Demandes en forte hausse, taux de refus élevés et délivrance inégale des visas Schengen à entrées multiples : les données de la Commission européenne mettent en lumière un système de mobilité à plusieurs vitesses, où les chances d’obtenir un visa varient fortement d’un pays à l’autre…Analyse.
Les chiffres publiés par la Commission européenne pour l’année 2025 dessinent une géographie contrastée de la mobilité entre l’Afrique et l’espace Schengen. Si près de 12 millions de demandes de visas de court séjour ont été traitées dans le monde – un niveau encore loin des 17 millions de 2019 –, le continent africain, observé depuis ses postes consulaires, raconte une tout autre histoire que celle d’une simple reprise post pandémique.
Les données livrées par la Commission européenne ne permettent plus d’ignorer la réalité crue : face à une demande massive, les taux de refus restent vertigineux dans de nombreux pays, tandis que la délivrance de visas à entrées multiples se fait au compte-gouttes, ou au contraire avec une largesse sélective. Quatre classements, établis à partir du fichier consolidé de la Commission, suffisent à révéler un système à plusieurs vitesses, où le droit à la mobilité se négocie pays par pays, et parfois à l’intérieur d’une même région.
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Le Maroc, champion toutes catégories
Le premier enseignement est l’écrasante domination du Maroc. Avec 619 827 demandes de visas uniformes déposées sur son sol en 2025, le royaume chérifien ne représente pas moins de 30 % du volume total des dix premiers postes africains. Il est aussi le seul pays du continent à figurer dans le top 10 mondial des demandeurs, aux côtés de la Chine, de la Turquie, de l’Inde et de la Russie. Mais le Maroc ne capte pas seulement les requêtes : il reçoit également 480 354 visas délivrés, soit 32 % des octrois enregistrés sur les dix plus gros marchés consulaires africains. La conversion est solide : 77,5 % des demandes aboutissent. Derrière ce colosse, l’Algérie occupe une place de premier plan avec 416 739 demandes et 284 267 visas octroyés, tandis que l’Afrique du Sud, l’Égypte et la Tunisie complètent le peloton de tête.
Cependant, ces volumes ne doivent pas masquer l’épaisseur de la barrière qui s’est installée durablement devant une partie de l’Afrique. « Ce qui frappe en 2025, c’est moins le volume global que l’épaisseur de la barrière qui s’est installée durablement devant une partie de l’Afrique », peut-on observer des mobilités euro méditerranéennes. En effet, si le Maroc affiche un taux de réussite honorable, d’autres pays subissent des refus massifs. L’Algérie y culmine avec 127 936 refus, devant le Maroc (114 320), l’Égypte, le Nigeria et le Sénégal. Les dix huit pays africains qui affichent des taux de refus supérieurs à 40 % rappellent que le mur de papier n’a pas la même hauteur selon la latitude.
D’un côté, une Afrique du Sud qui obtient presque tout ce qu’elle demande ; de l’autre, des pays comme les Comores ou la Guinée Bissau où plus d’une demande sur deux est rejetée. « Alors que l’accès à l’espace Schengen se durcit drastiquement à l’échelle du continent africain — avec des taux de refus qui franchissent la barre des 40% dans dix-huit pays — le Maroc affiche une résilience remarquable avec un taux de refus contenu à 19,2%. Les dossiers marocains sont solides, rigoureux et conformes aux exigences les plus strictes », nous confie Abdelaziz Arji, Président de la Commission juridique du CFCIM.
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Le paradoxe des visas à entrées multiples
L’analyse des visas à entrées multiples (MEV) accentue encore les disparités. En Afrique du Sud (73,1 %), au Maroc (55,2 %) ou en Égypte (55 %), une large majorité des visas délivrés permettent des allers retours réguliers, fluidifiant les échanges d’affaires, les collaborations académiques et les liens familiaux. En revanche, au Nigeria (29,3 %), ou dans d’autres États, ces sésames pluriannuels sont distribués au compte-gouttes, entravant durablement la mobilité des professionnels et des étudiants. Le Maroc arrive en tête du nombre de MEV délivrés avec 265 244, devant l’Afrique du Sud (134 338) et l’Algérie (95 918). Ce faisant, le royaume consolide son statut de partenaire privilégié de l’UE, mais il attire aussi l’attention sur un traitement inéquitable entre les nations africaines.
Une stratégie européenne qui creuse les fractures
La stratégie visa 2025 de l’UE promettait une politique plus stratégique, mais les chiffres de 2025 montrent surtout une politique qui accentue les fractures héritées. L’année 2025 n’est pas celle du rattrapage post Covid pour l’Afrique consulaire. Elle s’inscrit plutôt comme une nouvelle photographie d’un continent qui, malgré son dynamisme démographique et économique, continue de se heurter à un mur de papier, dont la hauteur varie fortement selon la latitude. Les dix millions de visas émis dans le monde occulteraient ils, par leur masse, les dix huit pays africains qui affichent des taux de refus supérieurs à 40 % ?
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Les données de la Commission européenne ne permettent plus de l’ignorer. Globalement, les 10 millions de visas délivrés dans le monde en 2025 (+3% par rapport à 2024) et les près de 12 millions de demandes (+1,8 %) restent inférieurs aux standards de 2019. Mais en Afrique, la demande a largement retrouvé son élan, et ce sont les refus qui empêchent les courbes de se rejoindre. La légère baisse du taux de refus dans certains pays (Algérie, Éthiopie) ne compense pas les hausses marquées au Cap-Vert, en RD Congo, au Sénégal ou au Burundi, confirmant une tendance au durcissement sélectif. La proportion de visas à entrées multiples a elle-même reculé à l’échelle mondiale (51,2% contre 52,2% en 2024), un frémissement qui, à l’échelle africaine, se traduit par une raréfaction des MEV dans les pays déjà les plus mal lotis.
Pour les professionnels, les étudiants et les familles africaines, l’obtention d’un visa Schengen relève encore trop souvent d’un parcours du combattant, dont les issues dépendent moins de la qualité du dossier que de la nationalité du postulant. L’UE devra, à l’avenir, harmoniser ses pratiques si elle veut éviter que l’image d’une forteresse européenne ne se renforce année après année.