Des ateliers de métallurgie de Tanger à la présidence nationale de l’Association des Femmes Cheffes d’Entreprise du Maroc (AFEM), Chaibia Balbzioui Alaoui a construit son parcours à contre-courant. Fondatrice de BCSS Industrie et figure reconnue de l’industrie marocaine, elle prend les rênes de l’organisation pour le mandat 2026-2029 avec l’ambition de faire de l’entrepreneuriat féminin un véritable levier de compétitivité nationale.
Dans l’industrie marocaine, rares sont les dirigeantes qui peuvent revendiquer un parcours aussi intimement lié au terrain. À Tanger, où les métiers de la métallurgie, de la fabrication et de la construction métallique sont longtemps restés l’apanage des hommes, Chaibia Balbzioui Alaoui a fait le pari de créer sa propre entreprise.
Ingénieure de formation, elle fonde BCSS Industrie avec la conviction que la compétence peut faire tomber les barrières de genre. Près de vingt ans plus tard, son entreprise s’est imposée comme un partenaire de référence pour plusieurs filières stratégiques de l’économie marocaine, notamment l’aéronautique, l’automobile, le maritime et les infrastructures.
«Mon parcours est avant tout celui d’une femme qui a choisi de croire en son rêve», résume-t-elle. Une trajectoire bâtie sur la persévérance, mais aussi sur des valeurs héritées de son grand-père : le goût de l’effort, l’intégrité et la recherche permanente de l’excellence. Des principes qui ont façonné son style de management autant que sa vision entrepreneuriale.
Cet ancrage industriel, Chaibia Balbzioui Alaoui le revendique aussi comme un héritage familial. Très jeune, elle raconte avoir été portée par les encouragements de son grand-père, figure marquante dont elle garde en mémoire des valeurs devenues le socle de son parcours : le goût de l’effort, la persévérance, l’intégrité et cette volonté constante de se distinguer par l’excellence. Ces principes, transmis presque comme une boussole intérieure, l’ont guidée dans ses choix professionnels, et continuent de nourrir son ambition de bâtir une entreprise solide et respectée.
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Si la réussite de BCSS Industrie porte la marque de son audace, Chaibia Balbzioui Alaoui reconnaît volontiers le rôle déterminant joué par l’AFEM dans son parcours. Elle fut en effet la toute première entrepreneure incubée par le premier incubateur dédié à l’entrepreneuriat féminin en Afrique et au Moyen-Orient. Une expérience qu’elle décrit comme une véritable école de l’entreprise.
Cet accompagnement lui permet de structurer son projet, d’acquérir les outils de gestion indispensables à sa croissance et de bâtir un solide réseau professionnel. Une étape fondatrice, complétée par les différents dispositifs publics de soutien à l’investissement et à l’entrepreneuriat.
Cette expérience explique aujourd’hui son attachement à une association dont elle entend renforcer le rôle auprès des créatrices et dirigeantes d’entreprises. Car avant d’accéder à la présidence nationale de l’AFEM, Chaibia Balbzioui Alaoui a patiemment construit son influence au sein des organisations patronales.
En avril 2012, elle prend la présidence régionale de l’association à Tanger. Pendant plus d’une décennie, elle accompagne de nombreuses femmes cheffes d’entreprise dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, leur offrant soutien, conseils et inspiration.
Et son engagement ne s’arrête pas là. Elle élargit son action au sein de la CGEM, où elle devient vice-présidente régionale entre 2015 et 2018, avant d’accéder en décembre 2018 au poste de vice-présidente générale de l’instance régionale, une fonction qu’elle occupe toujours aujourd’hui. Ce rôle lui permet de peser davantage dans les décisions économiques locales et de défendre la place des femmes dans l’entreprise.
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Depuis janvier 2022, elle ajoute une nouvelle corde à son arc en devenant vice-présidente de la Fédération des Industries Métallurgiques, Mécaniques et Electromécaniques (FIMME) au Maroc. Avec cette responsabilité, son rayonnement dépasse désormais les frontières régionales et nationales, confirmant la stature d’une femme qui a su transformer son engagement local en une voix influente pour l’entrepreneuriat féminin au Maroc et au-delà.
Ce parcours, mêlant expérience entrepreneuriale et engagement associatif de longue haleine, a fini par convaincre les membres de l’AFEM de lui confier une nouvelle mission, cette fois à l’échelle nationale. Le 25 juin dernier, réunie en Assemblée générale élective au siège de la CGEM, l’association a porté Chaibia Balbzioui Alaoui à sa présidence pour le mandat 2026‑2029, succédant ainsi à Leïla Doukali.
Son élection apparaît comme l’aboutissement logique d’un parcours où l’expérience entrepreneuriale nourrit l’engagement associatif. Si elle salue les progrès réalisés par le Maroc en matière d’entrepreneuriat féminin, la nouvelle présidente estime que le principal défi ne réside plus dans la création d’entreprises, mais dans leur changement d’échelle.
Selon elle, les dirigeantes doivent désormais accéder plus facilement aux financements, aux marchés publics et privés, ainsi qu’aux chaînes de valeur nationales et internationales afin de transformer leurs PME en entreprises capables de rivaliser sur des marchés plus larges. Cette vision se résume dans le slogan choisi pour son mandat : «Maroc en mouvement, Femme Entrepreneure en mouvement».
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Au-delà de la formule, Chaibia Balbzioui Alaoui affiche une feuille de route claire : rapprocher l’AFEM du terrain, renforcer son implantation dans les régions et accompagner les femmes vers les secteurs qui façonnent le Maroc de demain, de l’industrie aux nouvelles technologies, en passant par l’énergie, l’agroalimentaire, l’export et l’économie sociale et solidaire.
Elle ambitionne également de faire de l’association une force de proposition auprès des pouvoirs publics, capable de porter un plaidoyer fondé sur les réalités vécues par les entrepreneures et d’obtenir des résultats concrets. Son projet comprend aussi le développement d’un réseau national et international plus intégré, en renforçant les passerelles avec les Marocaines du monde.
Quoi qu’il en soit, l’arrivée de Chaibia Balbzioui Alaoui à la tête de l’AFEM illustre l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeantes dont la légitimité repose moins sur les réseaux que sur l’expérience opérationnelle. De la création d’une entreprise industrielle dans un univers masculin à la représentation nationale des femmes cheffes d’entreprise, son parcours témoigne d’une ascension construite étape par étape.
Une trajectoire qui nourrit aujourd’hui une ambition plus large : faire des entrepreneures non plus des acteurs périphériques de l’économie marocaine, mais des partenaires incontournables de sa transformation industrielle et de sa compétitivité.