Née en 1975, la même année que la Marche Verte, Ingelec célèbre un demi-siècle d’histoire industrielle marocaine marqué par l’audace, la constance et la confiance en l’avenir. Dans cet entretien, son directeur général, Seddiq Hassani, revient sur cette coïncidence hautement symbolique, sur les valeurs fondatrices qui ont permis à l’entreprise de durer et de se transformer, ainsi que sur les grandes étapes de sa montée en gamme et de son expansion africaine. Il évoque également les enjeux de durabilité, l’engagement environnemental du groupe et la responsabilité de préparer les 50 prochaines années, dans la continuité d’un héritage bâti sur le progrès, l’innovation et la fierté nationale.
Challenge : Ingelec fête ses 50 ans en même temps que le 50è anniversaire de la Marche Verte. Que vous inspire cette coïncidence, et en quoi l’histoire d’Ingelec incarne-t-elle, selon vous, l’élan de construction, de fierté nationale et de confiance en l’avenir né en 1975 ?
Seddiq Hassani : C’est une coïncidence qui me touche profondément. La Marche Verte a été un moment de courage collectif, de foi dans l’avenir et de confiance dans la capacité des Marocains à écrire leur propre histoire.
Lorsque je regarde Ingelec, née la même année, j’y vois exactement le même état d’esprit : celui de bâtir, de croire et de s’inscrire dans la durée. En 1975, lancer une industrie électrique marocaine était un pari audacieux. Mais c’était surtout un acte de conviction : celle que le Maroc pouvait produire, innover et rivaliser avec les meilleurs.
Ces 50 ans racontent finalement la même chose : une aventure bâtie sur la confiance, la persévérance et une vision de long terme.
À titre personnel, intégrer Ingelec il y a un peu plus de deux ans a été un moment fort. Prendre la direction d’une entreprise qui porte 50 ans d’histoire industrielle marocaine est à la fois une immense fierté et une grande responsabilité. Chaque décision s’inscrit dans une continuité, et c’est ce lien entre passé, présent et avenir qui donne tout son sens à cette coïncidence.
Challenge : En 1975, Ingelec faisait le pari audacieux de l’industrie marocaine. Quelles valeurs fondatrices ont guidé l’entreprise depuis ses débuts et restent aujourd’hui au cœur de son succès ?
S.H : Ce qui m’a frappé dès mon arrivée chez Ingelec, c’est la force des valeurs qui ont traversé le temps. Le sérieux industriel, la culture de la qualité et le respect de la parole donnée ne sont pas des slogans : ce sont des réflexes profondément ancrés.
Ces valeurs expliquent pourquoi Ingelec a su durer, évoluer et gagner la confiance de générations de clients et de partenaires. Aujourd’hui, mon rôle est de les préserver, mais aussi de les projeter dans un monde qui change rapidement.
Challenge : D’Atlas à Tichka, puis aux gammes premium, Ingelec a grandi avec le marché. Quel moment ou quelle réalisation symbolise le mieux, selon vous, ces 50 années de croissance et d’innovation ?
S.H : Plus qu’un moment précis, je parlerais d’une trajectoire. Celle d’une entreprise qui a toujours su évoluer avec son marché sans jamais renier son identité, avec cette capacité permanente à se remettre en question. Ingelec n’est jamais restée figée.
Le passage progressif vers des gammes plus techniques et premium a été un tournant fort : il traduit notre volonté de monter en compétence, d’innover davantage et d’anticiper les attentes des professionnels.
Voir aujourd’hui Ingelec citée comme une référence du secteur, c’est sans doute la plus belle récompense de ces 50 années de travail collectif.
En tant que dirigeant, c’est extrêmement inspirant d’arriver dans une entreprise qui a déjà cette culture du progrès et de l’innovation.
Challenge : Ingelec est aujourd’hui un leader en Afrique. Qu’est-ce qui a fait la différence dans cette aventure continentale portée par un savoir-faire 100 % marocain ?
S.H : L’Afrique fait partie de l’ADN d’Ingelec. Près d’un tiers de notre production est destinée à l’export, principalement vers le continent africain.
