Les marchés boursiers européens sont dans le rouge lundi, accusant le coup des menaces de droits de douane de Donald Trump contre plusieurs pays du Vieux continent qui s’opposent à sa volonté d’annexer le Groenland.
Vers 8H20 GMT, dans les premiers échanges, Paris perdait 1,75%, Francfort 1,46% et Milan 1,61%. Seule Londres limitait ses pertes à 0,41%. « Les menaces américaines ravivent les craintes d’une escalade protectionniste à un moment déjà délicat pour la croissance », explique John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion Private Bank.
Le président américain a menacé ce week-end huit pays, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, de l’imposition de nouvelles surtaxes douanières sur leurs exportations aux Etats-Unis, en raison de leur opposition à ses velléités de s’emparer du Groenland.
Lire aussi | Le déficit commercial des Etats-Unis en octobre au plus bas depuis 2009
« Les sanctions douanières américaines prennent des allures de plus en plus grotesques », déplore Andreas Lipkow, analyste indépendant. Ces droits de douane, de 10%, seraient effectifs à partir du 1er février et pourraient s’envoler à 25% au 1er juin.
Cela « aurait des conséquences néfastes tant sur le plan économique que géopolitique », alors que « l’Europe a besoin des Etats-Unis pour soutenir l’Ukraine », estiment les analystes de la Deutsche Bank.
Les secteurs qui exportent le plus vers les Etats-Unis souffraient particulièrement vers 08H20 GMT. Le luxe plongeait, à l’image de LVMH (-3,59%), Hermès (-2,42%) et Kering (-2,93%) à Paris. Burberry reculait de 1,73% à Londres. L’automobile aussi: Stellantis perdait 2,52% à Paris. A Francfort, BMW cédait 4,49%, Volkswagen 4,26% et Mercedes 4,60%.
« Le risque est de retour »
« L’attitude de Trump a exacerbé les risques géopolitiques tout en ravivant l’incertitude commerciale (…) au risque de fragiliser l’OTAN et de compromettre la ratification de l’accord commercial UE-États-Unis », relève Kyle Rodda, analyste pour Capital.com.
Lire aussi | Trump menace d’intervenir, que se passe-t-il en Iran ?
Les valeurs du secteur de la défense bondissaient, profitant de cette montée des tensions. A Francfort, Renk prenait 3,66%, Hensoldt 2,64% et Rheinmetall 1,77%. A Paris, Thales gagnait 2,03%. Leonardo prenait 1,80% à Milan.
« Le risque est de retour », résume Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM. Le spectre du plongeon de début avril 2025 plane. Les Bourses européennes et américaines avaient perdu entre 4 et 6%, après l’annonce par Donald Trump d’une rafale de droits de douane « réciproques » sur ses partenaires commerciaux.
L’accord signé à l’été 2025 entre l’UE et les Etats-Unis, qui avait permis de calmer les tensions et de faire rebondir les Bourses est en effet menacé, quelques jours avant son vote par les eurodéputés.
L’Allemand Manfred Weber, chef de la droite au Parlement européen, a indiqué qu’une approbation n’était « pas possible à ce stade ». Bruxelles pourrait aussi réactiver ses mesures de représailles de 93 milliards d’euros sur les marchandises américaines, suspendues par l’accord.
Lire aussi | États-Unis: à quoi s’attendre en 2026 avec la doctrine de Trump ?
Le président français Emmanuel Macron veut par ailleurs demander l’activation de l’instrument anti-coercition de l’UE, permettant de limiter les importations provenant d’un pays, l’accès à certains marchés publics, et bloquer certains investissements.
Record pour l’or et l’argent-
« Les bases d’une potentielle correction (baisse des cours, NDLR) boursière importante sont en train d’être posées », craint Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.
Les métaux précieux, valeurs refuges par excellence, bondissaient. Le prix de l’or s’est hissé à un nouveau record, à 4.690,59 dollars l’once, tandis que le cours de l’argent a dépassé pour la première fois les 94 dollars.
Côté changes, le dollar reculait de 0,31% par rapport à l’euro, ce qui est souvent le cas à chaque hausse des tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs partenaires commerciaux.
Autrefois considéré comme un actif refuge, le billet vert est en effet la victime collatérale de la montée des incertitudes depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.
Challenge (Avec AFP)