Le géant chinois Goldwind Science & Technology renforce son ancrage au Maroc. Le groupe, coté à Hong Kong et Shenzhen, a engagé une garantie financière de 29,4 millions de dollars au profit de sa filiale Goldwind Morocco, basée à Casablanca Finance City, dans le cadre d’un contrat stratégique de maintenance éolienne de long terme signé avec Énergie Éolienne du Maroc. Décryptage.
L’information tient en quelques lignes : Goldwind Science & Technology (coté à Hong Kong et Shenzhen) accorde une garantie financière de 29,4 millions de dollars à sa filiale marocaine, Goldwind Morocco, basée à Casablanca Finance City. Cette dernière vient de signer un contrat stratégique de maintenance éolienne de long terme avec Énergie Éolienne du Maroc. Sur le papier, une opération classique.
Dans les faits, elle révèle une nouvelle génération d’ancrage chinois sur le continent. Le Maroc, cette fois, sort du lot. Non pas par la taille du projet, mais par sa sophistication. Garantir une filiale locale, via un hub financier reconnu, pour un contrat de service à haute valeur ajoutée – voilà ce qui change la donne. Trois regards croisés pour en prendre la mesure.
« Pendant longtemps, l’entrée des entreprises chinoises en Afrique se faisait par les grands travaux : barrages, routes, mines. Aujourd’hui, Goldwind montre un autre visage. », estimde le Dr. Diallo Amadou Diallo, chercheur en relations sino-africaines. Selon lui, le choix de Casablanca Finance City n’est pas anodin. « La filiale est au Maroc, mais la garantie vient directement de la maison-mère cotée en Chine. Cela crée un pont financier entre Hong Kong, Shenzhen et Casablanca. Ce n’est plus du “fly-in, fly-out”. C’est de l’ancrage juridique et financier. »
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Il ajoute : « La Chine pose ses piliers financiers dans les hubs africains. Casablanca devance ainsi d’autres places comme Nairobi ou Johannesburg sur ce créneau des garanties croisées. » Le Maroc sort du lot, selon lui, parce qu’il offre une lisibilité réglementaire que peu de pays africains peuvent aligner.
Créée le 7 septembre 2023, Goldwind Morocco (SARL) est enregistrée à Casablanca Finance City avec un capital social de 10 000 dirhams. La société exerce dans l’importation, la distribution en gros, l’installation, la réparation et la maintenance d’équipements solaires, photovoltaïques et éoliens. Cette filiale est détenue indirectement à 100 % par Goldwind Science & Technology Co., Ltd. par l’intermédiaire de Goldwind International Holdings (Hong Kong).
Détails du deal
L’accord signé avec EEM ne détaille ni la localisation précise du parc éolien concerné, ni sa capacité installée, ni le nombre de turbines, ni le coût industriel global. Il se concentre exclusivement sur la couverture juridique et financière du contrat de maintenance, Goldwind Science & Technology Co. Ltd. assumant une garantie pouvant atteindre 0,47 % de ses actifs nets audités pour 2025.
Ce contrat s’inscrit dans le cadre d’une extension d’un accord plus vaste concernant la fourniture et l’installation d’équipements éoliens, que le groupe a signé fin 2025 pour un montant total supérieur à 190 millions d’euros. Cette évolution renforce la présence de Goldwind Science & Technology sur le marché marocain, d’autant plus que ses revenus enregistrés au Maroc au cours du premier trimestre 2026, s’élevant à 102,6 millions de yuans, ont dépassé ses revenus totaux réalisés sur l’ensemble de l’année 2025.
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Par ailleurs, ce qui frappe notre source, c’est le choix du véhicule : Casablanca Finance City. « Une filiale basée à CFC bénéficie d’un cadre juridique prévisible, de garanties de change et de conventions fiscales. Pour une société chinoise, c’est un sas idéal vers l’Afrique. La garantie donnée par la maison-mère cotée à Hong Kong et Shenzhen ajoute une couche de crédibilité. » Il note que ce type de montage est habituel en Europe ou en Asie, mais encore rare sur le continent africain. « D’ordinaire, les filiales locales sont laissées à elles-mêmes avec un capital minimal. Ici, le groupe chinois assume explicitement le risque. »
Une montée en puissance continue des investissements chinois
L’analyse chronologique des annonces d’investissements chinois au Maroc révèle une progression nette, tant en volume financier qu’en complexité industrielle. Le tournant majeur intervient en juin 2023, lorsque Gotion High Tech annonce un investissement colossal de 6,3 milliards de dollars pour la construction d’une méga-usine de batteries électriques. Par son ampleur, ce projet marque une rupture : il ne s’agit plus d’une simple unité d’assemblage, mais d’un maillon stratégique de l’écosystème mondial des véhicules électriques. L’année 2024 confirme cette dynamique.
En mars, Hunan Zhongke Shinzoom prévoit d’investir 500 millions de dollars dans une usine d’anodes pour batteries, un segment à forte valeur ajoutée et technologiquement sensible. Quelques mois plus tard, en juillet, un autre investissement chinois de 70 millions de dollars dans l’automobile est annoncé, suivi en août par un projet de 363 millions de dollars dans les batteries électriques. Cette concentration sectorielle n’est pas anodine : elle témoigne de la volonté chinoise de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement hors d’Asie, dans un contexte de tensions géopolitiques et de recomposition des flux industriels mondiaux. L’année 2025 s’inscrit dans la continuité. En février, Lingyun Industrial, équipementier automobile de rang mondial, annonce l’installation de deux usines au Maroc, renforçant la profondeur industrielle de l’écosystème automobile national. En juin dernier, Shandong Yongsheng Rubber dévoile son projet d’usine de pneus, confirmant l’attractivité du Maroc pour les industries de composants et de sous-systèmes.
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Rappelons que cette stratégie d’investissement au Maroc répond à plusieurs impératifs. Le premier est celui de la diversification géographique. Face aux tensions commerciales avec l’Occident, aux risques de sanctions et à la volonté européenne de relocaliser partiellement certaines chaînes de valeur, les groupes chinois cherchent des plateformes alternatives, politiquement stables et économiquement intégrées aux marchés occidentaux. Le Maroc offre précisément cette possibilité : produire localement pour exporter vers l’Europe, l’Afrique et au-delà, tout en contournant certaines barrières réglementaires ou perceptions négatives associées au « Made in China ».
Dans le secteur des batteries et des véhicules électriques, cet aspect est particulièrement stratégique, à l’heure où l’Union européenne renforce ses exigences en matière de contenu local et de durabilité. Par ailleurs, investir au Maroc permet aux entreprises chinoises de se positionner en amont de la transition énergétique mondiale, en sécurisant l’accès à des infrastructures industrielles compétitives, à une main-d’œuvre qualifiée et à un environnement favorable aux énergies renouvelables.