Avec une activité rentable, un modèle générateur de cash et une politique de distribution généreuse, Cash Plus aborde son introduction en Bourse en misant sur la transparence et la stabilité. Son président, Nabil Amar, dévoile les moteurs de croissance, les priorités d’investissement et la vision qui guidera cette nouvelle étape.
Challenge : Cash Plus franchit un cap historique avec son introduction en Bourse. Pourquoi avoir choisi de franchir ce pas maintenant, et qu’est-ce qui rend ce moment particulièrement stratégique pour l’entreprise ?
Nabil Amar : L’introduction en Bourse intervient au moment où notre projet d’inclusion financière commence réellement à prendre forme. Ces dernières années, nous avons réussi à recruter plus de 2 millions de porteurs de comptes, dont une grande partie dans le monde rural. Pour nous, ce n’est pas un point final, mais au contraire le début d’une nouvelle étape : il s’agit maintenant de transformer ces comptes en véritables outils de paiement, d’épargne et de participation à l’économie formelle.
Ce mouvement s’appuie sur un modèle phygital unique au Maroc. CashPlus, ce n’est pas seulement une application ou une plateforme, c’est aussi un réseau de proximité extrêmement dense : près de 5 000 points de service, dont environ 3 600 agences franchisées. Cela signifie que, derrière notre développement, il y a un tissu d’entrepreneurs locaux qui portent la marque au quotidien et qui ont construit, avec nous, une relation de confiance avec les Marocains. Cette confiance est un actif décisif au moment d’entrer en Bourse.
Ce caractère stratégique tient aussi au contexte : les besoins en solutions de paiement modernes se sont fortement accélérés. Les aides sociales, les salaires, les flux du monde rural, les revenus issus du travail informel ou de plateformes digitales… tout cela nécessite des canaux fiables, simples et accessibles. Nous sentons que le pays est prêt pour une nouvelle étape dans la digitalisation des paiements, mais que l’écosystème d’acceptation reste encore insuffisant. CashPlus est aujourd’hui en position de jouer un rôle structurant dans cette transformation.
Enfin, ce pas en Bourse est rendu possible par la solidité de nos fondamentaux : une activité rentable, un modèle générateur de cash, une entreprise qui n’est pas endettée, et une équipe de direction qui accompagne la transformation de CashPlus depuis plus de dix ans. Cette continuité managériale nous a permis de passer d’un réseau de transfert d’argent à une véritable plateforme fintech, sans rupture, avec une vision cohérente. L’IPO vient prolonger cette trajectoire, en lui donnant plus de moyens et plus de visibilité.
Challenge : L’opération porte sur un montant global de 750 millions de DH. Comment comptez-vous orienter ces fonds et quelles seront les priorités d’investissement pour consolider la position de Cash Plus sur le marché ?
N.A : Il est important de préciser que les 750 millions de dirhams se composent de deux volets distincts.
Le premier volet, de 400 millions de dirhams, correspond à une augmentation de capital. Ce sont des fonds nouveaux qui entrent dans l’entreprise et qui sont destinés à financer notre développement. Ils serviront d’abord à accélérer le déploiement du «super-app» CashPlus, en dotant nos clients d’outils de paiement modernes : cartes, QR, solutions de paiement chez les marchands et fonctionnalités digitales qui répondent aux besoins du quotidien. Aujourd’hui, une grande partie de nos porteurs de comptes utilisent encore essentiellement le cash-out. Notre ambition est de faire évoluer ces usages vers le paiement digital, de manière simple et progressive.
Une autre priorité sera l’équipement massif des commerces de proximité. Le frein principal à la montée en puissance du paiement digital au Maroc ne vient pas des clients, mais du manque de moyens d’acceptation chez les marchands, en particulier les petites structures : épiceries, artisans, services du quotidien. Nous allons investir dans des terminaux d’acceptation, des solutions SoftPOS et des outils adaptés à la réalité de ces commerces. C’est un chantier à la fois économique et sociétal, et nous voulons que CashPlus y joue un rôle de premier plan.
Ces investissements s’accompagneront du renforcement de notre infrastructure technologique : montée en charge de la plateforme, cybersécurité, capacité à intégrer de nouveaux services et à gérer un volume croissant de transactions. Là encore, notre objectif est d’accompagner la croissance sans compromettre la fiabilité ni la sécurité, qui sont des éléments essentiels pour les régulateurs comme pour les clients.
