S&P Global Ratings confirme la notation souveraine du Maroc à BBB-/A-3, perspective stable. L’économie a dépassé les attentes en 2025 grâce à l’agriculture, le tourisme et l’industrie. Les détails…
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes énergétiques et le ralentissement de certaines grandes économies, le Maroc parvient à préserver un signal de stabilité auprès des investisseurs internationaux. Le 27 mars 2026, l’agence américaine S&P Global Ratings a confirmé les notations souveraines du Royaume à BBB- pour la dette à long terme et A-3 pour la dette à court terme, assorties d’une perspective stable. Cette décision confirme le retour du Maroc dans la catégorie « investment grade », retrouvée en 2025 après plusieurs années de déclassement consécutives aux chocs de la pandémie et de la sécheresse.
La décision de l’agence repose sur un constat simple : malgré un environnement international volatil, l’économie marocaine a montré une résilience supérieure aux anticipations en 2025, portée par plusieurs moteurs simultanés. L’agriculture a bénéficié de conditions climatiques plus favorables, le tourisme a enregistré des performances historiques et l’industrie a poursuivi sa montée en puissance, notamment dans les filières exportatrices. Ces facteurs ont permis au pays de consolider ses équilibres macroéconomiques et de maintenir la confiance des marchés financiers.
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Pour autant, cette stabilité n’efface pas les défis. L’agence souligne que le Maroc reste exposé aux chocs externes, notamment à la volatilité des prix de l’énergie, aux perturbations du commerce international et aux tensions géopolitiques, en particulier celles liées au conflit au Moyen-Orient. Mais selon S&P, les fondamentaux économiques du Royaume lui offrent une capacité d’absorption des chocs relativement solide, ce qui explique le maintien de la notation et de la perspective stable. Derrière cette décision se dessine réalité économique plus large : celle d’un pays qui tente de consolider sa trajectoire de croissance, de moderniser son modèle productif et de renforcer sa crédibilité financière à l’échelle internationale.
Une économie qui a dépassé les attentes en 2025
La première raison qui explique la confirmation de la note souveraine du Maroc tient à la performance économique enregistrée au cours de l’année 2025. Alors que plusieurs institutions internationales anticipaient une croissance modérée en raison des tensions géopolitiques et du ralentissement du commerce mondial, l’économie marocaine a finalement fait preuve d’une capacité de rebond notable. Trois secteurs ont particulièrement contribué à cette dynamique: le premier est l’agriculture, traditionnel pilier de l’économie nationale.
Après plusieurs années marquées par la sécheresse, la campagne agricole a bénéficié de conditions climatiques plus favorables, ce qui a permis d’améliorer la production et de soutenir les revenus ruraux. Ce rebond agricole a joué un rôle stabilisateur important dans la croissance globale.Le deuxième moteur est le tourisme, qui continue de battre des records. Le Maroc a accueilli près de 20 millions de visiteurs, confirmant sa position parmi les destinations touristiques les plus dynamiques du bassin méditerranéen. Cette performance a permis de renforcer les recettes en devises, de soutenir l’emploi et d’améliorer la balance des paiements.
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Le troisième facteur est l’industrie, notamment les secteurs exportateurs comme l’automobile, l’aéronautique et les phosphates. Ces filières, intégrées aux chaînes de valeur internationales, contribuent à diversifier la structure économique du pays et à réduire sa dépendance aux cycles agricoles. Pour S&P Global Ratings, cette combinaison de moteurs économiques constitue l’un des principaux facteurs de résilience du modèle marocain.
« Le retour du Maroc au statut investment grade chez Standard & Poor’s est un signal fort, mais surtout un signal rare dans le contexte africain actuel. Cela traduit moins une performance ponctuelle qu’une lecture de crédibilité dans la durée : capacité à absorber les chocs, à maintenir une discipline budgétaire relative et à préserver l’accès aux marchés internationaux sans spirale de défiance », nous confie l’économiste Adnane Benchekroune.
Le retour dans la catégorie « investment grade »
« Ce statut repositionne le Maroc en haut du palmarès des destinations africaines attractives », nous confie une source.La confirmation de la note BBB- s’inscrit également dans une dynamique plus longue. En septembre 2025, l’agence avait déjà relevé la notation du Maroc, lui permettant de retrouver la catégorie « investment grade », perdue en 2021 dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Ce statut est loin d’être symbolique.
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Dans le monde de la finance internationale, les notations souveraines jouent un rôle déterminant. Elles servent de référence pour évaluer la capacité d’un État à honorer ses engagements financiers. De nombreux investisseurs institutionnels – fonds de pension, fonds souverains ou grandes banques – utilisent ces notations comme critère d’investissement. Être classé dans la catégorie « investment grade » signifie que la dette d’un pays est considérée comme relativement sûre. Cela permet généralement :
• d’accéder plus facilement aux marchés internationaux
• de réduire les coûts d’emprunt
• d’attirer davantage d’investissements étrangers
« Pour un pays comme le Maroc, engagé dans de grands projets d’infrastructures et de transition énergétique, cet accès au financement international constitue un levier stratégique », précise notre source.
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Pour rappe, Standard & Poor’s prévoit une croissance du PIB réel de 4,4 % en moyenne sur la période 2026-2029, soutenue par des réformes favorables aux entreprises, la mise en œuvre de la nouvelle charte des investissements et le Fonds Mohammed VI. Sur le plan sectoriel, l’industrie automobile, les secteurs de l’aéronautique, de la construction, l’industrie du phosphate et des engrais ainsi que le tourisme constituent des accélérateurs de la croissance du PIB. Néanmoins, les risques de dégradation et les incertitudes liés au conflit au Moyen-Orient s’accentuent, tempère l’agence de notation.
Toutefois, il faut reconnaître que le Maroc dispose d’atouts uniques pour transformer ces défis en opportunités. Son statut investment grade lui ouvre l’accès à des financements compétitifs. Dans une interview sur Jeune Afrique, le patron de CDG a annoncé qu’il ambitionne cette année de mobilier près de 100 milliards de dirhams pour financer l’économie marocaine dans le cadre du plan CAP 2030.