Xtract Resources, junior minière cotée sur l’AIM de la Bourse de Londres, a annoncé, mardi 2 juin, avoir obtenu le permis d’exploitation minière pour son projet d’antimoine d’Amghas auprès du gouvernement marocain. Cette avancée ouvre la voie au lancement de la production sur cet actif appelé à devenir l’un des rares fournisseurs connus de ce métal critique. On vous explique…
Xtract Resources – société cotée sur l’AIM, le marché des investisseurs alternatifs de la Bourse de Londres – a, en effet, officialisé une nouvelle qui n’a pas fait grand bruit dans les médias grand public, mais qui secoue les cercles spécialisés. La compagnie a obtenu, auprès du gouvernement marocain, le permis d’exploitation pour son projet d’antimoine d’Amghas. En clair : le gisement, situé dans une zone réputée pour son potentiel géologique, passe du statut de promesse à celui de future mine en activité. L’administration marocaine a délivré le sésame après des années de prospection et d’études de faisabilité. Pour Xtract Resources, c’est l’aboutissement d’un long cheminement. Pour le Maroc, c’est une nouvelle carte stratégique qu’il abat sur la table des matières premières critiques. Ce permis n’est pas un simple bout de papier administratif. Il ouvre la voie au lancement effectif de la production. Autrement dit, dans les mois – ou les quelques années – à venir, le site d’Amghas pourrait commencer à extraire et à traiter de l’antimoine. Une perspective qui place le royaume sur le radar des industriels, des armées et des géants de la technologi
L’antimoine, un métal critique que la Chine tient en coupe réglée
Pour comprendre l’importance de l’annonce, il faut d’abord rappeler ce qu’est l’antimoine. Ce métalloïde, souvent associé au plomb ou au cuivre dans les gisements, possède des caractéristiques rares : il est dur, cassant et surtout incombustible. Ajouté à d’autres métaux, il augmente leur résistance mécanique et leur confère une capacité à ne pas se déformer sous l’effet de la chaleur Ses usages sont multiples. On le retrouve dans les batteries plomb-acide, les alliages pour munitions, les blindages, les câbles, les semi-conducteurs, ou encore comme ignifugeant dans les plastiques et les textiles. Plus récemment, il est devenu incontournable dans certaines technologies de stockage d’énergie et dans les équipements de défense. Bref, sans antimoine, pas d’industrie lourde résiliente, pas d’électronique robuste, pas de sécurité incendie performante. Or, le marché mondial de l’antimoine est l’un des plus concentrés qui soit. La Chine en est le maître absolu.
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Selon les données des instituts géologiques internationaux, le pays assure plus de la moitié de l’extraction mondiale, et surtout près des trois quarts du raffinage. Les autres producteurs – Russie, Tadjikistan, Bolivie – sont soit des acteurs secondaires, soit des fournisseurs aux capacités limitées ou instables. Cette domination chinoise n’est pas anodine. Pékin a inscrit l’antimoine sur la liste des minéraux stratégiques dès 2016, instaurant des quotas à l’exportation et des contrôles stricts. L’objectif : garder la main sur ce métal essentiel pour ses propres industries de haute technologie et ses programmes militaires, tout en s’assurant un levier géopolitique puissant. Résultat, les pays occidentaux et émergents qui n’en produisent pas sur leur sol sont dépendants du bon vouloir de Pékin.
C’est précisément dans cette faille que le Maroc se positionne . En accordant un permis à Xtract Resources pour Amghas, Rabat envoie un signal clair : le royaume entend devenir une alternative crédible sur ce marché verrouillé.
Amghas: un projet qui sort de l’ombre
Le gisement d’Amghas, dans la région du Sud-Est marocain, n’a pas été découvert hier. Les géologues le connaissent depuis plusieurs décennies, mais sa mise en valeur a longtemps buté sur des contraintes techniques et financières. L’arrivée de Xtract Resources, une junior minière spécialisée dans la valorisation d’actifs « oubliés » ou sous-exploités, a changé la donne. Depuis son introduction sur le projet, la société londonienne a multiplié les campagnes de forage et les études métallurgiques. Selon les informations disponibles, la teneur du minerai d’Amghas serait prometteuse, avec une concentration en antimoine supérieure à la moyenne mondiale. Un atout majeur pour la rentabilité future de l’opération.