Ce qui a fait la différence, c’est notre approche humaine et pragmatique: comprendre les réalités locales, adapter nos solutions et construire des relations durables, car nous sommes un industriel du Sud qui comprend les réalités du Sud.
En tant que Marocain, voir une entreprise nationale s’imposer sur des marchés africains grâce à un savoir-faire 100 % local est une source de fierté personnelle.
Nous n’exportons pas seulement des produits, nous apportons des solutions adaptées aux contextes locaux, aux normes, aux usages et aux exigences des marchés africains.
La régularité de la qualité, la fiabilité de nos produits et la proximité avec nos partenaires ont permis à Ingelec de s’imposer comme un acteur crédible, reconnu et respecté sur le continent.
Challenge : L’engagement environnemental d’Ingelec, notamment à travers l’énergie solaire, marque un tournant important. Pourquoi était-il essentiel pour vous d’inscrire la durabilité au cœur du projet industriel du groupe ?
S.H : Parce que diriger une entreprise industrielle aujourd’hui implique d’assumer pleinement sa responsabilité vis-à-vis des générations futures.
Lorsque j’ai pris mes fonctions, j’étais convaincu que la performance économique devait aller de pair avec un engagement environnemental clair. Le solaire, l’efficacité énergétique et le recyclage ne sont pas des options, mais des axes stratégiques structurants pour Ingelec, pensés pour durer et pour préparer l’avenir.
C’est aussi une manière de rester fidèle à l’esprit pionnier qui a toujours animé l’entreprise.
Challenge : En regardant vers l’avenir, quel message souhaitez-vous adresser aux collaborateurs, partenaires et clients qui ont contribué à écrire l’histoire d’Ingelec, et à ceux qui construiront les 50 prochaines années ?
S.H : Je voudrais d’abord dire merci, et plus précisément cinq mercis, le chiffre 5 étant un chiffre porte-bonheur pour moi :
• Merci aux collaborateurs qui portent Ingelec au quotidien, parfois depuis plusieurs décennies.
• Merci aux partenaires qui nous font confiance.
• Merci aux clients qui nous font progresser chaque jour.
• Merci aux gouvernements successifs qui ont mis en place des politiques publiques propices à l’investissement industriel, à l’innovation et à l’exportation.
• Merci aux actionnaires d’Ingelec qui m’ont fait confiance en me confiant cette responsabilité qui m’honore et m’oblige.
Je mesure chaque jour la responsabilité qui est la mienne de diriger cette entreprise. Mon engagement est simple : être à la hauteur de son histoire et préparer son avenir.
Aux générations futures, je dirais que l’héritage est solide, mais que beaucoup reste à construire. Les 50 prochaines années seront passionnantes, exigeantes et, je l’espère, porteuses de la même fierté.
Nous continuerons à avancer avec la même ambition : bâtir, innover et transmettre.
Son parcours
Ingénieur d’État en génie mécanique, diplômé de l’École Mohammadia d’Ingénieurs, Seddiq Hassani a construit un parcours académique et professionnel d’excellence, marqué par l’exigence scientifique et l’ouverture internationale. Après un DEA en aéronautique à l’ENSICA de Toulouse, il obtient un doctorat en mécanique à l’École nationale des ponts et chaussées à Paris. Fort de dix années d’études, dont cinq en France, il choisit en 1997 de rentrer au Maroc pour contribuer au développement industriel du pays. Il débute chez Arthur Andersen avant de rejoindre Lafarge Maroc en 2000. Très vite, il y occupe des fonctions stratégiques et opérationnelles clés, dirigeant successivement le contrôle de gestion, Lafarge Plâtres Maroc, puis les directions Achats, Logistique, Marketing et Stratégie. Après la fusion Lafarge-Holcim, il prend en charge la croissance et l’innovation pour l’Afrique et le Moyen-Orient, avant d’être nommé directeur général de Bamburi Cement au Kenya en 2018. En 2023, il rejoint Ingelec comme directeur général, avec l’ambition de prolonger et de projeter son héritage industriel.