Le marché marocain de la livraison entre dans une nouvelle phase, portée par l’essor du e-commerce et la digitalisation des usages. Pour Omar Alami, CEO d’ORA Technologies, qui développe notamment Kooul, Cathedis, ORA Cash et Babaa, l’enjeu dépasse désormais la course aux volumes : il s’agit de construire un modèle économiquement viable et de faire émerger des acteurs technologiques marocains capables de s’imposer à l’échelle régionale. Entre maîtrise des coûts, optimisation logistique, fidélisation et investissement dans l’IA, le groupe entend faire de la livraison un maillon d’un écosystème digital intégré.
1. Comment se porte aujourd’hui le marché marocain de la livraison et quelles sont ses principales perspectives de croissance ?
Le marché marocain de la livraison est encore jeune, mais il a déjà profondément changé les habitudes des consommateurs et des commerçants. Nous sommes convaincus que nous sommes encore au début de cette transformation. Chez ORA Technologies, nous avons choisi de construire un écosystème technologique marocain capable de répondre à plusieurs dimensions de cette économie digitale : Kooul pour le food delivery, Cathedis pour la logistique et le dernier kilomètre du ecommerce, ORA Cash pour digitaliser la collecte de cash émanant des livraisons, et Babaa pour constituer une communauté de paiement résultant de nos livraisons.
Notre vision est celle d’un « E-Morocco for everyone » : créer des entreprises technologiques marocaines capables de servir le marché local, mais aussi de construire progressivement des champions régionaux.
2. Quels sont les principaux facteurs qui pèsent actuellement sur les coûts des opérateurs de livraison au Maroc ?
La livraison est avant tout un métier d’exécution. Les principaux postes de coûts sont naturellement liés aux ressources humaines, à la flotte, au carburant, à la maintenance et à la technologie. Mais je pense qu’il faut surtout regarder la question sous l’angle de l’efficacité économique globale. Une entreprise de livraison ne peut pas simplement imposer des commissions élevées pour absorber ses coûts : elle risque alors de pénaliser les restaurants et les consommateurs. Chez Kooul, nous avons fait le choix de travailler sur une équation économique juste et équitable : une commission restaurant limitée à 10%, une rémunération attractive des livreurs et des prix de repas extrêmement compétitifs pour le consommateur. C’est précisément cette recherche d’équilibre qui doit permettre de construire un modèle durable.
3. Dans quelle mesure l’essor du e-commerce et la transformation digitale des entreprises soutiennent-ils encore la croissance du secteur?
Ils constituent un moteur structurel de croissance. Le consommateur marocain adopte rapidement de nouveaux usages digitaux, mais la transformation ne concerne pas uniquement le consommateur : les commerçants, les restaurants, les PME et les entreprises marocaines se digitalisent également. C’est là que le modèle ORA prend tout son sens. Nous voulons progressivement bâtir un écosystème technologique marocain intégré, dans lequel le commerce, le paiement, la livraison, la logistique et les services digitaux peuvent se renforcer mutuellement. Cet écosystème est au centre de notre vision d’entrepreneuriat patriotique : investir au Maroc, créer des emplois au Maroc, promouvoir nos talents marocains et construire des entreprises dont la valeur créée profite essentiellement à l’économie nationale.
4. Le secteur reste marqué par une forte concurrence. Comment les acteurs peuvent-ils atteindre un modèle économique durable et rentable ?
La concurrence ne doit pas se gagner uniquement par la taille ou par la capacité à dépenser davantage. Elle se gagne par la qualité du modèle économique. Dans la livraison, la rentabilité repose sur trois choses : une excellente densité opérationnelle, une maîtrise rigoureuse des coûts et une relation durable avec le client et le commerçant. Chaque commande doit progressivement devenir plus rentable grâce à l’augmentation des volumes, à l’optimisation des tournées et à la fidélisation. Chez Kooul, nous avons fait un choix clair : construire un modèle économiquement cohérent dès le départ, plutôt que de financer indéfiniment la croissance par de la livraison gratuite ou une surenchère dans les dépenses publicitaires. Notre ambition est de démontrer qu’un acteur marocain peut être compétitif face aux grands groupes internationaux tout en créant davantage de valeur localement : pour les restaurants, pour les livreurs, pour les consommateurs et pour l’économie marocaine. C’est finalement tout le sens de notre approche chez ORA Technologies : faire émerger des champions marocains qui ne cherchent pas seulement à prendre des parts de marché, mais à construire des entreprises solides, rentables et durables.
5. Quels sont les investissements nécessaires pour accompagner la croissance de Kooul Maroc et quelles sont vos ambitions en termes de chiffre d’affaires, de couverture géographique et d’emplois ?
Notre priorité aujourd’hui est de passer d’une startup en forte croissance à une véritable infrastructure technologique marocaine de la livraison et du commerce digital. Kooul compte déjà aujourd’hui plus de 25 000 clients réguliers mensuels. Pour accompagner notre accélération, nous investissons principalement dans la technologie, l’intelligence artificielle, l’acquisition et la fidélisation des clients, ainsi que dans l’élargissement de notre réseau de restaurants et de livreurs. Mais notre ambition dépasse largement Kooul.
Nous voulons construire, avec Kooul, Cathedis, ORA Cash et Babaa, un écosystème technologique marocain couvrant plusieurs étapes de la vie digitale du consommateur et du commerçant. À terme, notre ambition est de créer des milliers d’emplois directs et indirects, de développer massivement les compétences technologiques marocaines et de faire émerger des entreprises capables de se développer au-delà du Maroc. Notre objectif n’est pas simplement de devenir un acteur marocain de la livraison. C’est de participer à la construction de champions technologiques marocains, financés, développés et créateurs de valeur au Maroc. C’est notre définition de la souveraineté technologique du Maroc à laquelle nous souhaitons participer.