Troisième ligne de production, expansion , participation étatique au capital: l’investissement du groupe marocain CIMAF au Gabon raconte bien plus qu’une expansion industrielle. Au moment où l’acteur achève son recentrage continental, Libreville impose un modèle de co-pilotage. Décryptage.
Les faits : Libreville, mai 2026. Dans le ballet silencieux des capitaux qui redessinent le continent, un mouvement mérite une attention, aussi discret que lourd de sens. Le 20 mai dernier, au Palais Rénovation, une poignée de main entre Anas Sefrioui, PDG de Ciments de l’Afrique (CIMAF), et le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a scellé bien plus qu’un investissement de 40 millions d’euros. Expansion, modernisation, réponse à une demande locale en hausse : les ingrédients classiques d’une multinationale qui se renforce sur un marché porteur. Pourtant, le détail tue la banalité. Cette fois, l’État gabonais entre au capital. Et Libreville ne cache plus son intention : activation d’un “co-pilotage”.
Désormais, le Gabon exige de siéger à la table des décisions stratégiques, un mot sur les orientations. CIMAF accepte. Pourquoi ? Parce que le groupe est en pleine phase de recentrage africain, et qu’au moment où il abandonne certains marchés marginaux, il ne peut pas se permettre de perdre Libreville. Pour comprendre l’importance du moment, il faut partir du Maroc, où, deux jours plus tôt, la presse annonçait la cession de la dernière cimenterie française de CIMAF.
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Le groupe d’Anas Sefrioui tourne progressivement la page européenne, pour se concentrer sur les marchés africains. La logique est économique: un marché européen mature, coûteux, aux marges comprimées, opposé à des économies africaines où les besoins en matériaux de construction restent considérables.
Recomposition…
Enfin, le cas gabonais illustre les nouvelles dynamiques des relations Maroc-Afrique. Cette opération symbolise une étape supplémentaire dans l’expansion continentale du groupe. À travers ses grands acteurs privés, le Maroc affirme progressivement son rôle dans l’industrialisation du continent, en investissant dans des secteurs structurants comme le ciment, indispensable à l’urbanisation accélérée de l’Afrique.
CIMAF ne commercialise pas un produit technologique complexe, mais participe directement à la construction des infrastructures de base : routes, ponts, logements et villes. Son implantation en Afrique centrale, région historiquement moins investie par les groupes marocains que l’Afrique de l’Ouest, redessine ainsi les contours de l’influence économique marocaine. Pour le Gabon, pays longtemps dépendant de la rente pétrolière, ce projet représente également un laboratoire de diversification économique fondé sur l’alliance entre capitaux privés, accompagnement public et logique d’intégration industrielle.
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Au-delà de l’usine d’Owendo, les enjeux sont plus larges. Ils traduisent la rencontre entre un groupe marocain qui fait le pari du continent africain, un État gabonais qui souhaite conserver une maîtrise stratégique via sa présence au capital, une transition politique cherchant à accélérer les infrastructures, et une population en attente d’emplois durables et d’amélioration du cadre de vie. Cette convergence fait du Gabon, en 2026, un véritable symbole des mutations économiques africaines.
L’État multiplie les prises de participation
En réorientant ses investissements de l’Europe vers l’Afrique, Anas Sefrioui ne poursuit pas uniquement une logique de rentabilité. Il accompagne aussi l’émergence d’États africains désireux de passer d’une position de simples marchés consommateurs à celle d’acteurs impliqués dans leur propre développement industriel. La participation de l’État gabonais au capital lance une nouvelle dynamique à la coopération.
Dans le secteur du ciment, cette volonté d’industrialisation affichée commence désormais par la capacité des États à détenir une part de l’outil de production. Pour rappel en décembre 2025, l’État gabonais a obtenu une participation de 10% dans le capital de la filiale gabonaise de CIMAF.
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Selon la presse gabonaise, le jeudi dernier 21 mai 2026, le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a formellement notifié aux dirigeants de la société marocaine CIMAF l’intention de Libreville d’acquérir une participation à hauteur de 20% dans le capital de sa filiale locale. Information qui n’est pas un détail contractuel, mais un acte de gouvernance. Depuis août 2023, le gouvernement multiplie les investissements publics et, ce faisant, se dote d’un levier: faire de chaque grand projet une copropriété nationale.