L’obtention du permis d’exploitation est la dernière étape administrative avant la construction de l’infrastructure minière. Il ne s’agit plus d’exploration, mais bien de passage à l’échelle industrielle. Xtract Resources a d’ailleurs annoncé qu’elle allait désormais se concentrer sur le financement et le développement de la mine, avec un objectif : devenir l’un des rares fournisseurs connus d’antimoine en dehors de la sphère chinoise.
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Cette précision – « l’un des rares fournisseurs connus » – est importante. Elle souligne la rareté des gisements d’antimoine de qualité économique ailleurs qu’en Chine. L’Australie, le Canada ou l’Europe disposent de ressources, mais souvent à des coûts d’extraction plus élevés ou dans des contextes réglementaires plus contraignants. Le Maroc, avec son environnement minier rodé et ses coûts compétitifs, a donc une carte à jouer.
Le Maroc, de la silice à l’antimoine : une stratégie de montée en gamme
Cette annonce intervient quelques semaines seulement après une autre nouvelle qui avait marqué les observateurs : le positionnement du Maroc sur la carte du marché du polysilicium. Ce matériau, utilisé dans la fabrication des panneaux solaires et des puces électroniques, est lui aussi sous forte emprise chinoise. Et là encore, Rabat a pris des initiatives pour développer une capacité locale de production, attirant des investisseurs et signant des partenariats technologiques. La concomitance des deux dossiers n’est pas un hasard. Elle révèle une stratégie cohérente du royaume : ne plus se contenter d’être un fournisseur de phosphates – où il est déjà leader mondial –, mais monter en gamme sur d’autres métaux et minéraux industriels stratégiques. L’objectif est double : sécuriser ses propres chaînes d’approvisionnement pour son industrie naissante (automobile, aéronautique, énergies renouvelables), et s’imposer comme un hub régional – voire global – pour des matières premières critiques. Ce virage intervient dans un contexte international tendu. Les guerres commerciales, les sanctions et les tensions géopolitiques ont rappelé aux pays occidentaux leur dépendance excessive à la Chine pour une vingtaine de métaux rares.
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Les États-Unis, l’Union européenne et le Japon ont tous publié ces dernières années des listes de « minéraux critiques », et l’antimoine y figure en bonne place. Chaque pays cherche aujourd’hui à diversifier ses sources d’approvisionnement, quitte à aller chercher des partenaires inattendus. Le Maroc, stable politiquement, doté d’infrastructures portuaires modernes (Tanger Med, Casablanca), et lié par des accords de libre-échange avec les États-Unis et l’UE, remplit toutes les cases. De plus, sa proximité géographique avec l’Europe – moins de quinze heures de bateau depuis Tanger vers le sud de l’Espagne – réduit les coûts logistiques et les délais.
Les défis qui restent à relever
Ne nous emballons pas trop vite. L’obtention du permis est une étape cruciale, mais la route est encore longue entre la paperasse et la production effective. Xtract Resources est une junior minière, c’est-à-dire une petite société qui ne dispose pas des milliards des géants du secteur. Elle va devoir lever des fonds pour financer le développement de la mine, construire les infrastructures de traitement du minerai, recruter la main-d’œuvre spécialisée, et se conformer aux normes environnementales et sociales.
La question environnementale est d’ailleurs centrale. L’extraction et la métallurgie de l’antimoine génèrent des poussières et des résidus potentiellement toxiques. Le Maroc a renforcé sa législation minière ces dernières années, mais la pression des ONG et des communautés locales pourrait ralentir le projet si les précautions ne sont pas prises. Xtract Resources devra démontrer sa capacité à exploiter le gisement de manière propre – un défi technique et financier, surtout pour un petit acteur.
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Autre inconnue : l’évolution du marché mondial. Si la Chine décidait brusquement d’inonder le marché pour casser les prix et décourager les nouveaux entrants, Amghas pourrait devenir économiquement non viable. Les juniors minières sont particulièrement vulnérables aux guerres de prix. Le gouvernement marocain, conscient de ce risque, pourrait être amené à soutenir le projet via des garanties ou des achats publics – une pratique courante dans les pays qui veulent sécuriser leurs approvisionnements stratégiques.Enfin, il y a la dimension temporelle. Même dans un scénario optimiste, il faudra compter trois à cinq ans avant que la mine d’Amghas n’atteigne sa pleine capacité. D’ici là, la domination chinoise restera écrasante. Le Maroc ne va pas renverser la table du jour au lendemain. Mais il plante un jalon. Et dans le monde des métaux critiques, chaque jalon compte.