Après plusieurs années marquées par la sécheresse, la campagne agricole 2025-2026 s’annonce particulièrement prometteuse. Une dynamique également évoquée jeudi 12 mars lors du Conseil de gouvernement par le chef du gouvernement et le ministre de l’Agriculture. Décryptage.
Il y a de cela presque un an, dans l’un de nos papiers sur la question de l’eau nous dessinons les lignes du retour à une agriculture moins dépensière en ressources hydriques à la lumière du contexte d’urgence. Aujourd’hui ce discours semble derrière nous. En effet ; après plusieurs années marquées par une sécheresse sévère, l’agriculture marocaine semble enfin entrevoir une embellie. Les premières estimations concernant la campagne agricole 2025-2026 sont particulièrement encourageantes, au point que plusieurs acteurs du secteur parlent déjà d’une saison « exceptionnelle ».
Cette tendance a été confirmée lors du Conseil de gouvernement du 12 mars par l’exécutif et le ministère de l’Agriculture, qui ont souligné l’amélioration notable des conditions climatiques et des indicateurs agricoles. Cette évolution positive repose en grande partie sur un retour des précipitations après près de sept campagnes difficiles.
Les cumuls pluviométriques enregistrés depuis la fin de l’année 2025 dépassent largement ceux des années précédentes, atteignant environ 360 mm au niveau national, soit une progression de plus de 50 % par rapport à la moyenne historique. Ces pluies dans les détails, ont permis d’améliorer l’état des sols, de reconstituer partiellement les réserves hydriques et de relancer les perspectives de production dans plusieurs filières agricoles. Au-delà des performances agricoles attendues, cette dynamique pourrait avoir un impact significatif sur l’économie rurale et sur l’emploi.
Une saison agricole marquée par le retour de la pluie
Le premier facteur expliquant les perspectives positives de la campagne 2025-2026 est le retour de conditions climatiques plus favorables. Après plusieurs années de déficit pluviométrique, les pluies enregistrées depuis la fin de l’automne ont profondément changé la donne pour les agriculteurs marocains. Dans plusieurs régions agricoles du pays, les précipitations ont dépassé les niveaux observés ces dernières années.
Dans la région du Souss-Massa par exemple, les cumuls pluviométriques ont atteint entre 160 et 180 mm, alors qu’ils ne dépassaient souvent pas 40 à 60 mm lors des saisons précédentes. Cette amélioration des conditions climatiques permet non seulement de renforcer les cultures céréalières mais aussi de soutenir les cultures arboricoles et maraîchères.
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« Les effets de cette pluviométrie sont multiples. Elle contribue d’abord à améliorer l’humidité des sols et à favoriser la croissance des cultures. Elle permet également de recharger les nappes phréatiques et les barrages, indispensables à l’irrigation et à la sécurisation de la production agricole », Mona Alami, CEO d’Ecofertil.. Il faut d’ailleurs noter que l’amélioration des conditions climatiques se traduit déjà par des perspectives de production particulièrement encourageantes dans plusieurs filières agricoles.« La production céréalière, fortement affectée par les sécheresses successives, pourrait enregistrer une reprise significative.
Les filières arboricoles devraient également afficher de bonnes performances. Il ne faudrait pas oublier l’impact positive sur le secteur de l’élevage bovin » ; nous explique introductif, Mustapha Chehhar, Directeur du Domaine Vert au sein du Groupe Crédit Agricole du Maroc. Au-delà de la production agricole, l’un des enjeux majeurs de cette campagne concerne l’emploi. L’agriculture demeure l’un des principaux secteurs d’activité au Maroc, notamment dans les zones rurales.
Or, ces dernières années, la sécheresse a fortement pesé sur le marché du travail. Entre 2023 et 2024, le secteur de l’agriculture, de la forêt et de la pêche a perdu environ 137 000 emplois au niveau national, selon les données du Haut-Commissariat au Plan Cette baisse est principalement due aux difficultés climatiques et à la contraction de l’activité agricole. Dans ce contexte, une campagne agricole favorable pourrait contribuer à inverser cette tendance.
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Une bonne récolte entraîne généralement une augmentation de la demande de main-d’œuvre pour les travaux agricoles : préparation des sols, récolte, conditionnement, transport et transformation des produits. Les filières exportatrices, notamment les fruits et légumes, mobilisent également une main-d’œuvre importante dans les stations de conditionnement et les chaînes logistiques.
Des défis structurels persistants
Malgré ces perspectives encourageantes, plusieurs défis structurels continuent de peser sur l’agriculture marocaine. La question de l’eau demeure au cœur des préoccupations. Même si les pluies de cette saison ont amélioré la situation, les ressources hydriques restent sous pression dans plusieurs bassins. Les barrages destinés à l’agriculture ne sont pas encore totalement reconstitués et la gestion de l’eau demeure un enjeu stratégique pour les prochaines années. « Je pense que les politiques de gestion de l’eau doivent continuer, en plus de projets de dessalement… », alerte Chehhar.
Par ailleurs, le secteur agricole reste fortement dépendant des conditions climatiques. Les épisodes de sécheresse récurrents liés au changement climatique rendent les performances agricoles particulièrement volatiles d’une année à l’autre. Enfin, la modernisation du secteur reste un chantier important, notamment pour améliorer la productivité, renforcer la valeur ajoutée des filières et sécuriser les revenus des agriculteurs. En cela, l’expert appel à la reprise des investissements dans le domaine agricole. « Il faut une véritable reprise des investissements dans le domaine agricole. Les agriculteurs ont besoin d’investissement ».