Réunis à Casablanca à l’occasion de la JBUM 2026, les acteurs de la santé ont placé le bon usage du médicament au cœur des priorités. En ouverture, Abdelaziz Alaoui a livré un plaidoyer structurant pour repenser les pratiques, entre impératif médical, soutenabilité financière et responsabilité partagée.
Dans un contexte de transformation accélérée du système de santé, la Société Marocaine de Pharmacologie et de Thérapeutique (SMPT), présidée par Pr Houda Filali, a réuni à Casablanca, le 25 avril 2026, l’ensemble des parties prenantes autour de la Journée Annuelle du Bon Usage du Médicament (JBUM 2026).
Placée sous le signe de la simplification des traitements et de l’amélioration de l’adhésion thérapeutique, cette édition ambitionne de “repenser notre manière de prescrire, d’accompagner et d’évaluer les traitements”, avec un objectif clair : replacer le patient au cœur des décisions.
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Mais c’est surtout l’intervention d’Abdelaziz Alaoui, Président de la CMIM et Vice-président de l’AIM pour la région Afrique-Moyen-Orient, qui a marqué les esprits.
“Le bon usage du médicament est une responsabilité collective”
Dès l’ouverture, Abdelaziz Alaoui a donné le ton : « le bon usage du médicament » ne saurait être réduit à une simple recommandation technique. «Derrière cette expression, en apparence simple, se cache en réalité une responsabilité collective », a-t-il insisté, appelant à une mobilisation de l’ensemble de la chaîne de soins.
Pour lui, chaque acteur est confronté à des arbitrages complexes. « Le médecin est au cœur de la décision thérapeutique», rappelle-t-il, mais «prescrire, c’est désormais aussi intégrer la question de l’accessibilité financière», afin d’éviter que des traitements pertinents ne deviennent inaccessibles pour les patients.
Médecins, pharmaciens, assureurs : des équilibres à redéfinir
Dans son discours, Abdelaziz Alaoui met en lumière les tensions structurelles du système. Il souligne notamment le rôle clé du pharmacien, «souvent dernier interlocuteur avant l’usage du médicament », tout en pointant «des capacités d’ajustement encore limitées », notamment en matière de substitution.
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Même constat du côté des politiques publiques. «Les pouvoirs publics ont engagé des politiques fortes en faveur du médicament générique », reconnaît-il, mais insiste sur la nécessité d’un équilibre : « l’efficacité thérapeutique demeure la priorité absolue ». Entre maîtrise des coûts et exigence médicale, « l’exercice est délicat mais indispensable », prévient-il.
Le patient au cœur… mais pas sans risques
Autre point central du plaidoyer d’Abdelaziz Alaoui : la montée en puissance du patient dans son propre parcours de soins. « Nous ne pouvons ignorer le rôle du patient lui-même », affirme-t-il, évoquant l’essor de l’automédication.
Mais cette autonomie n’est pas sans danger. « Elle interroge sur les risques d’un usage inapproprié du médicament », alerte-t-il, appelant à « renforcer l’information, l’éducation et l’accompagnement » pour garantir une utilisation sécurisée.
Face aux avancées thérapeutiques, Abdelaziz Alaoui pose une question centrale : «Comment concilier progrès scientifique, soutenabilité financière et justice sociale ? »
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Pour lui, l’innovation médicale, aussi prometteuse soit-elle, ne peut être dissociée de la question de l’accès. « La réponse ne peut être que collective», martèle-t-il, plaidant pour une approche concertée entre décideurs, cliniciens et partenaires.
La formation comme levier décisif
Au-delà du diagnostic, Abdelaziz Alaoui trace des pistes concrètes. « Au cœur de cette responsabilité, il y a un levier essentiel : la formation », affirme-t-il.
Il appelle ainsi à «former à l’art de prescrire de manière judicieuse », mais aussi à « une pratique pharmaceutique toujours plus éthique » et à « une culture commune du médicament ». Une convergence indispensable, selon lui, pour atteindre «un usage plus juste, plus efficace et plus équitable du médicament ».
Au-delà des échanges scientifiques, la JBUM 2026 s’impose comme un espace de dialogue stratégique entre cliniciens, chercheurs, décideurs et industriels.
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Et si les défis sont nombreux, Abdelaziz Alaoui se veut mobilisateur :«Ce forum doit être un espace de construction », insiste-t-il, appelant à « interroger nos pratiques » et à « renforcer nos compétences ».
Avant de conclure, fidèle à la tonalité engagée de son intervention : «Je vous souhaite des échanges riches, constructifs et porteurs d’avenir ».