À l’occasion de la Coupe d’Afrique des nations au Maroc, la mémoire des Lions de l’Atlas refait surface. À travers une série spéciale diffusée sur MFM Radio, le journaliste sportif Karim Idbihi replonge dans plus d’un demi-siècle d’histoire de la sélection nationale en Coupe d’Afrique des Nations. De la première participation en 1972 au Cameroun au sacre fondateur de 1976 à Addis-Abeba, des désillusions aux générations dorées, il déroule un récit fait de gloires, de regrets et de figures mythiques. Un retour aux sources qui éclaire le présent, alors que le Maroc nourrit l’ambition assumée de renouer avec son histoire et, peut-être, de décrocher enfin un deuxième sacre continental à domicile.
Challenge : À l’approche de la CAN que le Maroc s’apprête à accueillir, MFM Radio propose une série spéciale consacrée à la mémoire des Lions de l’Atlas. Quel est l’esprit de ce rendez-vous ?
Karim Idbihi : L’idée est d’accompagner cet événement majeur en replongeant dans l’histoire de la sélection nationale en Coupe d’Afrique des Nations. C’est une histoire longue, parfois étrange, faite de gloires et de désillusions, mais surtout de souvenirs forts, d’anecdotes et de moments partagés avec de grands joueurs qui ont marqué cette compétition.
Challenge : Cette rétrospective débute en 1972. Pourquoi cette date est-elle si symbolique ?
K. I. : 1972 correspond à la première participation du Maroc à la CAN, au Cameroun. Elle intervient juste après la Coupe du monde 1970 au Mexique, où le Maroc devient la première sélection arabo-africaine à disputer un Mondial après la Seconde Guerre mondiale. Il y avait une immense euphorie, mais sur le plan africain, le parcours s’arrête dès le premier tour, avec trois matchs nuls. Une entrée en matière frustrante, suivie d’une non-qualification en 1974.
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Challenge : 1976 reste toutefois gravée dans la mémoire collective…
K. I. : C’est évidemment l’apogée. Le seul sacre africain du Maroc, remporté à Addis-Abeba, dans un format particulier, sans phases à élimination directe. Le match décisif face à la Guinée est devenu mythique. Le Maroc n’avait besoin que d’un nul, alors que la Guinée devait absolument gagner.
Challenge : Le rôle d’Ahmed Faras est souvent présenté comme déterminant…
K. I. : Il l’a été. Faras était bien plus qu’un capitaine, presque un second entraîneur aux côtés de Mardarescu. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il a disputé ce tournoi alors qu’il était malade, atteint de la typhoïde. Malgré cela, sa présence galvanisait l’équipe. Sur l’action du but décisif, il reçoit le ballon de Chrif et sert Vava, auteur d’une frappe historique qui offre au Maroc son unique titre continental.
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Challenge : Vous rendez également hommage aux héros de 1976…
K. I. : Ce sont les véritables soldats de l’histoire. Certains nous ont quittés, comme Hamid Hezzaz, Mehdi Mellouk, Abdellah Semmat, Redouane El Kazzar Tazi, Abdelali Zahraoui, Ahmed Faras ou Abdelmjid Dolmy. D’autres sont toujours parmi nous. Ce sont des noms qu’il faut transmettre aux nouvelles générations.
Challenge : Après ce sacre, le Maroc connaît des périodes plus difficiles…
K. I. : Oui, avec notamment l’élimination douloureuse de 1978 à Kumasi. En 1980, au Nigeria, une nouvelle équipe émerge sous la direction de Fontaine. Ce groupe jeune termine troisième et pose les bases de la génération qui brillera au Mondial 1986 au Mexique.
Challenge : Une génération qui va durer…
K. I. : Exactement. Elle remporte l’or aux Jeux méditerranéens de 1983 à Casablanca, atteint les demi-finales des CAN 1986 et 1988, puis le Maroc retrouve une finale en 2004 en Tunisie, sous la direction de Zaki Badou, malgré un contexte très particulier.
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Challenge : Quel regard portez-vous sur la sélection actuelle ?
K. I. : Je me méfie toujours des comparaisons entre générations. Chaque époque a ses hommes. Aujourd’hui, le Maroc dispose de joueurs de très haut niveau, évoluant dans les plus grands clubs européens. Hakimi, Aguerd et d’autres incarnent cette nouvelle ère. Le sélectionneur a un véritable embarras du choix.
Challenge : Peut-on rêver d’un deuxième sacre continental à domicile ?
K. I. : L’espoir est réel. Le contexte est favorable : un pays hôte, un public acquis, des infrastructures modernes et un groupe talentueux. À titre personnel et professionnel, j’espère sincèrement que le Maroc soulèvera à nouveau la Coupe d’Afrique.