Spécialisé dans le conseil financier notamment les opérations d’introduction en bourse, le groupe égyptien Zilla Capital envisage d’entrer sur le marché marocain le second semestre de 2026. Analyse de cette opération
La Bourse de Casablanca amorce un retour stratégique dans le radar des acteurs régionaux du conseil financier. Cette relance du secteur intervient dans un contexte où la bourse a fait une excellente performance en 2025 : la capitalisation de la Bourse a dépassé le seuil symbolique des 1 000 milliards de dirhams, tandis que le MASI — l’indice principal — a enregistré une progression notable, signe d’une confiance nourrie par une croissance économique solide et un regain d’intérêt des investisseurs, notamment particuliers. C’est dans ce prisme qu’intervient l’annonce de l’arrivée prochaine du groupe égyptien Zilla Capital sur le marché marocain, prévue pour le second semestre 2026. L’annonce a été faite par Mustafa Al-Shaniti, associé gérant et responsable des services bancaires d’investissement de Zilla Capital le 28 Janvier dans la presse égyptienne, notamment par le média Zawya Brief.
« L’attention se déplace vers le marché marocain, à la faveur des projets structurants attendus dans les années à venir » a souligné Al-Shaniti. Le choix du Maroc s’inscrit dans un timing précis. Le Royaume entre dans un cycle d’investissements lourds, porté par des projets d’infrastructures, de transition énergétique et de modernisation urbaine, à l’horizon de la Coupe du monde 2030. Ces dynamiques renforcent le rôle attendu du marché des capitaux comme outil de financement de long terme. « Le Maroc figure parmi les marchés identifiés pour une implantation prochaine, avec un lancement attendu au second semestre 2026 ».
Fondé au Caire en 2018, Zilla Capital s’est rapidement imposé comme un acteur de référence dans le conseil financier, en particulier dans les opérations d’introduction en bourse (IPO), de fusions-acquisitions et de structuration de levées de fonds. Présent aujourd’hui en Égypte, aux Émirats arabes unis et au Kenya, le groupe affiche clairement son ambition panafricaine et régionale, avec des projets d’expansion en Arabie saoudite et désormais au Maroc. Le groupe appartient à cette nouvelle génération de banques d’investissement issues des marchés émergents, capables d’opérer à l’interface entre capital régional et opportunités africaines. Le groupe s’est spécialisé dans l’accompagnement stratégique des entreprises privées et cotées, avec un accent particulier sur les introductions en bourse, les augmentations de capital, les restructurations financières et les opérations de croissance externe.
Une approche régionale
Selon les informations communiquées par le groupe, Zilla Capital a conseillé des transactions représentant plusieurs milliards de dollars dans des secteurs variés tels que la santé, l’éducation, l’agro-industrie et les services financiers. Cette diversification sectorielle lui permet de s’adapter à des marchés où les besoins de financement sont souvent hétérogènes, mais structurellement orientés vers la croissance. Il faut d’ailleurs souligner que l’approche de ce groupe est quand même singulière. Contrairement aux grandes banques d’investissement internationales, Zilla Capital revendique une approche régionale, fondée sur une compréhension fine des réalités réglementaires, culturelles et économiques des marchés africains et moyen-orientaux. Cette proximité constitue un avantage compétitif majeur sur des places comme Casablanca, où les entreprises cherchent des conseils capables de conjuguer standards internationaux et connaissance du tissu économique local.
Plusieurs analyses sectorielles considèrent que la relance du marché primaire constitue aujourd’hui un enjeu stratégique pour l’économie marocaine, dans un contexte de limitation des marges budgétaires et de volonté de mobiliser l’épargne privée vers l’investissement productif. Les entreprises marocaines, notamment dans l’industrie, l’énergie, les infrastructures et les services, sont de plus en plus incitées à explorer les mécanismes de financement via le marché des capitaux. « Dans cette perspective, l’arrivée d’un acteur étranger spécialisé dans les IPO et le conseil financier avancé pourrait jouer un rôle catalyseur. Il faut d’ailleurs noter que la firme opère déjà au Kenya, où elle gère des transactions stratégiques, et a facilité des investissements comme celui d’AfricInvest dans The British University in Egypt (bien qu’égyptien, cela illustre ses liens panafricains).
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En Égypte (Afrique du Nord), elle domine avec des IPO prévues en logistique et industrie, et vise 3 milliards EGP d’actifs sous gestion. Aux EAU, Zilla Capital a réalisé 4 deals M&A dans le Golfe, ciblant sukuk, obligations et prêts immobiliers/touristiques. En Arabie saoudite, les licences sont attendues fin Q1 2026, avec un objectif de 100 millions USD d’actifs sous gestion, focalisé sur le segment obligataire. Cette stratégie consolide son hub MENA depuis l’Égypte vers le Golfe », nous confie Adil Hlimi, consultant marché des capitaux.
Pourquoi le marché marocain ?
« Le marché marocain est devenu un marché stratégique pour un grand nombre d’acteurs du Private Equity et de la gestion d’actifs internationaux. Ce marché offre une profondeur importante idéale pour les fonds de Private Equity. La dynamique récente des IPO, remet fortement la bourse de Casablanca dans les radars », explique l’expert. Pour Zilla Capital, le Maroc offre plusieurs avantages comparatifs : une stabilité politique relative, un cadre réglementaire jugé prévisible, une proximité avec l’Europe et une ouverture croissante vers l’Afrique de l’Ouest.
Ces éléments renforcent l’attractivité de Casablanca comme base régionale pour structurer des opérations transfrontalières. « Du point de vue marocain, cette arrivée s’inscrit dans une dynamique plus large d’internationalisation de la place financière. Elle contribue à diversifier les profils d’acteurs présents sur le marché et à renforcer la crédibilité de la Bourse de Casablanca auprès des investisseurs institutionnels étrangers », déclare Hlimi.« Elle pourrait faciliter l’accès des entreprises marocaines à des investisseurs régionaux, notamment du Moyen-Orient, souvent en quête d’opportunités africaines mais encore peu exposés au marché marocain », poursuit l’expert.
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A ce jour, après nos investigations, aucun détail public n’indique l’obtention formelle d’une licence délivrée par l’AMMC à Zilla Capital. Dans les détails, il faut tout de même préciser que c’est l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) et le Ministère des Finances qui supervisent le processus d’agrément pour les banques d’investissement ou sociétés de bourse étrangères. Selon les informations sur le site de l’AMMC, pour opérer comme société de bourse ou intermédiaire (monopole sur l’intermédiation boursière), l’agrément est délivré par le Ministre des Finances sur avis de l’AMMC, après vérification de conditions strictes : capital minimum (1,5 à 5 millions DH selon activités), honorabilité des dirigeants, garanties financières et absence de conflits d’intérêts. Le processus inclut une phase pré-demande (création de compte sur plateforme digitale AMMC), dépôt de dossier complet (statuts, business plan, ressources), examen (délai légal de 6 mois max), et publication au Bulletin Officiel si accord ; refus motivé possible.