Le deuxième volet, de 350 millions de dirhams, concerne une cession d’actions du fonds Mediterranea Capital, qui a accompagné l’entreprise dès 2014, après un exit en 2020 et un retour dans le tour de table en 2023.
Challenge : Selon la note d’opération, Cash Plus prévoit de distribuer en moyenne 85 % de son résultat net sur la période 2025-2030. Cette politique de distribution particulièrement généreuse traduit-elle avant tout une volonté de séduire les investisseurs, ou s’inscrit-elle dans une stratégie durable de création de valeur pour les actionnaires ?
N.A : Cette politique de distribution reflète d’abord la nature de notre modèle économique. CashPlus est une entreprise rentable, génératrice de cash, avec des besoins d’investissement réels mais maîtrisés. Nous ne sommes pas dans un modèle capitalistique lourd, nécessitant des investissements massifs et permanents comme une banque universelle traditionnelle. Cela nous permet d’envisager une politique de distribution élevée, tout en conservant les moyens de financer notre croissance.
Distribuer en moyenne 85 % du résultat net n’est pas un geste ponctuel ou opportuniste pour «embellir» l’IPO. C’est la traduction d’un choix de gestion discipliné : nous voulons que les actionnaires bénéficient directement de la performance de l’entreprise, sous forme de dividendes visibles et réguliers. Cela offre aux investisseurs une lisibilité importante, en particulier dans un contexte où la recherche de rendement stable est devenue un enjeu majeur.
Parallèlement, cette politique nous impose une exigence forte en interne. En limitant la rétention de cash, nous nous obligeons à sélectionner avec rigueur les projets auxquels nous allouons des ressources. Chaque dirham investi doit être justifié par sa capacité à créer de la valeur sur le long terme, pour l’entreprise comme pour ses partenaires. C’est une manière d’éviter la dispersion et de garder une structure agile, centrée sur son cœur de métier.
Enfin, il faut rappeler que cette stratégie s’appuie sur des fondamentaux solides : une croissance continue, une base de clientèle en expansion, une entreprise non endettée et une équipe de management expérimentée, qui a déjà démontré sa capacité à transformer CashPlus dans la durée. Dans ce cadre, cette politique de distribution n’est pas un artifice, mais un engagement durable envers nos actionnaires.
Challenge : En quoi cette introduction en Bourse va-t-elle redéfinir la trajectoire de Cash Plus et renforcer son rôle de locomotive de la fintech et de l’inclusion financière au Maroc ?
N.A : L’introduction en Bourse marque l’entrée de CashPlus dans une nouvelle phase de son histoire. Jusqu’ici, nous avons surtout construit les fondations : un réseau de proximité très dense, un socle digital en forte croissance et une base de plus de 2 millions de porteurs de comptes, en grande partie issus des segments les moins bien servis par le système financier classique. Demain, notre ambition est de transformer cette base en un véritable écosystème de paiements et de services financiers du quotidien.
Concrètement, l’IPO va nous permettre d’accélérer la bascule du cash vers le paiement digital. En équipant nos clients de moyens de paiement modernes, en leur donnant accès à des services simples et utiles via le mobile, nous facilitons leur intégration dans l’économie formelle. Dans le même temps, en équipant massivement les marchands, nous contribuons à créer un cercle vertueux : plus il y a de points d’acceptation, plus le paiement digital devient naturel pour les ménages et plus les flux financiers gagnent en traçabilité et en sécurité.
Cette dynamique a un impact direct sur l’inclusion financière. Une grande partie de nos clients perçoivent des salaires, des aides sociales, des transferts familiaux ou des revenus modestes via CashPlus. En les accompagnant vers des usages plus avancés – paiement, épargne, services complémentaires – nous leur offrons davantage d’autonomie, de visibilité et de protection. C’est un enjeu économique, mais aussi social.
Enfin, l’IPO renforce notre rôle de locomotive de la fintech marocaine en matière de gouvernance et de transparence. Être coté impose des standards élevés en matière d’information, de contrôle et de gestion des risques. C’est une évolution que nous abordons avec confiance, parce qu’elle s’inscrit dans la continuité d’un travail engagé depuis plusieurs années par une équipe de direction stable, qui accompagne l’entreprise depuis plus de dix ans. Il y a eu des évolutions d’organisation, c’est normal dans la vie d’un groupe qui grandit, mais le cœur du management est resté le même, avec une vision claire : faire de CashPlus une plateforme de services financiers au service des Marocains, en particulier des plus vulnérables, et inscrire cette mission dans la durée.