du monde.
Pour parer à cette situation, Bank Al-Maghrib et le gouvernement ont mis en place des stratégies pour accroître l’inclusion financière. La 1ère phase de la Stratégie Nationale lancée en 2019 par le Ministère de l’Economie et des Finances et Bank Al-Maghrib, a permis des progrès importants en faveur des populations les moins desservies par les services financiers et des TPME. Les efforts qui ont été déployés par l’ensemble des acteurs ont permis des avancées notables sur les volets légal et réglementaire, ainsi que sur les plans de développement d’offres inclusives et d’éducation financière. De même, le Plan Maroc Digital 2030, lancé en septembre 2024, vise à digitaliser l’économie et à promouvoir le paiement mobile comme un outil essentiel pour l’inclusion financière.
Parmi les autres mesures entreprises pour augmenter le taux de bancarisation et réduire la dépendance à l’argent liquide, l’Etat a accéléré la digitalisation des paiements gouvernementaux, dans le cadre du chantier de la généralisation de la protection sociale. De même, l’accélération de l’intégration de technologies numériques comme la banque en ligne, les paiements mobiles et les portefeuilles électroniques, enlève les obstacles géographiques, diminue les coûts de transaction et bouleverse la façon dont les individus et les entreprises interagissent avec le système financier.
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Face à l’hésitation des particuliers à abandonner les transactions en espèces, il fallait des mesures pour faciliter l’adhésion des commerçants. C’est ainsi qu’un pas décisif est intervenu en novembre 2024, lorsque le Conseil de la concurrence se prononça contre le quasi-monopole du Centre monétique interbancaire (CMI). Désormais, depuis le 1er mai 2025, le marché marocain des paiements électroniques s’est ouvert à la concurrence. Avec l’entrée de nouveaux acteurs qui permettent aux commerçants d’accepter les paiements par carte bancaire ou moyens électroniques au moindre coût, c’est toute l’architecture des paiements électroniques qui bascule vers un modèle plus ouvert, plus compétitif et plus inclusif, en phase avec les ambitions de la stratégie Digital Morocco 2030.
À propos du Global Findex 2025
La base de données Global Findex est la seule enquête mondiale sur la demande en matière d’inclusion financière et une source majeure de données sur la manière dont les adultes du monde entier accèdent aux services financiers et les utilisent. Depuis son lancement en 2011, Global Findex fournit des informations essentielles sur l’inclusion financière, les paiements numériques, l’épargne et les comportements d’emprunt dans diverses économies. La base de données met en lumière des tendances clés telles que l’essor des services financiers numériques et l’écart entre les sexes en matière de détention de comptes. Le Global Findex 2025 présente le Digital Connectivity Tracker, un nouveau module qui mesure l’accès et l’utilisation des technologies mobiles. Associé aux données sur l’inclusion financière, il offre une vision globale de la manière dont les infrastructures mobiles élargissent l’accès aux services financiers et améliorent la résilience économique.