Le Conseil de la Concurrence appelle à ouvrir le débat sur l’évolution du modèle économique des pharmacies afin d’améliorer les services rendus aux citoyens et accompagner les transformations du système de santé, a indiqué, mardi 10 mars à Rabat, son président Ahmed Rahhou lors d’un point de presse.
En présentant l’avis du Conseil sur la situation du marché des médicaments au Maroc, M. Rahhou a indiqué que cette réflexion intervient dans un contexte marqué par la généralisation de la protection sociale et l’élargissement de la couverture médicale, des évolutions susceptibles d’entraîner une hausse des dépenses de santé et du volume de consommation des médicaments.
Le marché représente environ 25 milliards de dirhams (MMDH) de dépenses annuelles, a-t-il fait savoir, notant qu’une part importante de cette somme transite par les pharmacies d’officine, tandis que près de 13 MMDH passent par les grossistes répartiteurs chargés de l’approvisionnement des officines.
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A ses yeux, la question centrale ne concerne pas uniquement l’importance économique du secteur, mais également la qualité du service rendu aux citoyens en contrepartie de ces dépenses, notamment en matière d’accès aux médicaments. Il a, à cet effet, signalé que le Maroc dispose d’un réseau officinal relativement dense, avec plus de 14.000 pharmacies, soit environ une officine pour 2.600 habitants, un niveau supérieur aux recommandations de l’OMS.
Toutefois, l’enjeu réside davantage dans l’organisation du service et la disponibilité des pharmacies à différents moments de la journée, notant que les horaires d’ouverture restent parfois limités, ce qui peut compliquer l’accès aux médicaments pour les citoyens, a observé M. Rahhou .
Le président du Conseil a insisté aussi sur le rôle central du pharmacien dans la délivrance des médicaments, estimant que cette mission nécessite la présence d’un professionnel qualifié capable de vérifier les prescriptions médicales et d’orienter les patients.
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Dans ce contexte, il a évoqué la possibilité d’une évolution du modèle actuel des officines, notamment à travers des formes de regroupement ou l’emploi de plusieurs pharmaciens au sein d’une même pharmacie, afin d’assurer une meilleure continuité du service et d’élargir les horaires d’ouverture.
En outre, M. Rahhou a souligné que le secteur fait face à des contraintes économiques croissantes, dans un contexte marqué par l’augmentation du nombre de diplômés en pharmacie et par la pression sur la rentabilité des officines.
Il a mis l’accent sur la piste d’une ouverture encadrée du capital des pharmacies à des investisseurs, jugeant qu’une telle évolution pourrait permettre de mobiliser des ressources supplémentaires pour moderniser les officines, améliorer les services proposés et renforcer la disponibilité des médicaments. D’après M. Rahhou, une telle option ne remettrait pas en cause le rôle du pharmacien dans la délivrance des médicaments, qui resterait assurée par un professionnel responsable conformément à la réglementation.
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Par ailleurs, le président du Conseil a relevé que certaines pharmacies, en particulier les plus petites, rencontrent des difficultés pour acquérir des médicaments coûteux, ce qui peut limiter leur disponibilité dans certaines officines.
Il a, à cet égard, préconisé des formes de coopération ou de regroupement entre pharmacies pour améliorer l’approvisionnement et renforcer la disponibilité des traitements. Les pistes évoquées dans l’avis du Conseil de la Concurrence visent avant tout à alimenter le débat public autour de l’évolution du secteur pharmaceutique et toute réforme devra impliquer l’ensemble des parties prenantes, notamment les pouvoirs publics, les professionnels et les citoyens, a conclu M. Rahhou.