Le Maroc continue d’attirer l’attention des investisseurs internationaux. L’intérêt manifesté par la société canadienne Trigon Metals pour l’identification de nouveaux gisements s’inscrit dans cette dynamique. Porté par un potentiel géologique encore largement sous-exploré, un cadre réglementaire en amélioration et une stabilité politique reconnue, le Royaume confirme sa place parmi les juridictions minières les plus attractives d’Afrique, comme le souligne le dernier rapport du Fraser Institute.
Le Maroc confirme son statut de territoire stratégique pour l’exploration minière en Afrique. L’annonce récente de l’intérêt de la société canadienne Trigon Metals pour l’identification de nouveaux gisements dans le Royaume illustre cette dynamique. Dans un contexte international marqué par une demande croissante en métaux stratégiques et par la réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, le Maroc apparaît comme une juridiction stable, dotée d’un cadre réglementaire clair et d’un potentiel géologique encore largement sous-exploré.
Cette attractivité s’explique notamment par la présence d’importantes ressources minières, parmi lesquelles l’argent occupe une place particulière. Le Royaume figure parmi les producteurs significatifs sur le continent africain, grâce à plusieurs gisements historiques qui continuent d’alimenter l’industrie extractive nationale. Des mines emblématiques comme celles exploitées par le groupe Aya Gold & Silver ou par la société marocaine Managem illustrent la vitalité du secteur. À cela s’ajoute un environnement d’investissement relativement sécurisé, qui distingue le Maroc dans un paysage africain souvent perçu comme risqué par les investisseurs internationaux.
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L’intérêt de Trigon Metals s’inscrit ainsi dans une tendance plus large : celle d’un regain d’attention des groupes miniers pour le sous-sol marocain. Cette dynamique est également confirmée par les analyses internationales, notamment celles du Fraser Institute, dont le rapport annuel sur l’attractivité des juridictions minières place régulièrement le Maroc parmi les destinations africaines les plus prometteuses pour l’exploration et l’investissement.
Le Maroc qui a progressé de 4,27 points portant son score à 78,97 le classant au 15e rang sur 68 pays classés. Ce gain est le fruit de l’amélioration de son potentiel minier (+2,73 points) et de son indice PPI (+6,59 points). Malgré les gains, les investisseurs ont «exprimé une inquiétude croissante concernant la base de données géologiques du pays (+15 points), le système juridique (+13 points) et l’incertitude quant à l’application de la réglementation en vigueur (+12 points)».
Un potentiel largement sous-exploré
Historiquement, l’économie extractive du pays s’est construite autour du phosphate. Mais au-delà de cette ressource stratégique, le sous-sol marocain recèle une grande diversité de métaux : argent, cuivre, cobalt, zinc, plomb ou encore manganèse.
Dans le domaine spécifique de l’argent, le Royaume possède plusieurs gisements importants qui contribuent à sa réputation dans le secteur. La mine de Zgounder, exploitée par Aya Gold & Silver dans la région du Souss-Massa, est aujourd’hui l’un des projets argentifères les plus dynamiques d’Afrique. Grâce à l’expansion de ses capacités de production et à l’amélioration des infrastructures minières, ce site a permis au Maroc de consolider sa place dans la production mondiale d’argent. Cependant, malgré cette tradition, une grande partie du potentiel géologique du pays demeure encore insuffisamment explorée.
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Les experts estiment que de vastes zones du territoire marocain pourraient contenir d’importants gisements encore non découverts. C’est précisément cette perspective qui attire les compagnies. Dans une note publiée en juillet dernier, Trigon annonçait déjà un budget initial de 350 000 USD pour l’exploration à Addana. Le programme d’exploration lancé prévoit 12 forages au diamant totalisant 2 100 mètres.
D’après Hicham Kasraoui, expert à l’Institut Marocain d’Intelligence Stratégique (IMIS), l’exploitation, pour l’or comme pour tout autre minerai, doit tenir compte de plusieurs enjeux:
• planification : d’une part pour s’assurer de l’alignement des projets aux objectifs de souveraineté minérale nationale, et d’autre part pour s’assurer de leur alignement aux stratégies de développement socio-économique des territoires concernés
• valorisation : pour s’assurer que l’écosystème aurifère du Maroc est capable de s’imposer sur les maillons à plus forte valeur ajoutée de la chaîne industrielle
• durabilité : notamment en termes de préservation de la rareté de la ressource hydrique essentielle pour ces exploitations mais également pour tenir compte des impacts des complexes miniers sur les écosystèmes et la biodiversité locales.
Un cadre réglementaire jugé favorable par les investisseurs
L’un des éléments déterminants de l’attractivité minière du Maroc réside dans la qualité de son environnement réglementaire. Les investisseurs internationaux accordent une attention particulière à la stabilité juridique, à la transparence administrative et à la fiscalité appliquée aux projets miniers. Dans ce domaine, le Maroc bénéficie d’une réputation relativement positive. Le code minier révisé au cours de la dernière décennie a introduit plusieurs mesures visant à faciliter l’accès aux permis d’exploration et à améliorer la sécurité juridique des investisseurs.
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Le rapport annuel du Fraser Institute, référence mondiale pour l’évaluation des juridictions minières, souligne régulièrement ces progrès. Dans son classement, le Maroc figure parmi les pays africains les mieux positionnés en matière d’attractivité pour l’exploration. Le rapport met notamment en avant la stabilité politique du pays, la qualité de ses infrastructures et la clarté de son cadre réglementaire.
Cette position contraste avec celle de plusieurs pays du continent où l’instabilité politique, l’insécurité ou les changements fréquents de législation constituent des obstacles majeurs à l’investissement. « Plutôt que de miser uniquement sur la taille de ses gisements, le Royaume cherche à se positionner comme une juridiction stable et prévisible, capable d’offrir un environnement d’affaires fiable. Cette stratégie semble porter ses fruits », nous confie une de nos sources.
Un secteur stratégique pour la diversification économique
Au-delà des enjeux liés à l’exploration, le développement du secteur minier s’inscrit également dans la stratégie de diversification économique du Maroc. Longtemps dominée par le phosphate, l’industrie extractive nationale cherche aujourd’hui à élargir son portefeuille de ressources afin de renforcer la contribution du secteur à la croissance économique. Les métaux précieux et les métaux industriels représentent à cet égard un levier important. L’argent, le cuivre ou encore le cobalt sont des ressources de plus en plus recherchées dans l’économie mondiale, notamment en raison de la transition énergétique et du développement des technologies vertes.
Pour le Maroc, attirer des investisseurs internationaux capables de financer l’exploration et le développement de nouveaux gisements constitue donc un enjeu stratégique. Chaque découverte potentielle peut se traduire par la création d’emplois, par l’augmentation des exportations et par le renforcement de l’écosystème industriel lié aux mines.