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Electrification : l’industrie automobile européenne tire la sonnette d’alarme

À quelques jours de l’ouverture de négociations cruciales avec la Commission européenne, le lobby automobile européen est monté au créneau. Dans une lettre commune adressée aux institutions de l’UE, l’Association des constructeurs européens (ACEA) et le Comité de Liaison Européen des Fabricants d’Équipements et de Pièces Automobiles (CLEPA) dénoncent des objectifs climatiques jugés irréalistes.

Concrètement, les deux organisations estiment que les seuils d’émissions de CO₂ fixés pour 2030 et 2035 sont «tout simplement inatteignables» dans le contexte économique et géopolitique actuel. Elles appellent à une révision du calendrier et des normes, sans toutefois demander explicitement le report de l’interdiction des véhicules thermiques prévue pour 2035.

Tout en reconnaissant que les véhicules électriques «seront en tête de course», les industriels plaident pour une ouverture réglementaire à d’autres technologies. Parmi celles-ci, les hybrides, les modèles à prolongateur d’autonomie, les moteurs thermiques à haut rendement, ainsi que les carburants synthétiques, encore en phase de développement.

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Selon l’ACEA et le CLEPA, il est urgent de «recalibrer» la trajectoire de réduction des émissions afin de concilier ambitions climatiques et compétitivité industrielle. «C’est la dernière chance pour l’Union européenne d’ajuster ses politiques aux réalités du marché, ou de risquer de compromettre l’une de ses industries les plus prospères», avertissent-ils.

Toujours est-il que cette prise de position intervient dans un contexte politique mouvant. Depuis les élections européennes de juin 2024, marquées par une montée des partis conservateurs et un recul des écologistes, plusieurs mesures climatiques adoptées sous la précédente mandature sont remises en question. Le secteur automobile avait déjà obtenu au printemps un assouplissement des règles sur les émissions de CO₂, évitant ainsi des pénalités prévues pour 2025.

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Cela dit, face à ces pressions, les défenseurs de la transition énergétique s’inquiètent. Diane Strauss, directrice de T&E France, alerte sur le risque de décrochage technologique : «si la Commission européenne cède aux constructeurs, l’Europe prendra encore plus de retard dans l’une des technologies les plus importantes du XXIe siècle», a t-elle déclaré. Justement dans communiqué pour le moins incisif, elle appelle à une industrie européenne «à la pointe de l’électrification», et non à une Europe «musée poussiéreux de l’histoire industrielle».

Alors que l’Europe débat de sa stratégie industrielle et climatique, l’industrie automobile chinoise observe avec intérêt les hésitations européennes. Forte de son avance technologique et de son soutien étatique, elle voit dans ces incertitudes une opportunité stratégique pour renforcer sa présence sur le marché européen et s’imposer comme leader mondial de la mobilité électrique.

 
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