Investissement

Afrique : comment l’AFD se réinvente ?

En 2023, alors que les investissements de l’AFD ont progressé, l’action de l’agence sur le continent africain reste timorée. Décryptage !

Depuis des décennies, l’Agence Française de Développement (AFD), parfois surnommée « la vieille dame », accompagne le développement en Afrique. Cependant, ces dernières années, le groupe AFD traverse une période tumultueuse sur le continent africain. Les différents foyers de contestation sans précédent de la France dans son ancien « pré-carré » ont relancé le débat sur la place et le rôle des institutions françaises en Afrique. Rappelons que, malgré sa relative discrétion, le groupe AFD est l’un des outils d’influence de la France en Afrique. Depuis l’arrivée du Président Macron, il est même devenu la cheville ouvrière de la « nouvelle relation entre la France et le continent ». Le discours de Ouagadougou de novembre 2017 a été la tribune de ce nouveau narratif, ce nouveau récit de la relation sous l’égide de la réciprocité et de l’équilibre.

Cependant, même si les mots et les idées ont été au rendez-vous, force est de constater qu’au Sahel, par exemple, cette ambition est restée dans l’impasse. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso, trois pays hautement stratégiques pour Paris dans le cadre de la lutte régionale contre le terrorisme et considérés comme « prioritaires » pour l’AFD, sont passés en mode « France, c’est fini ».

Une mauvaise manœuvre ?

Comme une touche personnelle, Emmanuel Macron a voulu compléter, dès son arrivée à l’Élysée, l’action militaire Barkhane d’un volet développement : « la stratégie des 3D : défense, diplomatie et développement ». Pour la mener à bien, l’AFD a bénéficié de crédits inédits et a réussi à débloquer des subventions en quelques mois, alors que les agences de développement sont réputées pour la lenteur de l’étude des dossiers et des décaissements. Cette accélération des processus a notamment bénéficié du lancement, en 2017, du fonds Paix et résilience Minka, permettant un recours plus fréquent aux ONG capables d’intervenir rapidement dans les zones à forts enjeux sécuritaires.

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De plus, à la fin de 2018, un accord de terrain entre Barkhane et l’AFD a été signé. En 2022, le portefeuille de projets du groupe dans sa direction régionale Grand Sahel représentait 5 milliards d’euros – dont environ la moitié au Mali, au Burkina Faso et au Niger –, avec des actions dans l’accès à l’eau, la santé, le développement des infrastructures électriques, l’éducation ou encore le développement du secteur privé.

La suite est connue… Depuis les changements dans ces régions, l’institution a été prise dans le tourbillon du ressenti général anti-français. En attendant, l’AFD met l’accent sur les autres pays de sa direction régionale Grand Sahel : Tchad, Sénégal et, dans une moindre mesure, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau et Mauritanie.

Une mue ?

L’AFD, consciente de ses failles, a déjà entamé sa mue. Dans l’un de ses rapports, il est indiqué que deux tiers de ses financements sont en phase avec la lutte contre le changement climatique. L’agence se base également sur l’activité de sa filiale Proparco, qui investit chaque année plus de 2 milliards d’euros dans le secteur privé, dont la moitié en Afrique. Via l’initiative Choose Africa, lancée en 2018, 3,5 milliards d’euros ont été mis sur la table, ce qui aurait permis à « près de 40 000 TPE et PME ainsi que plusieurs centaines de milliers de micro-entrepreneurs africains » d’être accompagnés. Pour rattraper les déboires au Sahel, le groupe a renforcé son action dans d’autres régions du continent. En janvier 2022, le groupe AFD, dans son ensemble, a signé pour près de 13 milliards d’euros de nouveaux financements en 2023 et décaissé un peu plus de 8,5 milliards d’euros. L’Afrique bénéficie d’environ la moitié des montants signés. Énergie solaire au Kenya, assainissement au Nigeria ou lutte contre les inégalités en Afrique du Sud… le géant français semble solide.

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Contacté par Challenge, Michel Vialatte, expert consultant en gouvernance territoriale et politique publique, explique que l’AFD n’a pas été éjectée de ces régions : « Sur la base des idéaux qui guident l’action de l’AFD, notamment la question de la démocratie, l’institution ne pouvait pas maintenir son action dans ces régions où les nouvelles élites sont arrivées dans des conditions que nous savons. C’est une question de logique d’action. Alors on peut comprendre ce repli ». Il ajoute : « Aujourd’hui, même si cette région est stratégique, il y a lieu de redéfinir un autre schéma d’intervention de développement. Pour l’heure, ce sont des interventions conditionnées ». Selon l’expert, ce modèle de fonctionnement est celui de toutes les institutions de développement.

L’année 2023 du groupe AFD en chiffres

Selon son rapport 2023, le groupe AFD a signé plus de 1 000 nouveaux financements pour un montant de 11,4 milliards d’euros. La finance engagée au service du climat totalise 7,5 milliards d’euros, en hausse de 25 % sur un an. L’objectif de soutien à la biodiversité a quant à lui été atteint avec deux ans d’avance. L’année a aussi vu progresser la mobilisation des fonds privés au service du développement durable. En 2023, 1 000 nouveaux financements ont été signés pour un montant de 11,4 milliards d’euros. Au total, 13,5 milliards d’euros de nouveaux financements ont été engagés par le Groupe en 2023. En accord avec sa stratégie climat qui prévoit une activité « 100 % Accord de Paris » et au moins 50 % de finance climat dans ses engagements, 7,5 milliards d’euros ont été engagés par le Groupe pour le climat en 2023 – une hausse de 25 % par rapport à l’année précédente.

  • 70 millions de personnes dont l’accès aux soins a été amélioré
  • 41 millions de personnes bénéficiaires d’une meilleure protection sociale
  • 12,6 millions de personnes bénéficiant d’un service d’alimentation en eau potable géré en toute sécurité
  • 1,5 million de femmes dont la situation a été améliorée au regard du genre
  • 3 800 mégawatts d’énergies renouvelables installées ou réhabilitées
  • 2,7 millions de tonnes de CO2 évitées
  • 33 millions d’hectares bénéficiaires de programmes de conservation/restauration de la biodiversité terrestre
  • 631 000 exploitations familiales agricoles en conversion vers des systèmes agroécologiques
  • 52 % des engagements bénéficiant à des acteurs non souverains : organisations de la société civile, collectivités, secteur privé
  • 5,1 milliards d’euros d’autorisations de nouveaux financements en Afrique en 2023

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