Gestion de la crise des inondations, politique nationale de l’eau, vision d’avenir, rumeurs… Le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a livré un large tour d’horizon de ces questions dans le cadre de l’émission politique « Décryptage », diffusée dimanche 15 février sur les ondes de MFM Radio.
Alors que la situation s’est nettement améliorée dans le nord du pays et que les habitants déplacés ont commencé à regagner leurs domiciles, après des semaines de tension extrême provoquées par des précipitations d’une ampleur exceptionnelle, le ministre a d’abord tenu à faire toute la lumière sur ces moments difficiles, le flot de fausses informations et les mesures à prendre pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise.
Adoptant un discours de clarté, tout en faisant preuve de sa courtoisie habituelle envers alliés et adversaires politiques, Nizar Baraka a répondu avec force détails aux interrogations des intervieweurs et des auditeurs, éludant poliment les sujets conflictuels. Aux yeux du chef du Parti de l’Istiqlal, l’heure est à l’unité nationale, à l’action et à la compassion envers les personnes touchées par les intempéries, que ce soit dans les provinces déclarées sinistrées ou ailleurs.

Sous l’impulsion royale, la gestion de la crise des inondations a donné des résultats « honorables », les efforts ayant été couronnés d’un succès indéniable grâce à la synergie entre l’ensemble des intervenants aux niveaux national, régional et local, a-t-il affirmé. « Le monde reconnaît aujourd’hui le Maroc comme un modèle à suivre » en matière de gestion des catastrophes naturelles, s’est réjoui M. Baraka. Il a également salué le programme d’aide de 3 milliards de dirhams, mis en place sur Hautes Instructions Royales, pour soutenir les populations déplacées, les commerçants, les agriculteurs et les éleveurs des zones sinistrées.
Un modèle de convergence et de maîtrise
La stratégie nationale, a-t-il expliqué, repose sur un mode de gouvernance bâti autour de trois piliers : l’anticipation, érigée en priorité absolue pour sauver des vies ; une coordination maîtrisée entre toutes les composantes de l’État et la société civile ; et l’expérience du terrain, indispensable pour s’adapter aux différentes situations et prendre les décisions appropriées au moment opportun.
À ce propos, le ministre a salué les sacrifices consentis par les Forces Armées Royales, la Protection civile, la Gendarmerie royale, les services de sécurité, les Forces auxiliaires, les autorités locales, les équipes de son ministère ainsi que les Sociétés régionales multiservices, sans oublier le travail accompli par le tissu associatif. Cette mobilisation sans précédent a permis l’évacuation de dizaines de milliers de citoyens, sans enregistrer la moindre perte humaine dans les zones concernées, et leur prise en charge dans des conditions préservant leur dignité.
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Pour mesurer l’ampleur du défi auquel les autorités étaient confrontées à chaque instant, notamment au niveau du barrage d’Oued El Makhazine, au cœur d’un flot de rumeurs, Nizar Baraka a rappelé des chiffres impressionnants. Les retenues du barrage ont atteint 1 097,9 millions de mètres cubes (m³), pour un niveau de 71,04 mètres sur 74. Plusieurs records ont été établis durant cette période, notamment un débit maximal de 3 210 m³/s le 28 janvier, un niveau de 69,30 mètres le 4 février, un débit maximal de 878 m³/s le 9 février, un volume de stockage maximal de 1 117 millions de m³ le 10 février, soit un taux de remplissage de 166,2 %, ainsi qu’un niveau maximal de la retenue de 71,59 mètres le même jour.

Face au risque d’effondrement, une série de mesures proactives ont été prises pour assurer une gestion optimale du barrage et garantir la sécurité de l’infrastructure, notamment des lâchers d’eau préventifs. Elles incluent également la mise en œuvre d’un programme d’auscultation intensif des installations, désormais effectué deux fois par jour au lieu d’une fois par mois, ainsi que des relevés topographiques précis par laser et des prises de vue par drone.
« Dans de telles circonstances, la difficulté réside dans le fait que chaque décision peut avoir des répercussions sur des vies humaines, qui seraient menacées si l’on n’agissait pas vite et si l’on ne prenait pas les bonnes décisions au bon moment », a confié le ministre, reprochant à certains experts « d’avoir véhiculé des données erronées », alors que la priorité devait être de rassurer les citoyens en leur fournissant des informations vérifiées.
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Il a admis que son département devra peut-être renforcer et affiner davantage sa communication pour couper court aux rumeurs. Compte tenu de la sensibilité de la situation, il a choisi de laisser les experts du ministère informer l’opinion publique des développements et dire toute la vérité aux citoyens, loin de toute surenchère politicienne.
Poursuite de la politique des barrages
L’épisode pluvieux de cette année ne doit pas faire oublier que le Maroc devra, à l’avenir, faire face à la rareté — et non à l’abondance — des ressources en eau, a souligné le ministre, s’appuyant sur des études prévoyant que le Royaume figure parmi les pays confrontés à un stress hydrique chronique en raison du changement climatique.
Dès lors, chaque goutte d’eau comptera, et sa préservation devra constituer le moteur des politiques publiques. C’est pourquoi le gouvernement poursuivra la construction de barrages, conformément aux orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui accorde un intérêt particulier à cette politique initiée sous le règne du défunt Souverain, Sa Majesté Hassan II.
À cet égard, le ministre a annoncé, en exclusivité sur MFM Radio, la construction d’un nouveau barrage dans le bassin hydraulique du Loukkos, afin de soulager celui d’Oued El Makhazine, soumis à une forte pression.

