Donald Trump retire les États-Unis de 66 accords internationaux. Un retour assumé de la doctrine Monroe dans certaines régions, une Pax Americana teintée d’intérêts économiques… À quelques mois des élections de mi-mandat de novembre 2026, à quoi faut-il s’attendre ?
Les premières heures de 2026 confirment ce que beaucoup redoutaient : le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche chamboule le monde. La primauté absolue des intérêts américains, redéfinis de manière étroite, transactionnelle et souverainiste. Récemment, le retrait des États-Unis de 66 accords internationaux, annoncé dès les premiers mois de ce nouveau mandat, marque un tournant brutal dans la diplomatie américaine contemporaine. Ce chiffre, inédit par son ampleur, ne traduit pas seulement une défiance à l’égard du multilatéralisme ; il révèle une recomposition profonde de la place des États-Unis dans l’ordre mondial.
Du climat au commerce, des engagements sécuritaires aux cadres de coopération régionale, Washington semble désormais privilégier une diplomatie bilatérale dure, souvent conditionnelle, parfois coercitive. À travers cette stratégie, Trump ressuscite des fondamentaux idéologiques anciens — la doctrine Monroe, l’isolationnisme sélectif, la logique impériale d’influence — tout en les adaptant aux réalités du XXIᵉ siècle : guerre économique, rivalités technologiques, fragmentation géopolitique et montée en puissance du Sud global. Mais derrière cette posture de retrait apparent se cache une autre réalité : celle d’une Pax Americana revisitée, moins normative, moins universaliste, mais profondément arrimée aux intérêts économiques et industriels américains. Les alliances ne disparaissent pas ; elles se redéfinissent. Les institutions ne sont pas abolies ; elles sont contournées. L’ordre libéral international, déjà fragilisé, entre dans une zone de turbulence accélérée. À quelques mois des élections de mi-mandat de novembre 2026, cette séquence diplomatique pose une question centrale : s’agit-il d’un pari politique interne, destiné à consolider une base électorale nationaliste, ou d’une transformation durable de la stratégie américaine ?
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Contacté par Challenge l’experte en relation internationale Yasmina Asrarguis déclare : « Sous les premières lueurs de 2026, l’Amérique de Donald Trump semble poursuivre une mue civilisationnelle plus qu’une simple inflexion politique. En se retirant de 66 accords internationaux, le président ne fait pas que réaffirmer la centralité des intérêts américains : il délie les États-Unis d’un ordre multilatéral qu’ils avaient contribué à façonner, au profit d’une logique bilatérale, transactionnelle, et souvent directe ».
Un désengagement stratégique ?
« L’administration Trump a jugé ces institutions redondantes, mal gérées, inutiles, coûteuses, inefficaces, instrumentalisées par des acteurs poursuivant des objectifs contraires aux nôtres, ou menaçant la souveraineté, les libertés et la prospérité générale de notre nation », a déclaré le département d’Etat dans un communiqué.
Rappelons que l’administration avait déjà suspendu son soutien à des agences telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Bureau de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et l’Unesco, adoptant ainsi une approche plus sélective de sa contribution à l’ONU. « Cette approche marque une rupture nette avec la tradition wilsonienne et même avec le pragmatisme réaliste des administrations précédentes. Là où Washington utilisait le multilatéralisme comme un levier d’influence, Trump le considère comme un coût », nous confie une de nos sources.
Doctrine Monroe 2.0 : l’hémisphère occidental comme zone d’influence prioritaire
Le retour assumé de la doctrine Monroe constitue l’un des marqueurs idéologiques les plus forts de ce début de mandat. L’Amérique latine et les Caraïbes redeviennent une zone d’intérêt stratégique direct, où toute présence concurrente — chinoise, russe ou iranienne — est perçue comme une menace. Cette lecture hémisphérique s’accompagne d’un durcissement des positions sur les flux migratoires, les investissements étrangers et les coopérations sécuritaires. Les États-Unis n’hésitent plus à conditionner leur aide économique ou militaire à des alignements politiques explicites. Là encore, la logique est transactionnelle : protection contre loyauté, accès au marché contre alignement stratégique. Cette doctrine Monroe revisitée n’est toutefois pas exempte de contradictions. Elle suppose un engagement accru dans une région que Washington avait progressivement reléguée au second plan, tout en réduisant ses moyens diplomatiques globaux.
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Elle expose aussi les États-Unis à une résistance croissante de sociétés latino-américaines de plus en plus sensibles aux discours de souveraineté. Par ailleurs, contrairement aux apparences, les États-Unis ne se retirent pas du monde ; ils y restent, mais autrement. « La nouvelle Pax Americana se construit autour de chaînes de valeur, de contrôle technologique et de domination financière. Le dollar, les sanctions extraterritoriales, la maîtrise des semi-conducteurs et de l’énergie deviennent les véritables instruments de puissance », explique une note de la Fondation Jean-Jaurès.
Pour les pays du Sud global, cette reconfiguration est ambivalente. D’un côté, elle affaiblit les cadres multilatéraux qui leur permettaient de peser collectivement. De l’autre, elle ouvre des marges de manœuvre nouvelles, dans un monde plus fragmenté, où la diversification des partenariats devient une stratégie de survie. « Ce repli sélectif s’apparente moins à un isolement qu’à une redéfinition du rôle impérial : une Pax Americana sans tutelle, où l’hégémonie se monnaie plus qu’elle ne se partage. La doctrine Monroe, convoquée en creux, ne vise plus uniquement l’Amérique latine : elle irrigue désormais le regard porté sur l’Europe, l’OTAN ou même le Moyen-Orient », précise l’experte.
Les élections de mi-mandat de 2026 : un facteur de radicalisation ?
À l’approche des élections de novembre 2026, la politique étrangère de Trump devient aussi un outil de politique intérieure. Le retrait des accords, la fermeté diplomatique et la rhétorique de puissance parlent directement à une base électorale mobilisée par le sentiment de déclin et de déclassement. Toutefois, cette stratégie comporte des risques. Une dégradation économique liée à des tensions commerciales, une crise internationale mal maîtrisée ou un isolement excessif pourraient se retourner contre l’exécutif.
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Le Congrès, selon sa configuration post-mi-mandat, pourrait également freiner certaines initiatives, notamment en matière budgétaire et sécuritaire. « À l’approche des élections de mi-mandat, il s’agit d’une dramaturgie électorale autant que d’un projet géopolitique : donner à l’Amérique le visage d’une puissance qui ne doute plus d’elle-même, quitte à fracturer davantage le système international. Reste à savoir si cette stratégie du désengagement maîtrisé renforcera durablement l’autorité de Washington, ou précipitera, au contraire, son effritement silencieux », prévient Asraguis.