La demande de charbon reste forte, soutenue par les besoins de la Chine mais aussi par ceux des États-Unis, souligne l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un nouveau rapport. Cela interroge sur l’avenir des résolutions sur le climat…
A la récente COP 30 à Belém. Un absent fait parler de lui : Donald Trump, le président climatosceptique à la tête des États-Unis. « Le président américain ne croit pas au changement climatique. Il a livré un discours ultra-violent en septembre 2025 à la tribune de l’ONU, selon laquelle la science climatique, c’est de l’intox. C’est, selon lui, la plus grande escroquerie de l’histoire, toutes les prévisions publiées par les Nations Unies sont fausses et elles ont été réalisées par des imbéciles. Si l’on écoute Donald Trump, pour qu’un pays tienne la route, il lui faut des frontières fortes, et des énergies fossiles », rappelle Vincent Souriau, envoyé spécial de RFI à Washington.
Dans « Destinée manifeste », le célèbre livre qui trace la vision des pères fondateurs, ce principe y énoncé guide depuis les choix économiques et stratégiques des États-Unis. Cette doctrine repose sur une idée simple : la puissance économique ne se mesure pas à la seule domination financière ou technologique, mais avant tout à la maîtrise des ressources matérielles qui font tourner le monde. Dans cette logique, les matières premières – pétrole, gaz, métaux rares, production industrielle – ne sont pas de simples variables économiques, mais des piliers secteurs stratégiques dans lequel il faut exceller. Contrairement à l’Europe, qui a progressivement abandonné ses industries lourdes et son autonomie énergétique au profit d’une financiarisation et d’une économie de services, les États-Unis ont toujours maintenu un ancrage profond dans la production matérielle.
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Ce choix explique pourquoi, malgré des décennies de discours sur la transition énergétique et l’investissement durable, l’administration américaine continue de privilégier les énergies fossiles comme socle de son modèle économique. L’extraction pétrolière, le gaz et le contrôle des chaînes d’approvisionnement industrielles sont perçus comme des enjeux de souveraineté, et non comme des secteurs en déclin à remplacer par des alternatives vertes.
En effet, le nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirme cette tendance. « La consommation de charbon, l’énergie fossile la plus polluante au monde, devrait s’élever à 8,85 milliards de tonnes en 2025, du jamais-vu dans l’histoire de l’humanité », explique le rapport.
Aux Etats-Unis, depuis l’arrivé se Trump la demande en charbon est en hausse de 8 % cette année, alors qu’elle avait reflué de 6 % par an ces quinze dernières années. Cette inversion de tendance est liée à des « a un ralentissement des fermetures de centrales au charbon en raison du soutien politique mené par le gouvernement fédéral », expliquent les experts de l’agence. Par ailleurs dans un autre rapport l’IAE tire la sonnette d’alarme sur l’inefficacité des résolutions sur le climat.
Les énergies fossiles ont la peau dure…
La résistance des énergies fossiles est silencieuse et bien réelle. Le charbon, « le pétrole et le gaz, très émetteurs de gaz à effet de serre, représentaient encore 80 % du mix énergétique mondial en 2023, exactement la même proportion que vingt ans auparavant », selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
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Quant à la dynamique des énergies dites « vertes », censées décarboner les économies et limiter le réchauffement climatique, elle est inférieure aux ambitions initiales. A tel point que l’objectif fixé à la COP de Dubaï ne sera pas atteint, a prévenu cet automne l’AIE. « La demande mondiale de charbon reste élevée en 2025, portée par la Chine et les États-Unis selon l’AIE. Cette réalité alimente un doute croissant sur la solidité des résolutions climatiques prises au niveau international, tant l’écart entre les engagements annoncés et les décisions énergétiques réelles demeure flagrant.
Les chiffres confirment ce malaise. En 2024, les émissions mondiales de CO₂ ont atteint environ 37,4 Gt pour les énergies fossiles, et près de 41,6 GtCO₂ toutes sources confondues. Elles continuent donc d’augmenter, remettant directement en cause la crédibilité des trajectoires climatiques actuelles.
Le cas du Maroc illustre ce paradoxe. Près de 60 % de la production électrique repose encore sur le charbon, malgré des objectifs ambitieux en matière de renouvelables. Cette dépendance structurelle montre que la transition énergétique a encore un long chemin à parcourir et nourrit, là aussi, le doute sur la capacité à tenir les engagements climat. En 2025, le doute climatique ne porte plus sur les intentions affichées, mais sur la valeur réelle des résolutions climat face aux contraintes économiques, industrielles et géopolitiques. », explique Said Guemara, expert en énergie.
« L’énergie reste un outil de pouvoir »
Ce revirement a des conséquences profondes sur cette nouvelle COP. L’Europe, qui avait structuré sa stratégie énergétique autour d’une transition accélérée, se voit seule aujourd’hui dans ce chantier. Mais le changement le plus significatif pourrait concerner l’Afrique. Pendant des années, les institutions financières et les gouvernements occidentaux ont exercé des pressions sur les pays africains pour qu’ils abandonnent progressivement l’exploitation de leurs ressources fossiles. Mais maintenant que les majors pétrolières reviennent en force et que la demande en hydrocarbures reste forte, l’Afrique doit se réapproprier la gestion de ses ressources.
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Plutôt que de rester un simple fournisseur de pétrole brut, le continent doit adopter une doctrine de souveraineté énergétique et industrielle, en imposant des conditions plus strictes aux multinationales et en investissant dans la transformation locale des matières premières. Le retour du capitalisme américain à la doctrine de la matière est un signal fort : « l’énergie reste un outil de pouvoir avant d’être un enjeu environnemental. L’Afrique a une opportunité unique de tirer les leçons de ce basculement et d’éviter de se retrouver, une fois encore, prisonnière d’une économie extractive dictée par des intérêts étrangers », nous confie l’économiste Samuel Mathey.