Le barrage de Tifar devrait disposer d’une capacité de stockage de 900 millions de mètres cubes, ce qui en ferait le plus important de ce bassin, la retenue normale d’Oued El Makhazine ne dépassant pas 672 millions de mètres cubes.
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Le futur ouvrage occupera une vaste superficie englobant des terres situées dans des communes relevant des provinces de Larache et d’Ouezzane. Il devrait jouer un rôle central dans les transferts interbassins (du nord vers le sud) et dans la sécurisation des eaux d’irrigation du Loukkos.
« Cette mesure figure bien dans le Plan national de l’eau, car nous sommes conscients qu’Oued El Makhazine ne peut suffire à lui seul. Nous devons donc ériger de nouveaux barrages pour le soulager et éviter de revivre la situation que nous venons de traverser », a insisté le ministre.
Le Maroc compte actuellement 156 grands barrages totalisant une capacité supérieure à 20,8 milliards de mètres cubes, en plus de 150 petits barrages et lacs collinaires. M. Baraka a défendu le bilan de la coalition gouvernementale sur ce dossier : 16 grands ouvrages sont en cours de construction, tandis que la loi de finances 2026 en a programmé trois autres. Par ailleurs, 155 petits ouvrages sont prévus au cours des trois prochaines années, dont cinq lacs collinaires dans la province d’Es-Semara.
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Les récents événements ont, selon lui, démontré la pertinence de la politique des barrages, à un moment où certains experts mettaient en garde contre une catastrophe environnementale. Les inondations de l’automne 2024, notamment à Tata et Zagora, ont renforcé la conviction de multiplier les ouvrages hydrauliques sur l’ensemble du territoire national.
Renforcer la vigilance météorologique
Au cœur de cette crise, la Direction générale de la météorologie (DGM), relevant du ministère de l’Équipement et de l’Eau, s’est imposée comme un acteur clé de la prise de décision. Nizar Baraka n’a pas tari d’éloges sur le rôle joué par cette structure dans l’anticipation et la gestion du risque : « C’est le meilleur modèle en Afrique et une référence au niveau mondial.»

Il a expliqué que ses prévisions et ses alertes ont été d’une grande utilité pour l’approche proactive des collectivités territoriales, qui recevaient quotidiennement des bulletins spécifiques. Son département entend renforcer les moyens de la DGM afin qu’elle puisse remplir pleinement sa mission et répondre aux nouveaux besoins, d’autant que le pays doit se préparer à des phénomènes naturels extrêmes — sécheresses sévères ou inondations — appelés à devenir plus fréquents dans les années à venir.
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En coordination avec le Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles (FLCN), le ministère prévoit d’élaborer prochainement des « bulletins vigi-crues » destinés aux communes concernées, a révélé M. Baraka, évoquant également la préparation d’un « Atlas des inondations » du Royaume.
Ces thématiques, ainsi que d’autres sujets tels que le dessalement de l’eau de mer et le Nexus Eau-Énergie-Alimentation, devraient figurer à l’ordre du jour du Conseil national de l’environnement, prévu à la fin du mandat de l’actuel gouvernement. L’objectif sera d’élaborer le Plan national de l’eau à l’horizon 2055, selon une nouvelle approche accordant la priorité aux plans territoriaux, avec une forte implication des Agences des bassins hydrauliques.
La politique de l’eau doit s’inscrire dans une planification à long terme, dans la mesure où la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable et de l’irrigation agricole sera mise à rude épreuve par la raréfaction des ressources, a conclu Nizar Baraka.