C’était attendu depuis quelques mois. Le ministre de l’Intérieur vient d’annoncer les couleurs de la réforme à venir dans le secteur du transport par taxi. En effet, la refonte de cette activité sous tension était déjà dans le viseur de la tutelle. On vous explique.
Dans l’un de nos articles sur le sujet, en mai dernier, nous abordions déjà la question de la réforme du secteur. Il faut croire que la machine est en marche. « Le ministère de l’Intérieur a lancé, au cours de cette année, une étude stratégique approfondie visant à identifier et diagnostiquer les dysfonctionnements du secteur du transport par taxis, et à présenter des propositions à même de les dépasser pour organiser le secteur », a indiqué, lundi à Rabat, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, en réponse à une question orale à la Chambre des représentants.
Selon le ministre, après l’achèvement du diagnostic de la situation et de l’étude des expériences internationales, les experts s’emploieront à définir les scénarios et recommandations susceptibles d’être adoptés pour la réforme du secteur des taxis au Maroc. Rappelons que, dans le secteur des bus, la réforme est déjà activée, a prévenu le ministre. « Ce vaste chantier a franchi des étapes importantes. Six villes marocaines ont déjà bénéficié de la livraison de nouveaux bus de dernière génération, conçus pour répondre aux attentes des citoyens en matière de qualité, de sécurité et de service.
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Cette expérience pilote, jugée concluante, sera généralisée à l’ensemble des villes du Maroc », a-t-il précisé. À l’aune de la Coupe d’Afrique et du Mondial, la dynamique de la réforme semble passer à une autre dimension. L’enjeu de cette réforme du secteur du transport repose sur des axes fondamentaux destinés à améliorer l’organisation et la régulation du secteur, à promouvoir le professionnalisme des chauffeurs et à rehausser la qualité des services, notamment ceux des taxis, tout en intégrant des technologies avancées et des méthodes de gestion modernes.
L’heure de la réforme ?
À l’issue de l’étude en cours sur le secteur du transport par taxis, les résultats seront communiqués aux professionnels avant toute mise en œuvre des recommandations. Le ministre de l’Intérieur a rappelé que le parc national compte près de 77 200 taxis, dont 44 650 grands taxis et 32 550 petits taxis, un secteur qui fait vivre environ 180 000 chauffeurs à travers le pays. Ces dernières années, les autorités provinciales, en coordination avec les services centraux du ministère, ont engagé une série de réformes inscrites dans une feuille de route intégrée visant à renforcer l’organisation et la régulation du secteur.
Celle-ci prévoit notamment l’actualisation du cadre réglementaire encadrant les autorisations, les caractéristiques des véhicules et les conditions d’exploitation, ainsi qu’un resserrement des critères pour consacrer le professionnalisme, en limitant l’accès aux autorisations aux seuls chauffeurs professionnels. La modernisation du parc constitue un autre axe clé de cette réforme.
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Grâce au programme de soutien au renouvellement, près de 80 % des taxis ont été remplacés, ramenant l’âge moyen des véhicules de 25 à 8 ans. L’étude s’intéresse enfin à l’amélioration de la qualité du service, à travers un renforcement des contrôles, le respect des tarifs réglementés et la lutte contre les pratiques illégales ou contraires à l’éthique professionnelle. Pour l’expert en tourisme Zoubir Bouhoute : « On doit exiger des chauffeurs, au minimum, un diplôme deux ans après le bac et un certificat attestant que le chauffeur maîtrise au moins le français, sinon l’anglais ou l’espagnol. Cela permettra de préparer le Maroc pour la Coupe du monde 2030. » Et d’ajouter : « Il ne faut pas seulement moderniser le parc automobile des taxis, il faut aussi moderniser les chauffeurs en permettant aux jeunes d’accéder à ce métier en valorisant cette profession. »
Quid des VTC ?
Ils sont aujourd’hui nombreux, ces citadins, à préférer les VTC aux taxis. Là où, par exemple, les taximen ont une tarification à respecter et ne peuvent pas dépasser les limites géographiques imposées, les chauffeurs VTC, quant à eux, sont libres de se déplacer en dehors du périmètre urbain ou d’effectuer des déplacements inter-villes. « Je pense qu’il devient impérieux de trancher le sujet épineux du secteur des taxis dans notre pays. Ces derniers ont historiquement bénéficié d’un monopole de fait dans le transport urbain et périurbain des voyageurs, mais le secteur a été révolutionné, à travers le monde, par diverses applications proposant des avantages non négligeables, tels que la possibilité de réserver en ligne son trajet et de bénéficier d’une certaine qualité de service », explique l’économiste Hicham Alaoui.
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Et de préciser: « Aujourd’hui, ces opérateurs offrent un service de mobilité qui semble différent des modes de transport classiques ». Yassir, un opérateur VTC marocain, se distingue notamment en proposant des réductions aux usagers allant parfois jusqu’à 50 % sur la première course. Il a également été observé que, dans de nombreux cas, ces chauffeurs fidélisent leur clientèle en contournant parfois l’application, en se proposant pour effectuer différentes courses urbaines ou périurbaines.
Toutefois, il convient de souligner que, malgré cet engouement, le secteur connaît plusieurs freins à son développement. Dans cette niche des VTC, certains acteurs sont en train de devenir un fardeau pour les citoyens. Certains conducteurs particuliers, aux heures de pointe, s’adonnent à une spéculation sans limite qui, sous prétexte de la rareté des taxis rouges, fait exploser le budget transport des usagers. Pour une course moyenne de 40 dirhams, certains peuvent se retrouver à payer le double, voire le triple.
Avec InDrive, il n’est pas rare de constater des pratiques de spéculation abusive aux heures de pointe, avec des tarifs multipliés par deux, voire par trois. De plus, certains conducteurs n’hésitent pas à faire de fausses annonces sur le type de véhicule proposé, en fonction du prix de la course. Ainsi, pour une course dite « confort », plus chère et destinée à un standard haut de gamme, l’usager peut se retrouver avec un véhicule de catégorie standard. Dès lors, bien que l’émergence de ces acteurs facilite aujourd’hui, dans une certaine mesure, la mobilité urbaine, il apparaît indispensable, à l’instar du transport par taxis, de définir un cadre réglementaire adéquat afin d’encadrer et de réguler ce secteur en devenir.